Le vieillissement de la population constitue un enjeu économique et social au Canada, notamment en matière de rétention des travailleuses et travailleurs. C’est notamment le cas en Nouvelle-Écosse, où le taux d’emploi des 55-64 ans est de 47 %. «La situation est particulièrement difficile dans les régions acadiennes, généralement rurales, où près de la moitié des employeurs éprouve des difficultés à recruter de la main-d’œuvre qualifiée et où les travailleuses et travailleurs partent à la retraite, en moyenne, à 55 ans», souligne la professeure du Département d’organisation et ressources humaines de l’ESG UQAM Sondes Turki. En comparaison, le taux d’emploi du même segment de la population est de 62,5 % au Québec, le plus élevé au pays.
Dans le cadre d’une subvention d’engagement partenarial du CRSH, la spécialiste en gestion des ressources humaines mène un projet de recherche visant à déterminer les meilleures façons de favoriser l’emploi des personnes de 55 ans et plus. La professeure Khadija Gaha, de l’Université Sainte-Anne, est cochercheuse pour cette étude, réalisée en collaboration avec le Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse (CDÉNÉ), qui agit comme partenaire.
Un vieillissement accéléré
Comment retenir les personnes en emploi? Comment favoriser le retour au travail de celles qui ont quitté le marché du travail? Telles sont les questions auxquelles tenteront de répondre les deux chercheuses. «Tous les pays nord-occidentaux sont confrontés à cette problématique, observe Sondes Turki. Selon un rapport des Nations Unies publié en 2024, la population âgée de 60 ans et plus passera de 12 % en 2015 à 22 % en 2050. Or, en Nouvelle-Écosse, on atteignait déjà 21,3 % en 2021, l’un des taux les plus élevés au Canada.»
Questionnaire en ligne et groupes de discussion
«Nous comptons interroger les travailleuses et les travailleurs âgés de 55 ans et plus sur ce qu’ils souhaiteraient comme milieu de travail afin de favoriser leur maintien en emploi, indique Sondes Turki. Nous leur demanderons ce que leur employeur devrait améliorer ou adapter à leur réalité pour qu’ils décident de ne pas quitter leur organisation.»
Dans la région acadienne de la Nouvelle-Écosse où se déroulera la collecte de données, on ne trouve pas de grandes entreprises, mais plutôt des PME et des organismes à but non lucratif (OBNL). Les chercheuses visent un échantillon de 400 répondantes et répondants à leur questionnaire en ligne.
«À partir de la littérature scientifique sur le sujet, nous allons retenir des exemples de solution pour favoriser la rétention des personnes employées et les soumettre à nos participantes et participants, précise Sondes Turki. On pense, par exemple, à une meilleure organisation du travail, à des accommodements, à la création de rôles de mentorat pour les personnes de 55 ans et plus, et à une flexibilité dans les horaires ou le lieu de travail.»
La rétention des personnes en emploi suscite un intérêt soutenu au Québec depuis le début des années 2000, poursuit la chercheuse, qui compte s’inspirer des initiatives québécoises en la matière, tant du côté des politiques publiques que du matériel didactique et informatif qui a été produit au fil des ans.
Les deux chercheuses prendront également soin d’insérer une ou deux questions ouvertes afin que les participantes et participants puissent proposer d’autres solutions pouvant répondre à un besoin local ou contextuel.
«La deuxième phase consistera à réunir des employeurs afin de discuter des résultats de notre questionnaire et de les interroger sur la pertinence et le réalisme des solutions identifiées par les personnes employées», explique Sondes Turki.
Mobilisation des connaissances
À la fin de l’exercice, les deux professeures présenteront leurs résultats à leur partenaire, le CDÉNÉ, et aux entreprises participantes. Elles souhaitent aussi produire des fiches pratiques qui détailleront les mesures à adopter pour faciliter la rétention et l’attraction en emploi des personnes de 55 ans et plus.
Un rapport de recherche sera également rendu public pour les praticiennes, les praticiens, et la communauté de recherche, en plus d’un article scientifique à paraître dans une revue spécialisée.
Une collaboration née dans le ciel!
Les collaborations de recherche peuvent naître dans les endroits les plus inusités. Pour Sondes Turki, il s’est agi d’un vol de retour vers Montréal, durant lequel elle a rencontré sa collègue de l’Université Sainte-Anne. «Elle m’a contactée quelques mois plus tard pour me demander si je souhaitais me joindre à elle pour ce projet de recherche.»
Khadija Gaha est la chercheuse principale d’un autre projet en collaboration avec le CDÉNÉ, portant sur l’offre de services en français en Nouvelle-Écosse. Sondes Turki agit à titre de cochercheuse sur ce projet.
Le CDÉNÉ, précise la professeure de l’UQAM, offre des services de soutien aux entreprises et aux OBNL, aux chercheurs d’emplois et aux immigrants économiques. «L’objectif de la recherche menée par ma collègue est d’analyser l’offre de services du CDÉNÉ auprès des entreprises et des employeurs de la région acadienne de la Nouvelle-Écosse, notamment en ce qui concerne l’accompagnement en ressources humaines. En bout de piste, nous pourrons le conseiller sur les aspects à améliorer, à ajouter ou à abandonner dans leur offre de services.»