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Former l’infirmière du futur

La professeure invitée Natalie Stake-Doucet donnera une conférence sur le rôle, les compétences et le pouvoir des infirmières.

Par Claude Gauvreau

16 janvier 2026 à 11 h 37

Infirmière de formation, la professeure invitée au Département d’organisation et ressources humaines de l’ESG UQAM Natalie Stake-Doucet est également chargée du développement des sciences infirmières à la nouvelle Faculté des sciences de la santé. Elle présentera une conférence sur l’infirmière du futur le 22 janvier prochain au pavillon Paul-Gérin-Lajoie (local N-8510 et en ligne, de 12 h 45 à 13 h 45). S’inscrivant dans le cadre de la série de conférences en santé Midis-Inspiration, l’événement est organisé par l’Institut Santé et société et le bureau du Vice-rectorat associé au développement des sciences de la santé.

«Alors que nous vivons dans un monde instable marqué par plusieurs crises sociales, économiques et climatiques, souvent anxiogènes, ma conférence vise à nourrir la réflexion sur les soins et le travail infirmier comme points d’ancrage ainsi que sur le lien entre les conditions sociales et les grands enjeux en matière de santé, explique Natalie Stake-Doucet. Les infirmières voient au quotidien les impacts de ces crises sur la santé de la population parce qu’elles ont un rapport intime à la condition humaine.»

La conférence abordera le rôle, les compétences et le pouvoir de transformation sociale de l’infirmière du futur. Cette infirmière, dit la professeure, devrait pouvoir développer ses compétences en toute autonomie au sein de son champ de pratique et d’équipes interdisciplinaires. «Elle doit avoir une compréhension large des enjeux de santé, être un point de repère stable, incarnant une sorte de safe space qui incite les gens à se confier. Elle doit être consciente de son rôle social, qui s’exerce bien au-delà des murs des hôpitaux. Ce rôle consiste à s’engager non seulement dans des activités curatives, mais aussi de prévention et de promotion de la santé, renouant ainsi avec l’identité des premiers CLSC, lesquels se voulaient proches des besoins de la population.»

La professeure invitée Natalie Stake-Doucet. Photo: Émilie Tournevache

Les sondages le disent, les infirmières au Québec jouissent d’un capital de sympathie important, mais leur rôle demeure mal compris, voire méconnu. Informer la population sur la place essentielle de cette profession pourrait faire partie des tâches de l’infirmière du futur, note Natalie Stake-Doucet.

Comprendre et combattre la crise de rétention du personnel infirmier, dont 90% des membres sont des femmes, s’avère également une tâche urgente. «Le profil type de l’infirmière est celui d’une femme au début de la quarantaine avec de jeunes enfants à la maison, observe la professeure. Plusieurs quittent le réseau public de santé pour fuir une charge de travail trop lourde et préserver un équilibre entre la famille et le travail. On doit réfléchir à long terme et repenser les conditions de travail, notamment le travail supplémentaire obligatoire, un véritable cancer qui incite les infirmières à abandonner la profession ou à aller dans le privé.»

Natalie Stake-Doucet plaide pour que l’on reconnaisse et valorise davantage leurs compétences et expertises, notamment celles des infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne.  Selon elle, on peut imaginer des cliniques où des infirmières, des psychologues, des travailleuses et travailleurs sociaux, des pharmaciennes et pharmaciens, des physiothérapeutes et autres professionnels s’impliqueraient à parts égales dans l’organisation de la première ligne.


Développer les sciences infirmières à l’UQAM

Natalie Stake-Doucet était professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal depuis 2023 avant d’accepter, en juillet 2025, le poste de professeure invitée à l’UQAM. Outre l’enseignement, son mandat d’une durée de deux ans consiste à aider au développement de programmes de sciences infirmières dans l’un des deux premiers départements de la Faculté des sciences de la santé, qui sera dédié aux soins de première ligne.

«Dans le cadre d’un projet de recherche, j’ai eu la chance de rencontrer le vice-recteur associé au Développement des sciences de la santé, le Dr Fabrice Brunet. Au fil de nos échanges, il m’a invitée à l’UQAM pour contribuer, dans le cadre d’une équipe interdisciplinaire, au développement de programmes de sciences infirmières, raconte la professeure. Comme je m’intéresse à l’histoire de la pratique infirmière et du travail de soin et à leur professionnalisation, le projet m’a enthousiasmée.»

