Le professeur du Département de sociologie Victor Armony et ses collègues Massimiliano Mulone (Université de Montréal) et Mariam Hassaoui (TÉLUQ) sont les récipiendaires de l’édition 2025 du Prix Denis-Szabo pour leur article «Police, racisme et agnotologie: résistances et rationalisations des agents de la paix face aux allégations de racisme», publié dans la revue Criminologie.
Instauré en 2005, le Prix Denis-Szabo est remis tous les deux ans à une autrice, un auteur ou un groupe de cosignataires dont l’article, paru dans la revue Criminologie, s’est distingué par sa pertinence, la qualité de sa réflexion critique et son apport à la discipline.
Dans leur article, Victor Armony et ses collègues examinent la manière dont les organisations policières pensent la question du racisme au sein de leur profession. Comment les policiers et les policières expliquent-ils les disparités de traitement avérées qui touchent les groupes racisés? Quels sont les narratifs déployés pour délégitimer les accusations de racisme? Pour répondre à ces questions, la notion d’agnotologie, ou production culturelle de l’ignorance, est mobilisée dans le cadre d’une analyse des données d’interpellations et d’interceptions d’une police municipale québécoise de taille moyenne, à laquelle s’ajoutent 12 entrevues semi-directives effectuées auprès de membres de cette même organisation.
Ce devis méthodologique leur permet de relever cinq explications alternatives au profilage racial qui sont mises de l’avant par les forces de l’ordre, et d’ensuite les évaluer sur le plan empirique. «Alors qu’aucune des explications proposées ne survit à l’analyse des données quantitatives, nous proposons une réflexion sur les pratiques “agnotologiques” relatives aux allégations de racisme touchant les officiers de police, ainsi que sur la nature du doute qui en découle», écrivent-ils.
Les constats effectués dans cette recherche leur apparaissent importants dans le cadre de la lutte aux discriminations produites par la police à l’encontre de certains groupes racisés. «En effet, en dévoilant une partie de la nature de l’agnotologie policière des allégations de racisme, on observe à quel point les agents sur le terrain sont convaincus de l’illégitimité de ces accusations, nourrissant par là même une très forte résistance au changement, soulignent-ils. Comprendre ces logiques de production de l’ignorance est une étape nécessaire à qui veut réussir à réduire les disparités de traitement.»
Leur étude, précisent-ils, «demeure incomplète, en ce qu’elle ne procède pas à une analyse systématique des différentes pratiques de production de l’ignorance auxquelles les organisations policières (et d’autres) s’adonnent, mais jette un regard plus limité sur les rationalisations partagées par les agents sur le terrain.»
Il y a quelques années, Victor Armony et ses deux collègues avaient réalisé une étude semblable auprès du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Un rapport troublant, qui concluait que la surreprésentation des minorités visibles parmi les personnes interpellées est étroitement liée au fonctionnement de la police, avait suscité de vives réactions de la part de la Ligue des droits et libertés et de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse.