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Des préjugés dans les programmes destinés aux personnes dans la pauvreté

La Chaire RISS dévoile une analyse comparative entre trois politiques publiques de soutien au revenu.

27 octobre 2026 à 15 h 30

Les personnes en situation de pauvreté, particulièrement celles qui reçoivent de l’aide financière de dernier recours, font l’objet de préjugés répandus et persistants qui peuvent avoir des conséquences sur leur santé, leur bien-être et leur participation sociale. C’est ce qui ressort d’une analyse comparative entre trois politiques de soutien au revenu : l’aide financière de dernier recours, l’aide financière au logement et l’aide financière aux études. Cette analyse a été réalisée par la Chaire de recherche sur la réduction des inégalités sociales de santé (Chaire RISS), dont la titulaire est la professeure du Département de psychologie Janie Houle.

À la suite de cette analyse, dont les résultats ont été dévoilés le 27 octobre, l’équipe de recherche conclut que la politique d’aide financière de dernier recours est, de loin, celle qui comporte le plus de restrictions, de contrôle et de surveillance.

«Dans la littérature scientifique, il avait déjà été évoqué que la conception des politiques publiques pouvait refléter des préjugés existants au sein de la population et contribuer à les renforcer. Les résultats de notre étude vont dans ce sens en ce qui concerne l’aide financière de dernier recours au Québec», affirme Janie Houle.

En considérant d’emblée les personnes qui présentent une demande d’aide financière de dernier recours comme des personnes en mesure d’aller travailler (en les qualifiant explicitement de «sans contraintes à l’emploi»), le programme d’Aide sociale sous-entend qu’elles refusent ou évitent de prendre les mesures nécessaires à leur indépendance économique, évoquant de fait des représentations associées à la paresse et à la dépendance.


Un contrôle intense sur les personnes prestataires

Le rapport de l’équipe de recherche note le contrôle intense qui s’exerce sur les personnes prestataires, qui pourrait s’expliquer par le préjugé de malhonnêteté qui leur est fréquemment accolé. Ainsi, on les oblige à demeurer sous un seuil d’avoirs liquides très bas, à déclarer tout revenu ou tout don en argent obtenu pendant le mois, à ne pas sortir de la province pendant plus de deux semaines, à se soumettre à des vérifications de leurs comptes bancaires sur demande et on les pénalise financièrement si elles cohabitent de manière maritale avec une autre personne.

On constate d’ailleurs, à la lecture du rapport, que les programmes d’Aide sociale et de Solidarité sociale pénalisent les personnes en couple beaucoup plus que les autres politiques. À l’Aide financière aux études, le conjoint peut gagner jusqu’à 63 000 $ par année sans affecter le montant des prêts et bourses reçu par la personne étudiante. Toutefois, à l’Aide sociale, le montant de la prestation reçue se voit réduit dès que les revenus du conjoint ou de la conjointe dépassent 300 $ par mois et, si ces revenus excèdent 18 996 $ par année, la personne prestataire ne reçoit plus aucune prestation.

Les personnes qui vivent en couple en étant toutes deux prestataires de l’aide financière de dernier recours ne reçoivent qu’un seul chèque pour les deux, et le montant total est réduit d’environ 25 % par rapport à ce qu’elles recevraient si elles vivaient seules. Cette règle, qui contribue à maintenir ces personnes en situation d’extrême pauvreté et qui nuit aux relations amoureuses, les place également en situation de dépendance financière à l’égard de leur partenaire et, conséquemment, crée des conditions qui les rendent plus vulnérables à la violence conjugale.

Cette recherche a été financée à la suite d’un appel de propositions visant à analyser des politiques publiques québécoises afin «d’y déceler la présence éventuelle de représentations révélatrices de préjugés envers les personnes en situation de pauvreté». L’appel avait été lancé en 2022 par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale en association avec le Fonds de recherche du Québec – secteur Société et Culture. La proposition de recherche de la Chaire RISS a été retenue et financée en 2023 au terme d’un processus d’évaluation par les pairs.

L’analyse a été menée par une équipe de chercheurs universitaires interdisciplinaires comptant notamment des experts en science politique et en communication, huit personnes ayant une expérience vécue de la pauvreté – qui ont agi à titre de pairs chercheurs dans le projet – et différents partenaires. Tout au long du projet, ces différentes expertises ont été mises en commun afin de réfléchir aux différentes étapes de sa réalisation et de prendre collectivement les principales décisions.