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Discours du recteur au CORIM

Stéphane Pallage a abordé de nombreux enjeux liés à l’UQAM et à l’avenir de la connaissance.

Par Jean-François Ducharme

22 septembre 2026 à 20 h 35

Le recteur Stéphane Palllage était l’invité du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), le 22 septembre dernier, où il a prononcé un discours couvrant de nombreux thèmes liés à l’UQAM et à l’avenir de la connaissance. Plusieurs personnalités étaient présentes, dont Pauline Marois, chancelière de l’UQAM, Mélissa Denis, présidente du Conseil d’administration de l’Université, Alexandre Cloutier, président de l’Université du Québec, Jérôme Dupras, Scientifique en chef du Québec, Hélène David, ancienne ministre de l’Enseignement supérieur, Guy Breton, recteur émérite de l’Université de Montréal, et Jean-Claude Kugener, premier ambassadeur du Luxembourg au Canada.

Le recteur a entamé son discours en déplorant le fait que la campagne électorale actuelle accorde très peu de place à l’éducation primaire, secondaire, collégiale ou universitaire. «L’éducation est un investissement essentiel dans l’avenir de notre société, a-t-il rappelé. Mon collègue Pierre Fortin évalue à 1,3 milliard de dollars l’investissement nécessaire pour que nos universités soient financées au même niveau que celles de l’Ontario.»

Enjeux démographiques et immigration

Stéphane Pallage a ensuite rappelé les enjeux démographiques auxquels le Québec fait face – la baisse du taux de la natalité combinée à la hausse de l’espérance de vie. «La pression sur nos enfants est terrible, a-t-il affirmé. On demande à trois fois moins d’enfants de soutenir un filet social beaucoup plus généreux qu’en 1960 pendant beaucoup plus longtemps.»

Pour préserver les avantages du filet social, deux seules réponses sont possibles, selon lui: un investissement massif en éducation et une ouverture à une immigration de haut niveau. «Or, au cours des deux dernières années, le Québec s’est refermé sur la question des étudiantes et étudiants internationaux, constate-t-il. L’abandon du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a été perçu à l’étranger comme un bris de confiance. Les inscriptions de nouvelles étudiantes et nouveaux étudiants internationaux dans les universités québécoises sont en chute libre, à l’UQAM comme dans toutes les universités.»

Un moteur de développement

Stéphane Pallage a souligné que les universités sont des moteurs de développement économique, social, culturel et scientifique. «Un dollar de fonds public investi dans l’UQAM rapporte à la société québécoise entre 8 et 16 dollars, soit un rendement minimum de 700 %», a-t-il déclaré.

Créée en 1969 avec une mission d’accessibilité aux études avancées et un sens aigu du service public, l’UQAM compte plus de 320 000 diplômés en 57 ans d’histoire. «Nous représentons le premier ascenseur social du Québec, s’est réjoui le recteur. Le sens du service public, nous l’avons dans le sang.»

Des réponses originales à trois enjeux de société

Le Plan stratégique 2024-2029 de l’UQAM se concentre sur trois enjeux de société majeurs auxquels l’Université apporte une réponse originale, a fait valoir Stéphane Pallage. Le premier est la santé. Le budget du ministère de la Santé a explosé depuis deux décennies, passant de 20 milliards de dollars en 2004 à 69 milliards de dollars aujourd’hui. «Le budget de la santé est consacré presque exclusivement à la maladie, alors que la santé est le contraire de la maladie, a expliqué le recteur. De plus, l’accès aux spécialistes est extrêmement difficile et la première ligne est déficiente.»

Sous la gouverne de Fabrice Brunet, vice-recteur associé au Développement des sciences de la santé, l’UQAM a mis en place une nouvelle Faculté des sciences de la santé qui a le potentiel de changer le paradigme. «Nous souhaitons, d’une part, promouvoir les disciplines liées à la prévention et au maintien en santé, et d’autre part, renforcer la première ligne, avec des disciplines de soins, science infirmière et médecine familiale, un projet conjoint avec l’ensemble du réseau de l’Université du Québec.»

