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La cheville ouvrière de la Galerie de l’UQAM

«Pour moi, œuvrer en art contemporain est une façon de rester en prise directe avec les enjeux de société.» – Anne Philippon

Par Claude Gauvreau

14 mai 2026 à 11 h 53

Mis à jour le 19 mai 2026 à 15 h 13

Anne Philippon est une sorte de femme-orchestre. Conservatrice adjointe à la Galerie de l’UQAM depuis 2016, elle a pour tâches de gérer la collection des œuvres d’art de l’Université, de coordonner la présentation et la circulation des expositions ainsi que la production des publications, le tout sous la supervision de la directrice de la Galerie, Louise Déry. «J’apprécie de porter plusieurs chapeaux, dit-elle avec un sourire en coin. L’articulation entre la recherche, l’accompagnement des artistes et la mise en espace des œuvres me stimule particulièrement.»

Après avoir complété une majeure en études cinématographiques et une mineure en histoire de l’art à l’Université de Montréal, Anne Philippon a enchaîné avec un baccalauréat en histoire de l’art (2009) et une maitrise en études des arts (2013) à l’UQAM. D’abord intéressée par le cinéma, c’est au cégep qu’elle découvre l’histoire de l’art. Puis, elle fait un premier bac par cumul à l’Université de Montréal, où elle suit un cours avec l’historienne de l’art Marie Fraser, aujourd’hui professeure à l’UQAM. «Son cours m’a permis de m’ouvrir davantage aux artistes actuels et d’entrer en contact avec leurs œuvres. Comme je souhaitais poursuivre des études supérieures en art contemporain, elle m’a alors conseillé de m’inscrire à l’UQAM.»

Étudiante à la maîtrise, Anne Philippon apprend que la Galerie de l’UQAM est à la recherche d’une personne préposée à l’accueil. Elle soumet sa candidature et obtient le poste, qu’elle occupera durant trois ans. Au cours de cette période, elle effectue également des stages d’agente de recherche à la Galerie durant l’été. «Ces expériences m’ont permis de me familiariser avec les rouages d’une galerie d’art universitaire et d’en comprendre le mode de fonctionnement», dit-elle.


Travailleuse autonome dans le milieu de l’art

Parallèlement à ses études de maîtrise, et une fois celles-ci complétées, la future conservatrice adjointe participe à divers projets dans le milieu de l’art, à titre de travailleuse autonome. Elle a été, notamment, chargée de projets pour l’artiste en arts visuels Patrick Berntachez, agi comme mentore à Montréal Arts Interculturels (MAI) auprès de deux artistes iraniens et offert des services-conseils à divers artistes: aide aux communications et à la planification de projets, organisation d’événements, rédaction de demandes de bourse et de subvention ainsi que constitution de dossiers d’œuvres.

«Dans le milieu de l’art, les emplois disponibles sont relativement peu nombreux et souvent de courte durée, note Anne Philippon. En remplissant différents types de contrats, j’ai pu acquérir une connaissance sensible et pratique de ce milieu, bâtir un réseau de contacts, en particulier avec des artistes, tout en développant des compétences variées.»

De 2013 à 2019, elle collabore à des publications en art contemporain et agit à titre de coordonnatrice à l’Association des galeries d’art contemporain. Elle mène également des projets d’exposition en tant que commissaire indépendante, notamment à la Maison de la culture de Longueuil, au Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe, à la Salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval et à la Galerie de l’UQAM dans le cadre de deux expositions consacrées à la Petite collection d’œuvres d’art de l’Université.


Gérer les collections d’œuvres

Le premier volet du mandat de la conservatrice adjointe concerne la gestion de la Collection d’œuvres d’art de l’UQAM. Lors de sa création en 1969, l’Université a hérité de la collection de l’École des beaux-arts de Montréal, rassemblant des objets d’art d’époques et de provenances diverses. Aujourd’hui, la collection compte près de 4 500 œuvres et objets d’art, reflétant les tendances actuelles de l’art québécois, canadien et international, tout en témoignant de l’enseignement des arts à l’UQAM.

«Mon rôle consiste, notamment, à mettre à jour et à bonifier la base de données de la collection institutionnelle, à administrer les prêts d’œuvres à différentes institutions et à coordonner le travail du comité d’acquisition», explique Anne Philippon. Tout récemment, la Galerie a acquis une œuvre de l’artiste québécois de renommée internationale David Altmejd (B.A. arts visuels), avec l’appui de la Fondation de l’UQAM, ainsi que 20 œuvres d’artistes autochtones. «De plus, je dois m’assurer que les œuvres d’art public se trouvant sur les sites des différents pavillons de l’Université sont conservées de manière adéquate», note la conservatrice adjointe.

