Le recteur Stéphane Pallage cosigne avec l’ensemble des dirigeants des établissements du réseau de l’Université du Québec (UQ) et son président, Alexandre Cloutier, une lettre d’opinion réclamant que la liberté académique et l’autonomie universitaire trouvent leur juste place dans le projet de Constitution du Québec. La lettre est parue dans le Journal de Montréal le 16 décembre.
«Ces valeurs ne sont pas des privilèges: elles sont des conditions de réalisation de la mission des établissements universitaires, écrivent-ils. À ce titre, elles constituent des fondements de notre vitalité démocratique, à la manière de l’indépendance des tribunaux.»
Citant le rapport Parent, les dirigeants universitaires rappellent que la liberté académique est souvent garante des autres libertés civiques, qu’elle assure de pouvoir explorer toutes les questions, même les plus sensibles, de manière rationnelle, et que la science progresse par la confrontation des idées.
Quant à l’autonomie universitaire, elle garantit que les choix académiques ne soient pas dictés par des considérations extérieures au milieu scientifique.
Selon les signataires de la lettre, «l’article 5 du projet de loi pourrait mettre en péril ces acquis démocratiques en interdisant aux établissements universitaires de contester certaines lois à partir de leurs fonds de fonctionnement. Cette restriction les priverait de leur ultime recours: la possibilité de saisir les tribunaux pour défendre leur mission d’enseignement, de recherche et de création.»
Ce risque, rappellent-ils, n’est pas théorique, comme le démontre la situation qui prévaut actuellement aux États-Unis. «Il y a un an à peine, personne n’aurait imaginé que des universités parmi les plus importantes au monde seraient attaquées presque quotidiennement par leur propre gouvernement», soulignent les dirigeants universitaires. Depuis, gels de financements de recherche sur certaines thématiques, pressions pour supprimer des programmes, enquêtes ciblées sur la gouvernance interne des établissements et menaces à l’endroit des étudiants et des chercheurs détenteurs de visas se sont multipliés.
Donnant l’exemple de l’Université Harvard, qui a eu recours aux tribunaux pour riposter contre de telles attaques, ils insistent sur «l’importance des garde-fous qui permettent aux établissements universitaires de défendre leur mission».
C’est la raison pour laquelle les signataires demandent de retirer les établissements universitaires de l’article 5 du projet de loi, en plus de reconnaître la liberté et l’autonomie universitaires à même la Constitution. «Cette approche, concluent-ils, ferait du Québec un pionnier en Amérique du Nord, mais ne serait pas inédite à l’échelle internationale. Elle s’inspirerait de plusieurs autres États, comme l’Allemagne, la Finlande, la Grèce ou le Portugal, qui ont déjà intégré sous une forme ou une autre la reconnaissance de ces principes démocratiques dans leurs lois fondatrices.»