Josée-Anne Riverin (B.A. relations internationales et droit international, 2006; LL.M. droit international, 2012) s’étonne encore, 14 ans après son embauche, de faire partie de la formidable équipe du Service aux collectivités (SAC) de l’UQAM. «Je fais partie d’une génération à qui on a dit qu’il fallait aller à l’étranger pour faire de la coopération internationale et lutter pour la défense des droits humains, raconte-t-elle. Lorsque je suis devenue agente de développement au SAC, je croyais que c’était temporaire, le temps de trouver un autre projet et de repartir en Asie.»
Qu’est-ce qui a incité Josée-Anne Riverin à s’ancrer au sein de son alma mater? «J’ai réalisé la chance que j’avais de contribuer au développement de connaissances permettant d’atteindre une plus grande justice sociale ici, au Québec», observe-t-elle.
Une expérience transformatrice
Toute jeune, Josée-Anne Riverin se voyait déjà travailler pour une organisation non gouvernementale (ONG) œuvrant à la défense des droits humains dans les bidonvilles de l’Inde.
En cinquième secondaire, elle s’inscrit au programme AFS Interculture Canada pour aller à l’étranger apprendre l’anglais pendant une année. Elle choisit Soweto, en Afrique du Sud. «Le pays venait de se libérer de l’Apartheid et Soweto était le plus grand bidonville du monde, raconte-t-elle. Mes parents étaient persuadés que je n’allais pas réellement partir, mais j’étais déterminée à le faire.»
La jeune femme n’avait jamais pris l’avion avant de s’envoler pour l’Afrique du Sud. Une fois à destination, on lui offre d’habiter chez une famille noire, alors que les autres jeunes de sa cohorte sont hébergés par de riches familles blanches. «Ce fut l’expérience la plus transformatrice de ma vie. Je venais de Shipshaw, un petit village du Saguenay majoritairement peuplé de Blancs. Du haut de mes 17 ans, j’ai vécu un choc. Les gens étaient très accueillants et j’ai développé des amitiés, mais j’ai aussi pu prendre la mesure des profonds traumas de la population noire et des défis de la réconciliation. Je comprenais d’où venait leur ressentiment envers les Blancs et je recevais leur colère. Et pour être encore plus déstabilisée, je vivais dans une famille où régnait une division sexuelle du travail très marquée. Je balayais le plancher sous le regard amusé des autres membres de la famille qui n’auraient jamais pensé voir une blanche faire le ménage chez eux!»
Au cégep de Jonquière, l’année suivante, elle s’inscrit en sciences humaines, profil ouverture sur le monde et elle retourne en Afrique, cette fois en Mauritanie, pour y effectuer un stage de coopération internationale. De retour au Québec, elle entend parler du baccalauréat en relations internationales et droit international (BRIDI) de l’UQAM, qui venait d’être créé.
«Je voulais étudier à Montréal et le BRIDI était tout indiqué pour ce qui me passionnait, à savoir la défense des droits humains.»
Josée-Anne Riverin
Agente de développement au Service aux collectivités
Josée-Anne Riverin complète le BRIDI en remportant le prix Personnalité de l’année par excellence au gala Forces AVENIR 2006, pour l’ensemble de son implication au sein de plusieurs organisations et projets liés à la coopération internationale et à l’entraide humanitaire.
Premier contrat avec le SAC
Quelques années plus tard, après quelques séjours et expériences de travail en Asie, Josée-Anne Riverin revient à l’UQAM pour y amorcer une maîtrise en droit international, sous la direction du professeur Bernard Duhaime, fondateur de la Clinique internationale de défense des droits humains (CIDDHU) de l’UQAM. «Mon mémoire portait sur l’activisme des femmes autochtones dans le mouvement autochtone panasiatique», précise-t-elle. Pour ses recherches, elle se rend en Thaïlande afin d’y effectuer un stage au sein de l’Asia Indigenous Peoples Pact.
Son diplôme en poche, son projet vise à retourner en Asie avec son copain de l’époque travailler pour une ONG. «C’est à ce moment que le Service aux collectivités est arrivé sur mon radar, se rappelle-t-elle. J’ai accepté un contrat pour développer une formation sur le droit à l’égalité en contexte de violence, destinée aux femmes autochtones du Québec.» Elle abandonne momentanément son rêve de s’installer en Asie et entreprend la tournée de l’ensemble des nations autochtones, participant à offrir la formation avec Bernard Duhaime.
Sans trop qu’elle s’en aperçoive, sa carrière vient de prendre une autre tangente, car lorsqu’un poste au SAC s’affiche quelques mois plus tard, elle n’hésite pas à postuler et elle l’obtient.
