Le recteur Stéphane Pallage avait convié la communauté universitaire à la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau, le 23 septembre, pour son allocution de la rentrée. «C’est déjà ma troisième rentrée académique, et je vous avoue que chacune d’elles est un privilège», a dit le recteur d’entrée de jeu. Une discussion avec la chancelière de l’UQAM, Pauline Marois, a suivi le discours de la rentrée.
Une année de défis…
Stéphane Pallage a abordé les principaux défis que l’UQAM devra affronter au cours de la prochaine année. «Pour la première fois de mémoire de recteur, la subvention de fonctionnement que nous recevons du ministère de l’Enseignement supérieur n’a pas été indexée, a-t-il mentionné. Autrement dit, la hausse des coûts de système n’est pas couverte, pour la première fois en plusieurs décennies, par la subvention du gouvernement.»
Malgré ce défi important, l’Université a réussi à équilibrer son budget, grâce à deux facteurs favorables: le développement de nouveaux programmes, qui a contribué l’an dernier à des hausses d’effectifs étudiants d’environ 3 % par trimestre, ainsi que les marchés financiers favorables ayant permis au régime de retraite de l’Université du Québec de sortir de la sous-capitalisation dans laquelle il se trouvait depuis quelques années.
Le recteur a ensuite parlé de l’accueil des étudiantes et étudiants internationaux au Québec. Rappelons que le gouvernement a imposé des quotas sur le nombre de demandes de certificats d’acceptation du Québec par université. «Le débat sur cette volonté de limiter l’accueil d’étudiants internationaux a découragé de nombreux candidats, déplore Stéphane Pallage. Les demandes d’admission provenant de l’international ont baissé de 39 % à l’UQAM par rapport à 2024. Dans certaines universités du Québec, cette baisse dépasse les 50 %.»
Selon lui, ce n’est pas l’imposition de quotas qui a eu cet effet, mais bien tout le débat préalable qui a marqué l’imaginaire des candidates et candidats potentiels. «Seul un changement de discours des élus peut changer cette tendance, a-t-il déclaré. Il suffirait d’affirmer haut et fort que les cerveaux sont les bienvenus au Québec.»
Par ailleurs, la question du recul du français dans la métropole préoccupe le recteur. «L’UQAM a le potentiel d’inverser cette tendance, si on lui confère dans ce dossier un rôle stratégique pour le Québec», affirme-t-il.
Afin de promouvoir la langue française, l’UQAM a soumis un mémoire au gouvernement en trois points: l’abolition des quotas imposés aux universités; le retour du programme de l’expérience québécoise; ainsi qu’une reconnaissance du rôle important des universités comme vecteur d’intégration à la société québécoise.
Enfin, Stéphane Pallage a soulevé le défi de protéger la liberté académique et l’autonomie universitaire, qui sont remises en question dans plusieurs pays du monde, notamment aux États-Unis.
La liberté universitaire est pourtant un pilier de la démocratie, rappelle-t-il. «Quand le législatif renonce à exercer ses prérogatives face à l’exécutif, quand le judiciaire perd son indépendance et devient partisan, quand la presse obéit de plus en plus à des groupes d’intérêt, quand les médias sociaux propagent une désinformation construite par les élites de l’État, quel contre-pouvoir reste-t-il si ce n’est celui de la science, celui du savoir?»
… et de promesses
Après les défis, le recteur a abordé les promesses de cette année universitaire. En santé, de nombreux programmes ont été créés depuis deux ans et d’autres sont en gestation. «La nouvelle Faculté des sciences de la santé vise à mettre bientôt sur pied ses premiers programmes et ses premiers départements, avec cette vision d’une santé globale et d’une pratique collaborative portée par notre vice-recteur associé, Fabrice Brunet, a affirmé Stéphane Pallage. Nous aurons vraisemblablement pour commencer deux départements, l’un en santé des populations, l’autre en soins, notamment de première ligne.»
Du côté du Quartier latin, la vice-rectrice associée, Priscilla Ananian a notamment obtenu le soutien de la mairesse et de la Commission canadienne de l’UNESCO, et reçu du financement de la Ville de Montréal et du gouvernement du Québec afin de soutenir un quartier apprenant, s’est réjoui Stéphane Pallage. Le parcours Arborescences, réalisé en collaboration avec des étudiantes en design, vise à favoriser les ramifications culturelles et éducatives entre les partenaires et institutions du Quartier latin.
Par ailleurs, le recteur a abordé l’environnement, qui constitue selon lui un défi existentiel pour l’humanité. «Nos chercheuses et chercheurs contribuent chaque jour à une meilleure compréhension des phénomènes à venir, observe-t-il. Nos formations en environnement et à l’environnement forment des citoyennes et citoyens conscients et engagés. Nos experts dans les médias participent à l’éducation du public sur ces enjeux. Santé et environnement sont intimement liés, et les ponts entre ces deux domaines ne demandent qu’à être bâtis.»