Le deuxième enjeu auquel l’UQAM s’attaque en priorité est la relance du Quartier latin. «Chaque grande ville vit une réalité similaire dans son centre-ville, a dit Stéphane Pallage. Les solutions apportées chez nous pourront servir de modèle ailleurs au pays et dans le monde.» Soulignant le leadership rassembleur de Priscilla Ananian, vice-rectrice associée à la Relance du Quartier latin, il a ajouté que, lorsqu’une université de la taille de l’UQAM s’engage dans son milieu, «cela a le potentiel de tout changer».

Sur la plus grande problématique humaine du Quartier latin, l’itinérance, le recteur a salué le rôle de la chancelière, Pauline Marois, qui a su convaincre tous les partis politiques d’en faire une priorité nationale. «L’itinérance ne se limite plus au centre-ville de Montréal, elle se retrouve partout au Québec. C’est une crise humanitaire à laquelle madame Marois a décidé de s’attaquer avec toute la sensibilité humaine qu’on lui connaît.»

Le troisième grand enjeu est la langue française. «Le français recule à Montréal, plus précisément au centre-ville de Montréal, a commenté Stéphane Pallage. Il n’est pas question que l’UQAM reste spectatrice du recul de notre langue. La doyenne de notre Faculté des sciences humaines, Lucie Dumais, est à pied d’œuvre pour contribuer à inverser cette tendance.» Stéphane Pallage a notamment souligné les expertises des chercheuses et chercheurs de l’UQAM en matière de découvrabilité des contenus francophones.

Esprit critique et intelligence artificielle

À l’heure de l’intelligence artificielle et de la désinformation, les universités sont plus que jamais nécessaires, a noté le recteur. «L’université forme les esprits à la rigueur scientifique, à l’esprit critique. L’IA n’a pas cet esprit critique, se nourrissant autant d’information que de désinformation. Le citoyen de demain ne peut pas être désinformé et renoncer à l’esprit critique, au risque de devenir l’esclave moderne d’un régime dictatorial.»

Si les possibilités de l’IA sont remplies de promesses, notamment en pédagogie, en recherche et création, elle peut être dangereuse si elle est mal utilisée. «L’université est là aussi pour nous apprendre à la dompter, croit Stéphane Pallage. Nous continuerons à former des humains avec une éthique et un jugement.»

Liberté académique et autonomie universitaire

Selon le recteur, l’université est plus importante que jamais pour l’avenir de la démocratie. Il a salué plusieurs professeures et professeurs de l’UQAM qui mettent leur expertise au service du grand public. «Pour qu’ils et elles puissent jouer ce rôle, il est essentiel de bénéficier d’une liberté académique et d’une autonomie universitaire. Aucune entité extérieure, publique ou privée, ne doit intervenir dans la gestion de l’université, dans ses choix académiques d’enseignement ou de recherche.»

Stéphane Pallage a conclu son allocution en affirmant qu’aucune société n’est à l’abri d’un leader populiste à qui viendrait l’idée de museler les chercheuses et chercheurs en s’impliquant dans la gestion académique des universités. «Nous pouvons renforcer notre démocratie en respectant l’autonomie des universités. J’invite nos futurs élus à inclure cette autonomie dans la loi sur la liberté académique. Cette dernière est fragile tant que l’autonomie universitaire n’est pas légalement garantie», a conclu le recteur.

Entretien avec Hélène David

L’allocution a été suivie d’un court entretien du recteur avec Hélène David, ministre de l’Enseignement supérieur de 2016 à 2018. Divers sujets ont été abordés, dont le déclin de Montréal en tant que destination universitaire pour les étudiantes et étudiants internationaux, le rôle des universités dans la diffusion des connaissances et l’importance de l’autonomie universitaire. «Autrefois considérées comme des tours d’ivoire déconnectées de la réalité, les universités contribuent aujourd’hui à mieux informer le grand public en rendant accessibles leurs découvertes. Mais pour continuer cette mission, la liberté académique et l’autonomie universitaire doivent être protégées à tout prix», a réitéré Stéphane Pallage.