La baisse des résultats scolaires des élèves québécois est un phénomène bien documenté. Le taux de réussite à l’épreuve ministérielle de français, par exemple, est passé de près de 90 % au tournant des années 2000 à environ 70 % un quart de siècle plus tard. Parmi les facteurs cités pour expliquer cette baisse, on mentionne, entre autres, l’hétérogénéité des groupes – de plus en plus d’élèves ayant des besoins particuliers se retrouvent dans des classes régulières, sans ressources adaptées à leur situation – et le manque de personnel enseignant légalement qualifié.
«Une grande proportion d’enseignantes et d’enseignants en début de carrière ont besoin d’accompagnement pour réussir leur insertion professionnelle, affirme la professeure du Département de didactique Martine De Grandpré, qui était conseillère pédagogique avant de devenir professeure. Malheureusement, par manque de ressources et de temps, les accompagnements pédagogiques sont souvent faits pour répondre à des besoins urgents, sans cadre théorique et sans vision globale.»
Pourtant, les outils pour aider le personnel enseignant en début de carrière existent. Des recherches menées dans différents pays ont démontré que certaines pratiques pédagogiques améliorent significativement la réussite scolaire des élèves, en particulier ceux provenant de milieux socioéconomiques défavorisés. C’est le cas du modèle dynamique contemporain en efficacité pédagogique, répandu en Europe et en Asie. «L’efficacité de ce modèle a été démontrée par des données probantes, souligne la professeure. Il favorise le développement holistique des élèves. Les progrès se mesurent à la fois sur les plans cognitif, affectif, métacognitif et psychomoteur.»
Des pratiques bien définies
Le modèle propose d’intégrer huit pratiques pédagogiques d’une façon systématique. Ces pratiques sont les suivantes: une intention d’apprentissage claire annoncée aux élèves en début de cours; un questionnement fréquent en cours de leçon, autant sur le processus que sur le produit; un modelage afin de démontrer explicitement comment utiliser une stratégie ou une procédure; des activités permettant l’application concrète des savoirs; une évaluation qui laisse une place importante à de la rétroaction régulière et constructive; une gestion du temps efficace; et un climat d’apprentissage positif, respectueux et collaboratif.
L’amélioration des pratiques pédagogiques se fait progressivement et au regard de cinq dimensions, soit la fréquence de la pratique, la cible visée, le moment et la durée, l’impact sur les élèves et la différenciation mise en place. Les personnes enseignantes maîtrisent d’abord des pratiques simples avant de passer à des stades de développement plus complexes. Le modèle prend en considération à la fois l’élève, la classe, l’école et le système éducatif.
Méconnu au Québec, le modèle dynamique contemporain en efficacité pédagogique doit d’abord être adapté à la réalité des écoles québécoises avant d’être implanté à grande échelle. Pour ce faire, Martine De Grandpré et ses collègues Agnès Deprit, également professeure au Département de didactique, et Jérôme St-Amand, professeure à l’UQO, ont développé un projet pilote avec le Centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais. Le projet a obtenu une subvention de 23 000 dollars du programme de recherche partenariale du CRSH.
Confrontation des perceptions
Depuis la rentrée de septembre, l’équipe de recherche travaille avec des enseignantes et enseignants en insertion professionnelle, qui enseignent depuis moins de cinq ans. Le groupe tend à représenter la diversité des profils enseignants: un parcours scolaire réalisé entièrement au Québec qui culmine par un bac en enseignement; un brevet obtenu par la maîtrise qualifiante; des personnes nouvellement arrivées au Québec qui ont obtenu leur brevet à l’étranger; et des personnes non légalement qualifiées.
En début d’année scolaire, les participantes et participants ont rempli un questionnaire de 63 énoncés qui mesurait la perception de leur pratique. Le même questionnaire a aussi été rempli par les élèves. «Nous avons ensuite comparé les perceptions entre elles, rapporte Martine De Grandpré. La perception du personnel enseignant était généralement plus positive que celle des élèves, mais les écarts n’étaient pas alarmants.»
Cette forme d’autoconfrontation ne visait pas à juger la pratique enseignante, mais plutôt à discuter des points forts et des éléments à améliorer. «Après avoir pris connaissance des éléments moins bien maîtrisés, les enseignantes et enseignants se fixaient deux ou trois objectifs prioritaires. Durant l’année scolaire, ils ont travaillé sur ces objectifs en collaboration avec les conseillers pédagogiques du Centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais.»
Le principal constat qui ressort de cette évaluation est que la différenciation pédagogique, soit le fait d’adapter ses pratiques aux différents élèves de la classe, est presque toujours l’aspect le moins bien maîtrisé par les personnes en début de carrière. «Ce n’est pas un résultat étonnant, confirme la professeure. Des études indiquent que ça peut prendre jusqu’à 10 ans avant qu’un enseignant devienne compétent dans la différenciation pédagogique.»
Un nouveau partenariat
L’équipe de recherche a récemment administré le même questionnaire au personnel enseignant et aux élèves du CSS des Portages-de-l’Outaouais afin de mesurer l’évolution des pratiques durant l’année scolaire. Une nouvelle cohorte suivra le même processus l’an prochain, avec des rencontres plus fréquentes.
Un partenariat similaire a aussi été développé avec le CSS Marie-Victorin, situé sur la Rive-Sud de Montréal. Jusqu’à maintenant, plus de 140 enseignantes et enseignants ont répondu au questionnaire d’autoperception. «Nous avons ajouté un deuxième questionnaire pour connaître leur appréciation des dispositifs d’accompagnement proposés dans leur CSS, que ce soit du mentorat, des groupes de codéveloppement ou des communautés d’apprentissage», ajoute la chercheuse.
À terme, la professeure souhaite que le modèle dynamique contemporain en efficacité pédagogique soit adapté au contexte québécois pour que de plus en plus de CSS y adhèrent. «Les bienfaits du modèle ont été démontrés à tous les niveaux du primaire et du secondaire», conclut Martine De Grandpré.