«L’itinérance au Québec a cessé d’être un phénomène marginal», soulignent d’entrée de jeu les quelque 30 personnalités publiques de familles politiques et d’horizons différents qui signent une lettre réclamant une réponse unie à ce fléau dans l’édition du Devoir du 20 mai. L’ex-première ministre du Québec et chancelière de l’UQAM, Pauline Marois, qui est à l’origine de cette démarche avec son conjoint, Claude Blanchet, a rallié autour du texte «La rue n’est pas une maison, un appel à l’engagement» plusieurs cosignataires, dont le recteur, Stéphane Pallage, et le professeur émérite du Département de sciences économiques, Pierre Fortin.
Citant la hausse d’un peu plus de 20% de l’itinérance en trois ans, les cosignataires notent qu’il s’agit d’une réalité de plus en plus courante, y compris dans des villes et des quartiers qui ne s’y attendaient pas. «Cette normalisation-là, nous la refusons», écrivent-ils.
Malgré les efforts réels consentis par le gouvernement et les municipalités, par les organismes communautaires et les bénévoles, les réponses demeurent fragmentées, observent les autrices et auteurs de la lettre. Pour faire face à cet enjeu, il faut, affirment-ils, que l’itinérance devienne une priorité nationale, car «sans impulsion venant du sommet de l’État, sans engagement de toute la société, l’augmentation ne s’arrêtera pas».
Notant que l’itinérance touche au logement, à la santé mentale, aux dépendances, à la pauvreté, au déracinement et à de multiples autres phénomènes, les signataires soulignent qu’il faut «penser en continuum, de la prévention au logement, du logement à l’accompagnement, de l’accompagnement aux soins adaptés».
Pour que cette réponse concertée devienne possible, ils demandent à tous les partis politiques québécois de prendre l’engagement de tenir, d’ici juin 2027, un grand Sommet national sur l’itinérance.
«Une société se mesure moins à la richesse qu’elle accumule qu’à la part d’humanité qu’elle refuse d’abandonner, écrivent-ils en conclusion. Nous ne voulons pas d’un Québec qui s’habitue à l’intolérable. Nous voulons un Québec qui décide d’agir, ensemble, avant qu’il soit trop tard.»