Environ tous les deux ans, Anne Philippon participe à l’organisation d’une exposition visant à mettre en valeur la Collection de l’UQAM. La plus récente, Inventaires d’une collection, a été présentée à la Galerie à l’automne 2024.

En parallèle, la Galerie développe depuis 2009 un cabinet de curiosités unique au Canada: la Petite collection. «Elle comprend plus de 250 objets de statuts différents, souvent inusités et en éditions limitées, créés par des artistes de réputation nationale et internationale, tels que Michael Snow et Gilbert & George», précise la conservatrice adjointe. En septembre prochain, la Petite collection sera mise à l’honneur dans l’espace d’accueil de la Galerie. Sous la supervision d’Anne Philippon, des objets seront sélectionnés à différentes occasions afin d’entrer en résonance avec les expositions de la programmation d’automne. «Ce projet permettra également de mener des recherches sur la collection, de bonifier les dossiers d’œuvres et de poursuivre la réflexion sur de nouveaux modes d’exposition.»


Expositions et publications

En tant que coordonnatrice de la présentation et de la circulation des expositions, Anne Philippon assume plusieurs tâches: répondre aux besoins des artistes, produire des échéanciers, administrer les prêts d’œuvres, rédiger et mettre à jour les contrats pour la rémunération des artistes et des commissaires d’exposition. Elle est aussi responsable du volet pédagogique de la mission de la Galerie, qui comprend l’accompagnement de finissantes et finissants en arts visuels et médiatiques dont les œuvres sont régulièrement exposées.

Anne Philippon a travaillé récemment à la production de David Altmejd. Agora, la première exposition virtuelle réalisée à ce jour sur les œuvres de l’artiste, en ligne jusqu’au 1er mai 2031. Ce projet a pris le relais de l’exposition présentée à la Galerie de novembre 2025 à janvier 2026 et du catalogue publié à la même occasion. «À l’instar des publications et de la documentation vidéo, les expositions virtuelles permettent à des expositions déjà proposées à la Galerie de rejoindre de nouveaux publics et de poursuivre leur trajectoire dans le temps.»

La conservatrice adjointe coordonne, par ailleurs, la circulation des expositions, ce qui implique l’élaboration d’un cahier technique (équipements requis, transport des œuvres, assurances, informations pour les outils promotionnels) ainsi que la planification de la mise en espace et du montage de l’exposition au sein de l’institution hôte. Ainsi, l’exposition Emmanuelle Léonard. Le déploiement sera accueillie au Confederation Centre of the Arts, à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, après avoir été présentée à la Galerie, puis à Toronto et à Paris.

Depuis son arrivée en poste à la Galerie, Anne Philippon a aussi coordonné la production d’une douzaine de catalogues d’expositions ainsi que des monographies d’artistes. «Il s’agit de l’un des aspects de mon travail que j’apprécie le plus, confie-t-elle. C’est une façon de prolonger la vie d’une exposition et de contribuer à la production de connaissances.»


En prise avec des enjeux de société

Pour Anne Philippon, travailler dans le domaine de l’art contemporain, c’est être au cœur de pratiques interdisciplinaires en constante évolution et collaborer avec des milieux diversifiés: scientifique, numérique, communautaire et institutionnel. «C’est un domaine vivant, critique et profondément ancré dans le présent, qui façonne mon regard sur le monde. Pour moi, œuvrer en art contemporain est une façon de rester en prise directe avec les enjeux de société, tout en contribuant à la manière dont ils sont pensés collectivement.»

Chaque exposition est une source de connaissances nouvelles sur la société, assure la conservatrice adjointe. Parmi les artistes actuels, plusieurs sont préoccupés par des enjeux sociaux et politiques, comme la crise climatique, les différentes formes de discrimination ou la décolonisation des savoirs. «Ces préoccupations sont aussi partagées par la Galerie et son comité responsable de la programmation des expositions.»

Au fil des ans, Anne Philippon a découvert que le travail à la Galerie comporte toujours une dimension importante de recherche, d’expérimentation et de dialogue avec le monde académique. «C’est ce qui distingue une galerie universitaire d’un musée ou d’une galerie commerciale», conclut-elle.