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«En classe!» de dessin

Les étudiantes et étudiants de design sont conviés à un jeu de «table musicale» sur l’œuvre d’Albert Dumouchel.

Série

En classe!

Par Marie-Claude Bourdon

4 novembre 2025 à 16 h 54

La chargée de cours de l’École de design Nicole Milette est connue pour avoir largement contribué à mettre en valeur l’œuvre du célèbre graveur québécois Albert Dumouchel. Avec la professeure du Département d’histoire de l’art Peggy Davis, elle a présenté, en 2023, une série d’expositions sur son travail. Depuis deux ans, elle organise, chaque automne, un atelier ludique qui vise à faire découvrir l’artiste d’une manière originale dans le cadre des cours de dessin du bac en design de l’environnement et du bac en design graphique.

Intitulé «La table musicale», cet exercice a pour objectif d’amener les étudiantes et étudiants, pour la plupart en première année, à développer leurs habiletés en dessin. Inspiré du jeu de la chaise musicale, il présente une trentaine d’œuvres d’Albert Dumouchel tirées de la collection d’estampes et de matrices de l’artiste conservée au Centre des livres rares et collections spéciales. Les œuvres sont disposées sur des tables réparties sur deux étages de la bibliothèque et les étudiantes et étudiants ont un temps prédéfini (7 minutes, 10 minutes, 15 minutes) pour réaliser un dessin inspiré de l’artéfact devant eux. À la fin de chaque temps, hop! un signal sonore les oblige à se déplacer vers une autre table.

«Contrairement au jeu de la chaise musicale, ne vous en faites pas, il y a toujours assez de tables pour tout le monde!», précise Nicole Milette dans son introduction. Personne n’est donc éliminé en cours de route. Le jeu vise plutôt à forcer les étudiantes et étudiants à exprimer rapidement une idée par le dessin au crayon.


Communiquer par une esquisse

«Au baccalauréat des deux disciplines, il est important de communiquer l’essence de ses idées par un dessin rapide, appelé “esquisse”, explique la chargée de cours. Il s’agit d’abstraire rapidement les axes principaux de l’artéfact devant ses yeux, puis de compléter les formes.»

En plus de Nicole Milette, les étudiantes et étudiants étaient accompagnés ce jour-là par l’artiste et chargée de cours Julie Ouellet (M.A. arts visuels et médiatiques, 2020), qui donne ce semestre le cours Dessin 1: observation et analyse. Hugues Ouellet, le bibliothécaire responsable du Centre des livres rares et collections spéciales, était également présent pour veiller sur sa précieuse collection et répondre aux questions. Tous trois prenaient visiblement autant de plaisir que la classe à participer à l’exercice.

Les autres groupes du cours Dessin 1 en design de l’environnement et du cours Design et dessin d’observation du bac en design graphique ont aussi eu la chance de participer à la «Table musicale» au cours des dernières semaines.

Pour Nicole Milette, cet atelier est une autre façon de partager son enthousiasme pour l’œuvre d’Albert Dumouchel.  Au groupe, elle rappelle que ce dernier, qui a vécu de 1916 à 1971, a enseigné à l’École des beaux-arts de Montréal, puis brièvement à l’UQAM, quand l’École a été intégrée à l’université naissante. Son œuvre, dit-elle, se présente «comme une bande dessinée sur l’histoire du Québec des années 1940 aux années 1970».  Elle puise aussi à différents styles : figuratif, abstrait, religieux, paysage et même surréaliste. Dumouchel, raconte Nicole Milette, a correspondu avec le poète français André Breton, figure de proue du surréalisme dans les années 1920 et 1930.

S’arrêtant devant une estampe représentant Napoléon plus petit qu’une lampe de table, la chargée de cours relève l’humour du graveur. Dans Les larmes du général, elle voit une allusion au général de Gaulle et à la souveraineté du Québec. À une autre table, elle s’attarde à montrer la délicatesse des formes dans les matrices en bois ou en cuivre qui accompagnent les œuvres papier.

Alors que les étudiantes et les étudiants sont concentrés sur leur dessin, la chargée de cours se déplace entre les tables, offrant ici un conseil, là un encouragement. Est-ce parce qu’ils font partie d’une génération qui a grandi avec les écrans? La plupart confient ne pas avoir une grande pratique du dessin.


Le plaisir de dessiner

«Ils arrivent parfois avec un passé où le dessin a été vécu comme une expérience difficile», souligne Julie Ouellet. Le cours, selon elle, vise d’abord à les faire renouer avec le plaisir de dessiner. «Il faut accepter de lâcher prise et de se donner la liberté de dessiner, dit l’artiste. Car le dessin appartient à tout le monde.»

Pour s’assurer que le groupe soit dans les meilleures dispositions possibles, Nicole Milette, qui a enseigné le tai chi pendant 15 ans, a d’ailleurs commencé la séance par quelques exercices de relaxation.

Selon Julie Ouellet, si le but du cours est de développer la capacité à exprimer ses idées par le dessin, «on peut aussi développer ses idées en dessinant». «Dessiner, affirme-t-elle, cela amène à développer son regard.»

C’est aussi ce que confie Kito, un des étudiants du cours, quand je lui demande s’il aime dessiner : «Je trouve que cela m’aide à développer mon acuité visuelle.»