Une intelligence collective incomparable
Les premières années de Josée-Anne Riverin au SAC ont été un apprentissage, se souvient-elle. «Il me fallait développer une expertise du processus, être capable d’intégrer ce qui fait qu’un maillage fonctionne entre un groupe militant et une professeure ou un professeur», explique-t-elle.
Le travail au SAC ne s’enseigne pas à l’école, insiste Josée-Anne Riverin.
«C’est un travail qui nécessite à la fois de comprendre comment s’effectue la recherche en milieu universitaire et la dynamique des organismes communautaires sur le terrain.»
L’intelligence collective du SAC est sa plus grande force, estime-t-elle. «J’ai tellement appris en discutant avec mes collègues. C’est un travail de réflexivité constant, qui requiert une grande humilité. Ça fait 14 ans et j’apprends encore.»
Josée-Anne Riverin peut se retrouver un matin en réunion avec un groupe écologiste, puis discuter en après-midi avec des représentantes de Femmes autochtones du Québec. «Les projets du SAC touchent à une diversité de sujets, comme les enjeux de santé mentale, le développement urbain, la lutte à l’exclusion. Je rencontre des militantes et militants incroyables et je travaille avec des professeures et professeurs de toutes les facultés et de l’École.»
Josée-Anne Riverin aime particulièrement les projets provenant de groupes ayant une posture militante et politique forte. «Lorsqu’on réunit autour de la table une organisation comme la Ligue des droits et libertés avec des professeures et professeurs engagés, souvent depuis des décennies, c’est incroyable la qualité des échanges auxquels on assiste», souligne-t-elle. Parfois, l’histoire du Québec s’en trouve modifiée… pour le mieux.
«Je pense à des projets comme celui portant sur les poursuites bâillons, qui a contribué à la modification du Code de procédure civile, mené avec feu la professeure Lucie Lemonde, illustre-t-elle, ou encore à la réflexion sur les atteintes au droit d’association des groupes communautaires par la multiplication des contrôles technocratiques du gouvernement, projet de recherche qui avait réuni des professeurs comme Lucie Lamarche et Georges Lebel.» Josée-Anne Riverin pourrait en nommer plusieurs autres.
«On n’a pas idée de la richesse du savoir des groupes de défense des droits au Québec et de leur apport immense pour la suite du monde.»
Au cours des dernières années, l’agente du SAC a eu moins souvent l’occasion de travailler avec des groupes autochtones. «Je vais toujours dire oui si je suis approchée par un groupe autochtone, mais il faut que cela vienne d’eux. Au SAC, la posture garante de tout le reste est de répondre à des besoins exprimés par les groupes sur le terrain et non l’inverse», explique-t-elle.
Une formule qui fonctionne
Le Service aux collectivités de l’UQAM fait figure de modèle à travers le réseau universitaire québécois et il est célébré par la Direction de l’Université, mais cela n’a pas toujours été le cas, reconnaît Josée-Anne Riverin. «Comme les groupes communautaires avec lesquels nous travaillons, qui doivent lutter pour leur financement et leur survie, le SAC a souvent été remis en question par le passé. C’est confrontant pour une équipe, mais d’un autre côté, cela permet de développer une cohésion à toute épreuve, et une posture réflexive sur notre mandat et la manière de le réaliser.»
La formule du SAC fonctionne, même si le travail ne se calcule pas en montants de financement, observe avec fierté Josée-Anne Riverin.
«Nous sommes à contre-courant des mesures de rentabilité. Notre succès se mesure à notre impact sur le bien commun.»
Lorsque le premier contingent de professeures et professeurs qui ont défendu le SAC, créé en 1979, ont pris leur retraite, d’autres ont pris le relais, croyant profondément en sa mission. «Cet appui est inestimable, tout comme celui du recteur et du vice-recteur à la Recherche, à la création et à la diffusion», note Josée-Anne Riverin, qui insiste également pour souligner le travail de la nouvelle directrice, Geneviève Lamy, en poste depuis janvier 2024.
Éduquer des citoyens du monde
De retour à l’UQAM ce printemps après un congé de maternité, Josée-Anne Riverin avoue être déchirée entre son désir d’être mère et son écoanxiété. «Le monde s’effondre et je continue de me reproduire, observe-t-elle en riant. Je ne sais pas si c’est de l’idéalisme ou de la naïveté…» Ce qu’elle sait, en revanche, c’est qu’elle tente d’éduquer ses trois enfants (5 ans et demi, 3 ans et demi et bientôt 1 an) en citoyens du monde empathiques, qui ne craindront pas d’aller à la rencontre de l’autre, à l’image de leur maman!