Le recteur Stéphane Pallage était invité, le 10 juin dernier, à prononcer l’allocution d’introduction à un panel tenu dans le cadre de la Conférence de Montréal, devant un auditoire de plusieurs centaines de personnes. Intitulé «Une nouvelle ère pour la coopération économique entre les États-Unis, l’Union européenne et le Canada», le panel était composé de l’avocat américain John Willding, associé chez Stinson, à Dallas, de l’ancien premier ministre de Terre-Neuve Brian Tobin, actuellement vice-président de BMO Groupe financier, et de Bernard Spitz, auteur, stratège et président de BSC, une firme de consultation française spécialisée dans l’impact de la révolution numérique sur les modèles économiques. La discussion était animée par David Brulotte, délégué général du Québec à New York.
Le recteur, économiste de formation, a d’abord partagé quelques réflexions sur la nature des échanges économiques. «Il n’existe pas de situation en économie sans gains à l’échange», a-t-il remarqué, ajoutant qu’un accord n’est conclu que s’il est «gagnant-gagnant». Rappelant que les accords de libre-échange maximisent les gains du commerce en éliminant les barrières commerciales, Stéphane Pallage a souligné qu’il était étonnant, au 21e siècle, que l’on veuille introduire de nouveaux tarifs douaniers, invitant les panélistes à se prononcer sur la question.
Avant de leur céder la parole, le recteur a profité de sa présence à la conférence pour soulever ses inquiétudes concernant les multiples pressions subies au cours des derniers mois par les universités américaines. Évoquant le concept du sixième pouvoir que représentent les universités – après l’exécutif, le législatif, le judiciaire, la presse et les médias sociaux –, Stéphane Pallage a observé qu’« affaiblir l’autonomie universitaire élimine de facto la liberté académique puisque les professeurs perdront leur protection s’ils émettent un avis expert contraire à un décret ou une politique».
Le recteur a ensuite cité les lauréats du prix Nobel d’économie 2024, Daron Acemoglu et James Robinson, qui ont établi un lien entre la qualité des institutions, notamment démocratiques, et la croissance économique. «Affaiblir ces institutions risque de nuire à la performance économique du pays. Ceci, combiné à des tarifs, n’est-ce pas un étrange cocktail pour un futur radieux?», s’est interrogé Stéphane Pallage en conclusion de son allocution.