Enfin, sur le plan des intelligences artificielles, l’UQAM regorge d’initiatives en enseignement, en recherche, en création et en administration. «L’Université se dotera d’un plan stratégique au cours de la prochaine année, qui proposera la place de l’IA dans son développement et dans sa contribution à la société.»
Entretien avec Pauline Marois
Dans l’échange qui a suivi avec Pauline Marois, le recteur a souligné son bonheur de travailler avec la chancelière. Ses premières questions ont porté sur les rentrées universitaires de la chancelière et son plaisir d’apprendre. Pauline Marois a évoqué ses études en travail social à l’Université Laval et l’importance accordée à l’acquisition de nouvelles connaissances pour se sentir à la hauteur des nouveaux défis qui l’attendaient. «Ma façon de combattre ma peur, c’était de me former et de m’informer, a confié l’ancienne première ministre du Québec. Cela me donnait de la confiance. Apprendre est un défi, une nécessité et un plaisir.»
L’entretien a ensuite porté sur les valeurs de la chancelière. Pauline Marois a rappelé qu’elle provient d’un milieu modeste où l’on accordait énormément d’importance à l’éducation. «Pour mes parents, l’éducation était la voie vers une vie meilleure», a-t-elle souligné, traçant le parallèle entre son expérience et celle des milliers d’étudiantes et d’étudiants de l’UQAM qui sont de la première génération à fréquenter l’université.
La chancelière a insisté sur l’audace de l’UQAM et sur son esprit d’innovation, mentionnant, entre autres, l’approche de santé globale adoptée par sa nouvelle Faculté des sciences de la santé. «Pour moi, l’UQAM, c’est aller là où d’autres n’ont pas osé aller», a-t-elle affirmé.
Le recteur lui a demandé de parler de son engagement envers la société et de son désir de changer le monde. Encore une fois, Pauline Marois a rendu hommage à ses racines, insistant sur les valeurs d’entraide et de solidarité qui lui ont été transmises par ses parents. C’est au collège, parmi des jeunes filles de familles plus aisées, qu’elle a pris pour la première fois conscience des distinctions de classe sociale, a-t-elle raconté. C’est aussi à partir de ce moment-là qu’elle a commencé à se battre pour l’égalité des chances. «Peu importe d’où l’on vient, on doit être capable d’aller au bout de ses moyens», a dit la chancelière, qui retire une grande fierté des politiques sociales, et notamment de la politique familiale, que le Québec a adoptées.
Sur la question de l’égalité des femmes, celle qui a aussi été ministre de la Condition féminine a souligné le chemin parcouru par les femmes au Québec. Elle a noté que de grands pas ont été accomplis, même s’il reste des zones d’ombre, notamment en matière de violence contre les femmes, et des progrès à accomplir, entre autres sur le plan de la rémunération. «À travail égal, les femmes n’ont pas encore le même salaire que les hommes, a-t-elle remarqué, et elles sont encore sous-représentées dans quelques domaines, en sciences pures et en sciences appliquées, notamment. Mais j’ai de l’espoir pour la suite des choses, surtout quand je vois le nombre de femmes à l’université.»
Stéphane Pallage a demandé à la chancelière de parler du sociologue Guy Rocher, dont les funérailles nationales seront célébrées à l’UQAM le 2 octobre prochain. Pauline Marois, qui a partagé toute son admiration pour le grand homme, a eu la chance de s’entretenir au téléphone avec lui quelques jours avant son décès. Elle a été émue que celui qui a joué un rôle aussi important pour la société québécoise lui ait dit que ce qui le rendait le plus fier, c’était ses 54 années d’enseignement à former la relève. «Il m’a aussi dit: “Je suis très content que vous soyez chancelière. Vous savez, l’UQAM, c’est un peu mon enfant.” Cela m’a touchée.»
Le recteur a rappelé que Guy Rocher avait affirmé que le Québec ne serait pas ce qu’il est sans l’UQAM. «Pensez-vous que le Québec serait le même sans Guy Rocher?», lui a-t-il demandé. «Guy Rocher a été une des têtes pensantes de tout notre réseau d’éducation depuis la petite enfance, des cégeps, de l’UQAM, donc non, le Québec ne serait pas le même s’il n’avait pas existé», a répondu Pauline Marois.
À la fin de leur entretien, le recteur a demandé à la chancelière quel était son souhait pour l’UQAM. «Je souhaite que vous continuiez à grandir avec l’ouverture que vous avez sur le monde, avec l’audace pour faire les choses autrement», a conclu Pauline Marois.