Comme la plupart des experts, Louis Rousseau, professeur associé au Département de sciences des religions, ne s’attendait pas, le 13 mars dernier, à l’élection de l’Argentin Jorge Mario Bergoglio à la tête de l’Église catholique. «Une majorité de cardinaux a vraisemblablement décidé de choisir un administrateur reconnu pour sa poigne, capable de faire le ménage dans un Vatican éclaboussé, depuis quelques années, par des scandales à répétition, financiers notamment. L’autorité morale du nouveau pape semble, en tout cas, beaucoup plus grande que ne l’était celle de Benoît XVI», observe le professeur.
Louis Rousseau décrit le pape François comme «un homme d’église classique», possédant une solide formation théologique et philosophique et s’inscrivant dans la tradition. «C’est aussi un homme de terrain, dit-il, qui a été évêque pendant 20 ans dans deux diocèses différents en Argentine.»
Fidèle à la doctrine
Bien qu’il n’ait pas appuyé la théologie de la libération en Amérique latine, dans les années 70 et 80, l’ancien archevêque de Buenos Aires projette l’image d’un homme simple, proche des pauvres. «Fidèle à la doctrine sociale de l’Église, il a critiqué certains gestes autoritaires du régime politique argentin et dénoncé les inégalités générées par le néolibéralisme, dans son pays et ailleurs», note le chercheur.
Plusieurs observateurs ont souligné, toutefois, que le nouveau pape a toujours soutenu les positions morales conservatrices de l’Église, particulièrement en ce qui concerne l’avortement, le contrôle de la natalité, l’homosexualité et l’ordination des femmes prêtres. «Il semble qu’il ait appuyé les lois qui, en Argentine, interdisaient le divorce et l’avortement, remarque Louis Rousseau. L’Église devra bien, un jour, avoir l’humilité de reconnaître qu’elle peut se tromper.»
Selon le professeur, l’Église vit actuellement une période de crise et de nombreux catholiques et cardinaux souhaitent des changements. «Les affaires de pédophilie et les dérives financières, entre autres, ont nui à sa crédibilité dans l’opinion publique. Le pape devra d’abord repenser la gouvernance générale de l’Église. Ira-t-il jusqu’à soutenir le mouvement à la base favorable à une plus grande collégialité et à une décentralisation du processus de prise de décision? Le Vatican, rappelons-le, a confisqué les pouvoirs que le Concile avait accordés aux évêques, il y a 50 ans. On verra alors si le pape François a vraiment un profil de réformateur.»