Découvrir et apprendre la grammaire du français représente un défi pour des étudiantes et étudiants dont ce n’est pas la langue première. Pour la plupart, la grammaire du français est jugée difficile en raison des nombreuses règles et exceptions à apprendre et à appliquer, auxquelles s’ajoute le métalangage. «Les enseignantes et enseignants de français sont aussi confrontés à un défi, celui de déconstruire cette représentation par une approche réflexive, qui permet de faire ressortir les régularités – et non les exceptions – du système et de donner le goût de la grammaire», souligne Djaouida Hamdani Kadri, professeure à l’École de langues et vice-doyenne aux études de la Faculté de communication.
Les étudiantes et les étudiants du cours de grammaire du français (FLS2510) de l’École de langues ont participé à une activité libre de fin de session baptisée «Raconte-nous ta grammaire». «Cette activité, qui se veut un jeu de langage, avait pour objectif de présenter les grandes comparaisons entre le système grammatical de sa langue première et celui du français», note Djaouida Hamdani Kadri. La classe comprenait des étudiantes et étudiants représentant une grande variété de langues premières, de familles différentes: anglais, arabe, créole, espagnol, farsi, grec, japonais, mandarin et russe.
Chaque groupe a souligné avec enthousiasme et amusement ce qui distingue la grammaire de sa langue de celle du français: le genre des noms, le nombre avec singulier, pluriel et, parfois, duel, le paradigme des déterminants et celui des pronoms personnels, l’ordre (ou l’absence d’ordre) des groupes syntaxiques dans la phrase, ou encore l’expression de la temporalité, très diversifiée d’une langue à l’autre.
«Raconte-nous ta grammaire» a suscité un intérêt ludique, mais aussi identitaire et culturel. Le jeu de langage a également mis en avant le rôle épistémique de la grammaire de la langue seconde, en amenant les étudiantes et étudiants à se distancier du système de leur langue.
Djaouida Hamdani Kadri cite le psychologue russe Lev Vygotski (1896-1934) qui, commentant la pensée de Goethe – «Qui ne connaît pas de langues étrangères ne sait rien de sa propre langue» – avance que l’assimilation d’une langue étrangère «donne un regard plus libre, plus abstrait et généralisé», comparable en cela à ce que « l’opération algébrique est à l’opération arithmétique».
«En se prêtant à cette activité, les étudiantes et les étudiants du cours ont participé à valoriser la diversité et la richesse des langues à partir de leur apprentissage du français», conclut la professeure.