Guy Rocher, l’un des grands bâtisseurs du Québec moderne, est décédé le 3 septembre dernier à l’âge de 101 ans. Intellectuel engagé, acteur de la Révolution tranquille et membre de la commission Parent, ce sociologue a joué un rôle majeur dans les transformations du système d’éducation québécois, avec la création des polyvalentes, des cégeps, du réseau de l’Université du Québec (UQ) et de l’UQAM.
«J’ai eu l’immense privilège de rencontrer Guy Rocher l’an dernier, lors d’un événement organisé pour son 100e anniversaire par l’Université du Québec et la Fédération des cégeps. Ce moment est inoubliable, déclare le recteur Stéphane Pallage. L’UQAM doit beaucoup à Guy Rocher. Visionnaire et engagé, il a façonné le Québec moderne en donnant l’élan à de grandes réformes, en particulier en enseignement supérieur. C’est lui qui présidait en 1965 le Comité d’étude sur les modalités de création d’une nouvelle université publique de langue française à Montréal, qui deviendra l’UQAM. Des années plus tard, pour souligner le 50e anniversaire de notre université, le grand sociologue déclarait que “si l’UQAM n’avait pas existé, le Québec ne serait pas ce qu’il est devenu”. C’est vrai aussi de Guy Rocher.»
C’est dans une capsule vidéo réalisée à l’occasion du 50e de l’Université que Guy Rocher avait fait cette déclaration. Il expliquait alors à quel point l’UQAM avait contribué à la démocratisation de l’éducation, répondant aux exigences de développement d’une société moderne. Il notait aussi que l’UQAM avait apporté une nouvelle manière d’être universitaire, plus urbaine et près des mouvements sociaux.
«Grand défenseur de la laïcité, de la démocratisation de l’éducation et de l’égalité des chances, il a toujours été fidèle à ses convictions, a souligné le président de l’UQ, Alexandre Cloutier. Son engagement envers l’accessibilité à l’enseignement supérieur en français a permis à des générations de Québécoises et de Québécois de poursuivre des études, alors que leurs parents n’avaient pas eu cette possibilité. Uniquement à l’Université du Québec, ce sont plus de 600 000 personnes qui ont été en mesure d’obtenir un diplôme universitaire.»
Formé à l’Université Laval et à Harvard, Guy Rocher a eu une longue carrière comme professeur à l’Université de Montréal. Serviteur de l’État dans le premier gouvernement du Parti Québécois, il a notamment contribué à l’élaboration de la Charte de la langue française à titre de sous-ministre au Développement culturel. Détenteur de trois doctorats honorifiques, dont un de l’UQAM reçu en 2002, membre de l’Ordre national du Québec et de l’Ordre national du Canada, il a également obtenu de nombreux autres prix et distinctions. Un prix soulignant la contribution importante d’une personne, d’un organisme ou d’un groupe en faveur de la laïcité a été créé à son nom par le gouvernement du Québec en 2019.
Message de Pauline Marois, chancelière de l’UQAM
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès de Guy Rocher. Son départ nous touche toutes et tous: il laisse derrière lui une œuvre immense et une présence qui a façonné le Québec moderne. Il a été de ces esprits rares dont la rigueur intellectuelle et le courage d’engagement ont changé durablement notre société. Il a ouvert la voie à l’école publique telle que nous la connaissons, en affirmant l’éducation comme un bien commun, gratuit et accessible à toutes et à tous.
Au-delà du sociologue, je me souviens de l’homme, toujours attentif, profondément humain, habité par une exigence de justice et par un espoir inébranlable en la jeunesse et en l’avenir de notre peuple. Lorsque j’ai reçu, en 2022, le prix qui porte son nom, j’ai ressenti un grand honneur, mais aussi une responsabilité: celle de poursuivre ce rêve qu’il a incarné, celui d’un Québec plus libre, plus égalitaire, plus solidaire.
Je veux, en mon nom personnel, au nom de l’Université du Québec à Montréal et au nom de toutes celles et tous ceux qui reconnaissent la dette que nous avons envers son œuvre, offrir à sa famille et à ses proches mes plus sincères condoléances. Qu’ils trouvent apaisement et fierté dans le legs incomparable qu’il nous laisse et dans la reconnaissance de tout un peuple.
Avec respect et sympathie,
Pauline Marois
Première ministre du Québec (2012-2014)
Chancelière de l’Université du Québec à Montréal
Récipiendaire du prix Guy-Rocher (2022)
En plus de l’événement organisé en 2024 par l’UQ et la Fédération des cégeps à l’occasion du centenaire du sociologue, l’UQAM a rendu hommage à Guy Rocher en 2021, lors du lancement du second volume de sa biographie rédigée par Pierre Duchesne, ancien journaliste à Radio-Canada, ancien ministre et chargé de cours à la Faculté de science politique et de droit. Le sociologue lui avait accordé un entretien devant public, au cours duquel il était notamment revenu sur les débats qui avaient entouré la création de l’UQAM.
En conclusion de cette soirée hommage, Guy Rocher avait tenu à souligner l’importance de défendre la liberté académique ainsi que le rôle de l’intellectuel dans la société: ««En tant que professeur, j’ai toujours bénéficié d’une grande liberté. J’ai eu la liberté d’enseigner ce que je voulais et d’agir dans la cité.»