Aucun nouveau programme de baccalauréat intégré en soins infirmiers n’a été créé depuis les années 1980, rappelle Natalie Stake-Doucet. «Le rôle de l’infirmière a beaucoup évolué depuis le virage ambulatoire à la fin des années 1990. Fondés sur une vision humaine, globale, préventive et collaborative de la santé, les nouveaux programmes en sciences infirmières seront ancrés dans les réalités actuelles et pourront bénéficier des nombreuses expertises de l’UQAM en santé. Ils iront bien au-delà de l’approche strictement biomédicale, prenant en compte les déterminants sociaux de la santé – environnement, logement, alimentation, exercice physique – et l’importance des liens avec les communautés locales.»

Le centre-ville de Montréal, notamment le Quartier latin, abrite plusieurs organismes communautaires actifs en santé, comme Cactus Montréal et la clinique l’Agora, avec lesquels l’UQAM peut développer des liens. «En œuvrant en soins communautaires, les infirmières peuvent faciliter l’accès aux soins, exercer leur autonomie, faire preuve de créativité et développer des collaborations interprofessionnelles et interdisciplinaires, que ce soit avec des travailleuses et travailleurs sociaux, des psychologues ou des urbanistes», observe la professeure. Les futurs étudiantes et étudiants en sciences infirmières pourront évoluer aux côtés de leurs collègues en sciences de l’activités physique, en travail social ou en psychologie.

Natalie Stake-Doucet croit que la formation offerte à l’UQAM pourra contribuer à transformer les mentalités et à susciter l’enthousiasme pour le changement. «Il est important de transmettre aux étudiantes et étudiants des connaissances sur le fonctionnement du réseau public de santé et les enjeux auxquels il est confronté, mais aussi sur la place qu’elles et ils pourront occuper, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du réseau. Le milieu universitaire est le lieu idéal pour innover.»


 D’infirmière à chercheuse

À compter de la décennie 2010, Natalie Stake-Doucet a travaillé durant 15 ans comme infirmière, notamment en Gaspésie, au CSS de la Baie-des-Chaleurs, ainsi qu’à l’Institut psychiatrique Philippe-Pinel et à l’Hôpital général juif, à Montréal. De 2012 à 2016, elle a complété des études de baccalauréat et de maîtrise en sciences infirmières à l’Université McGill, et obtenu en 2022 un doctorat à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal. Sa thèse s’intitulait «Ethnographie institutionnelle du travail des infirmières soignantes en milieu hospitalier».

«J’ai eu la chance de me joindre à une chaire de recherche pour travailler sur les impacts de la politique sur la santé, souligne la professeure. J’ai alors pris conscience que la recherche pouvait fournir des réponses à des questions que l’on se pose sur la gouvernance de la santé et sur l’organisation des soins.»

Natalie Stake-Doucet dit avoir toujours été intéressée par les politiques relatives à la main-d’œuvre dans le réseau de la santé, un réseau lourd et complexe, par les relations interprofessionnelles et les structures tant formelles qu’informelles. «Comment, par exemple, l’hôpital façonne le travail des infirmières, mais aussi les relations de travail en général, dont le réseau dépend pour son bon fonctionnement.»

Dans le cadre d’un projet postdoctoral à l’Université d’Ottawa, la professeure s’est penchée sur l’histoire du processus politique ayant mené à la professionnalisation du travail de soin, notamment sur les efforts visant à convaincre les décideurs politiques d’adopter une loi créant un ordre professionnel.  «Ce fut le cas des différentes associations d’infirmières qui, au fil des décennies, ont dû accomplir un travail de lobbying pour faire reconnaître leur profession.»

De 2017 à 2023, Natalie Stake-Doucet a présidé l’Association québécoise des infirmières et infirmiers (AQII), un organisme créé en 2014 pour pallier la sous-représentation chronique des infirmières dans les médias et les débats sur les politiques et les enjeux qui affectent directement leur travail. Aujourd’hui, elle est membre du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté (CREMIS). Intégré au CIUSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, le CREMIS porte un regard critique sur les inégalités sociales reconnues comme étant parmi les principaux déterminants de la santé et du bien-être.