À l’occasion de la rentrée d’hiver 2026, le recteur Stéphane Pallage a prononcé une allocution devant la communauté universitaire le 20 janvier à la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau. Après avoir souhaité une bonne année aux membres de l’assistance, le recteur a fait le point sur différents dossiers en lien avec l’actualité universitaire.
Stéphane Pallage a amorcé son discours en souhaitant que 2026 soit «une année pacifique, une année où la démocratie, mise à mal à bien des endroits dans le monde, reprenne de la vigueur, une année où les conflits se règlent par la discussion plutôt que par le chantage ou par les armes.»
Le rôle des universités
«Dans tout ce brouhaha, les universités continuent d’être malmenées, a déploré Stéphane Pallage. Selon University World News, un étudiant sur deux aux États-Unis étudie désormais dans un État ou une ville qui a légiféré pour restreindre ce qui peut lui être enseigné. Là où la censure n’est pas encore entrée dans les universités, l’autocensure préventive commence à poindre. Elle n’est pas meilleure. Dans les deux cas, c’est de la censure et le despote en devenir ne peut que se féliciter. À chaque fois que la connaissance recule, il gagne. À chaque fois que la science s’efface ou s’excuse d’exister, il gagne. Ne le laissons pas gagner.»
Le rôle des universités, a insisté le recteur, est de porter la science au plus grand nombre, d’éclairer le débat public avec ses expertises, de contrer le populisme par la nuance, de former sans relâche l’esprit critique et la connaissance. «Nous avons l’une des plus belles missions du monde, mais elle n’est pas facile et ne le sera jamais. Au sud de la frontière, exercer cette mission ressemble désormais à de la résistance.»
Aucune liberté n’est jamais acquise, a-t-il poursuivi. «Il nous faudra certainement nous battre pour elle, individuellement et collectivement.»
On trouve à l’UQAM des étudiantes et des étudiants, des professeures et professeurs venant de Palestine, d’Iran, d’Ukraine ou d’autres pays en guerre ou en conflit, a noté Stéphane Pallage. «Apportons-leur notre soutien. Vivre un conflit à distance est profondément anxiogène. Elles et ils ont besoin de sentir que nous sommes là et que nous les appuyons.»
Stéphane Pallage est revenu sur la nouvelle campagne promotionnelle de l’Université, Pensez haut et fort, «le reflet d’une UQAM dans son époque, d’une UQAM qui assume pleinement son rôle de pilier de la démocratie dans un Québec où la pensée populiste est de plus en plus décomplexée. L’UQAM ose, comme elle l’a toujours fait. L’UQAM brandit la science contre la désinformation et l’obscurantisme. Je suis fier de l’UQAM et l’UQAM a de quoi être vraiment fière d’elle.»
Les développements en santé
La Faculté des sciences de la santé aura bientôt deux départements: un département de santé des populations, où seront rassemblées les forces liées à la prévention, et un département de soins, où se retrouveront des professeures et professeurs en sciences infirmières et d’autres disciplines telles que la médecine familiale. «Nous ne sommes plus très loin de nos premiers étudiants dans cette faculté», s’est réjoui le recteur, en remerciant tous les artisans de «cet important jalon dans le développement de l’UQAM, les professeures et professeurs, les équipes du vice-recteur associé au Développement des sciences de la santé et de la vice-rectrice à la Vie académique, les syndicats, les instances.»
Vers un quartier apprenant
Stéphane Pallage a souligné le travail accompli par l’Université et ses partenaires pour la relance du Quartier latin, notamment le projet Arborescences réalisé l’été dernier, ainsi que le processus amorcé par la vice-rectrice associée, Priscilla Ananian, pour qu’il soit reconnu comme un quartier apprenant, le premier du genre. «Nous visons 2027 pour une décision de l’UNESCO», a-t-il précisé.
Accueillir plus d’étudiantes et d’étudiants internationaux
L’UQAM a réussi cette année à maintenir une croissance d’un peu plus de 1 %, en dépit d’une baisse des inscriptions des étudiantes et des étudiants internationaux de l’ordre de 25 %, a indiqué le recteur. «Sachez que ce n’est pas l’imposition de quotas qui en est la cause. Nous sommes loin d’avoir épuisé notre quota pour l’année. Ce sont les candidats qui ont choisi de ne pas poser leur candidature, ne se sentant pas désirés au Québec», a-t-il précisé. Le recteur a précisé que cette baisse des demandes d’admission en provenance de l’international était généralisée à l’ensemble des universités québécoises.
