Voir plus
Voir moins

Séjour d’études à Amsterdam

Un groupe du baccalauréat en urbanisme visite la capitale des Pays-Bas.

Par Pierre-Etienne Caza

16 juin 2025 à 11 h 19

Avec un tiers de leur territoire sous le niveau de la mer, les Pays-Bas gèrent les risques d’inondations depuis des siècles. «S’il y a un endroit au monde qui est préparé à faire face à l’élévation du niveau des eaux en raison des changements climatiques, c’est bien Amsterdam», souligne Sylvie Paré. La professeure du Département d’études urbaines et touristiques de l’ESG UQAM accompagnait un groupe de 13 étudiantes et étudiants dans la capitale hollandaise, du 11 au 24 mai dernier, dans le cadre du cours Les grandes villes.

Ce séjour aux Pays-Bas visait à réaliser une analyse comparative entre Montréal et Amsterdam. Chacune des cinq équipes formées pour l’occasion s’est intéressée à une thématique différente, soit la gestion des risques d’inondations, la sécurité des femmes dans les lieux publics, l’intermodalité des transports en commun, la fonctionnalité des réseaux cyclables, et le patrimoine et la gentrification. «Au-delà des attentes liées au cours comme tel, l’objectif est de rapporter de bonnes idées et de bonnes pratiques pour inspirer la nouvelle génération d’urbanistes que nous contribuons à former», précise la professeure.

Le groupe a eu la chance de rencontrer, entre autres, des urbanistes de la ville, des représentants du développement du nouveau centre-ville (Zuidas) ainsi que des professeures et professeurs de sociologie et de géographie de l’Université d’Amsterdam.

La gestion des risques d’inondations

«Nous avons visité la plus vieille station de pompage à la vapeur des Pays-Bas en compagnie d’un spécialiste qui nous en a expliqué le fonctionnement», raconte l’étudiante au baccalauréat en urbanisme Audrey-Ann Cloutier.

Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, la station de pompage Woudagemaal a été ouverte en 1920. Il s’agit de la plus grande et de la plus puissante installation à vapeur à des fins hydrauliques jamais construite et elle est toujours opérationnelle. L’installation est destinée à empêcher toute inondation des basses terres environnantes.

Le génie hydraulique néerlandais a servi de modèle et fixé les normes applicables au monde entier pendant des siècles. «L’ensemble de leur planification territoriale ainsi que leur développement en matière d’infrastructures intègrent des pratiques de gestion des risques d’inondations depuis très longtemps et s’est sans cesse actualisé au fil des ans», souligne Audrey-Ann Cloutier.

Le projet Room for the River constitue un bon exemple. Ce plan gouvernemental, déployé entre 2006 et 2015, visait à protéger certains secteurs du pays en remodelant le paysage, notamment dans le delta du Rhin, frappé chaque année par des inondations qui s’intensifient avec les changements climatiques. «On nous a expliqué que plusieurs fermes ont été expropriées pour agrandir les polders, ces terres basses qui servent de zones inondables en cas de forte pluie ou de crues soudaines des rivières environnantes, et que des digues ont été déplacées pour laisser encore plus de place à l’eau en cas d’inondations», explique l’étudiante. Le sol de ces polders a été creusé pour gagner en profondeur, une opération nécessaire puisque chaque inondation apporte son lot de sédiments. Une «rivière verte» a été créée pour servir de voie de contournement au trop-plein potentiel de l’une des rivières de la région, s’ajoutant à de nombreux autres canaux latéraux dont la profondeur a été accentuée pour servir de barrières naturelles entre les rivières et les infrastructures résidentielles.

«Au Québec, nous en sommes à l’étape de la cartographie des zones inondables», observe Audrey-Ann Cloutier, qui espère que la planification territoriale subséquente s’inspirera au moins un peu de ce que font les Pays-Bas.

«Plutôt que de lutter uniquement avec des digues et des barrages, les Néerlandais ont choisi de faire de la place à l’eau, de vivre avec la présence de l’eau sur leur territoire.»

Audrey-Ann Cloutier

Étudiante au bacalauréat en urbanisme
Vélos, transport en commun et cours d’eau

En plus de la gestion des risques d’inondations, les spécialistes rencontrés sur place par le groupe leur ont parlé de durabilité et d’économie circulaire, d’aménagement urbain, de la crise du logement qui sévit également dans leur ville, et d’entrepreneuriat immigrant.

Toute comme ce fut le cas à Copenhague en 2023, une équipe du cours s’est intéressée aux réseaux cyclables. «C’est une thématique qui interpelle fortement cette génération d’étudiantes et d’étudiants, remarque Sylvie Paré, et Amsterdam figure parmi les meilleures villes cyclables au monde. Il y a même un étudiant du groupe qui s’est acheté un vélo sur place. Il l’a utilisé pendant tout le séjour!» L’enjeu sécuritaire, pour Amsterdam, est de travailler à protéger les piétons. «Le vélo est roi et c’est parfois difficile de traverser la rue», note la professeure.

Devant, de gauche à droite: Genevière Matte, Sarah Godbout, Frédérika Boisclair Basque, Audrey-Ann Cloutier, Evelyne Dumas, Sylvie Paré, Orianne Faure et Éloïse Leclerc. Derrière: Mathis Desbaumes, Camille Huppé, Léane Maheux, Hugo Brown-Pagé Louis-Philippe Dupras et Quentin Hocquinghem. Photo: Frédérika Boisclair-Basque

Comme plusieurs villes européennes, Amsterdam a misé sur l’intermodalité des transports en commun pour faciliter la vie des personnes qui y habitent, y travaillent ou la visitent. «Les trajets sont faciles. Dès la descente d’avion, un train nous amène à la gare centrale, d’où partent trains et tramways pour d’autres destinations», rapporte Sylvie Paré. Pour que l’intermodalité soit efficace, il faut une signalétique claire. «Les personnes doivent pouvoir trouver facilement le mode de transport qui les amènera à leur prochaine destination», ajoute-t-elle.

Audrey-Ann Cloutier a pu apprécier ces différents modes de transport lors de son séjour. «Notre auberge de jeunesse, située au nord du cœur de la ville, était desservie par un ferry fonctionnant 24 heures sur 24. C’était formidable de prendre le bateau chaque matin pour gagner l’autre rive.»

L’étudiante estime que l’aménagement des parcs et des espaces publics, assortis de mobilier urbain, est vraiment réussi. «L’accès à de nombreux cours d’eau rend l’expérience encore plus agréable. C’était génial de pouvoir s’installer sur le bord d’un canal pour déguster notre dîner.» Si Montréal souhaite redonner l’accès au fleuve à ses citoyennes et citoyens, elle pourrait s’en doute s’inspirer d’Amsterdam, conclut-elle.

Les étudiantes et étudiants présenteront les conclusions de leurs travaux devant public, le 19 juin prochain à 13 h à la salle Pierre-Filiatrault (R-3570).