Stéphane Pallage a invité les membres de la communauté universitaire à agir pour invalider cette perception. «L’UQAM recrute et veut accueillir davantage d’étudiantes et d’étudiants internationaux. Il y a beaucoup de place dans notre quota. C’est d’autant plus important que nous sommes engagés pour la vitalité du français et que le français recule ici, au centre-ville de Montréal. En accueillant davantage d’étudiants internationaux francophones ou francophiles et en les intégrant à la société québécoise, nous contribuons à inverser la tendance au recul de la langue française tout en stimulant la science et l’innovation.»
Un budget à l’équilibre
L’Université parviendra à clôturer l’année financière à l’équilibre, a affirmé le recteur, et ce, malgré la baisse des étudiants internationaux et le choix inattendu du gouvernement de ne pas indexer la subvention des universités.
Si l’UQAM ne termine pas l’année en déficit, c’est en raison de la croissance des effectifs étudiants et de la surcapitalisation du régime de retraite de l’Université du Québec, qui a permis de revenir à une cotisation normale.
Le prochain budget du gouvernement Legault, au printemps, sera très important pour l’enseignement supérieur, a noté Stéphane Pallage. «C’est un budget charnière dans lequel le retour de l’indexation de la subvention de fonctionnement est essentiel.»
L’Université, a-t-il ajouté, a par ailleurs des demandes particulières qui ont été transmises au ministre des Finances dans un mémoire prébudgétaire.
Mettre au point le budget 2026-2027 de l’UQAM ne sera pas une mince affaire, a annoncé le recteur. «Si l’indexation n’était pas au rendez-vous pour une deuxième année de suite, et si l’effectif étudiant ne devait pas croître de manière suffisante, nous devrions travailler à réduire nos dépenses. Nous nous préparons à toute éventualité, mais je suis optimiste.»
D’autres sujets
Stéphane Pallage s’est attardé brièvement sur d’autres enjeux qui préoccupent la communauté uqamienne, comme la disparition sans clause grand-père du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui se voulait une voie accélérée pour la résidence permanente des personnes diplômées de l’UQAM, mais aussi de ses professeures et professeurs venant de l’international. Le nouveau programme de sélection des travailleurs qualifiés désavantage les personnes installées à Montréal. «Au-delà de nos représentations à Québec, j’ai alerté la mairesse et Montréal International, qui font eux-mêmes des représentations. Et je veux assurer nos professeures et professeurs qui vivent cette situation de notre soutien dans leurs démarches.»
Le recteur a aussi abordé le sujet de l’itinérance, en mentionnant l’appui de la Ville et du ministère de la Santé et des services sociaux aux initiatives de l’Université, dont la halte-chaleur, et en notant la poursuite du dialogue avec l’organisme Cactus pour trouver des solutions aux enjeux du vivre-ensemble.
Par ailleurs, Stéphane Pallage a tenu à saluer le travail effectué par Jean-François Champagne, qui a assumé pendant un an l’intérim à la direction générale de la Fondation de l’UQAM. «Au terme de son mandat, il nous laisse une Fondation qui travaille avec et pour l’UQAM.»
La gouvernance de la Fondation a changé il y a un peu plus d’un an, a-t-il rappelé. Dorénavant, le recteur ou la rectrice de l’UQAM en préside le conseil d’administration auquel siègent également le ou la DG de la Fondation et un membre de la Direction de l’UQAM, en plus de quatre autres membres externes.
Le recteur a souligné l’entrée en poste, le 12 janvier dernier, du nouveau directeur général de la Fondation, Simon Prévost, diplômé et président jusqu’en décembre dernier du Conseil d’administration de l’UQAM. «Il arrive en poste avec une connaissance très fine de notre ADN et un immense enthousiasme pour ce rôle si fondamental de la Fondation: celui de soutenir l’UQAM et sa communauté dans leurs projets stratégiques.»
Enfin, il a tenu à saluer la nomination de Mélissa Denis à titre de présidente du Conseil d’administration de l’UQAM. «Vice-présidente exécutive de Montréal International, elle a grandement à cœur le développement de l’UQAM», a-t-il déclaré.
Avant de conclure son allocution, le recteur a tenu à souligner «toute la force du talent étudiant et du talent de la communauté uqamienne, grâce auquel l’UQAM rayonne.» Il a rappelé, à cet effet, que l’UQAM organisera pour la troisième fois la Nuit de la poésie à la Place des Arts lors de la prochaine Nuit Blanche de Montréal, le 28 février prochain.
«Je ne vous le dirai jamais assez: travailler pour vous et avec vous est un plaisir immense. Merci de la confiance que vous me témoignez», a-t-il conclu.
Une période d’échanges avec l’assistance a suivi l’allocution du recteur.