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Le plus gros cratère du monde?

Le plus imposant cratère causé par la chute d’une météorite se trouverait dans le nord du Québec, croit le géologue Normand Goulet.

Par Claude Gauvreau

1 juin 2015 à 12 h 06

Mis à jour le 1 juin 2015 à 12 h 06

Roches fusionnées recouvrant des sédiments datant de plus de 2,3 milliards d’années dans les monts Otish.
Photo: Normand Goulet

Les astéroïdes sont intimement liés à l’histoire de la Terre depuis des centaines de millions d’années. Plusieurs cratères d’impact en témoignent. Pouvant conduire à de nouvelles théories sur l’évolution de notre planète, ces corps célestes auraient eu des effets notables sur les processus biologiques et sur le climat.

Normand Goulet, professeur au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère, et ses collègues géologues Serge Genest et Francine Robert, du groupe Omegalpha pensent avoir découvert, dans le nord du Québec, les traces d’un cratère de 300 à 500 km de diamètre – le plus grand jamais observé –, formé par l’impact d’une énorme météorite il y a environ 2,1 milliards d’années. Le cratère s’étendrait des Mont Otish, situés à 250 km au nord de Chibougamau, jusque, possiblement, dans Charlevoix.

Les trois géologues mènent des recherches dans cette région depuis plusieurs années. Une région reconnue pour receler d’importants gisements d’uranium et de diamants encore inexploités. Après avoir présenté les premiers résultats de leurs travaux à Londres, en 2011, puis en Australie, en 2012, les chercheurs ont exposé leurs «éléments de preuve» lors d’un congrès tenu à Montréal, au début mai, qui réunissait les membres de quatre des principales associations de géologues d’Amérique du Nord. Certains participants  ont reçu leurs résultats avec scepticisme. «Un géologue a remis en question notre datation de l’événement, avançant le chiffre de 2,4 milliards d’années, note Normand Goulet. D’autres ont dit qu’une partie de nos observations pouvait s’expliquer par l’existence d’une faille connue qui traverse tout le Québec, y compris le secteur que nous avons exploré.»

Le professeur et ses collègues reconnaissent qu’il reste beaucoup de travail à faire pour convaincre leurs pairs, mais ils croient détenir des éléments suffisamment solides pour avancer leur hypothèse.

Des indices révélateurs

Parmi les indices trouvés le long du présumé cratère, il y a d’abord la morphologie de la région. «De Chibougamau aux monts Otish, il y a un quart de cercle», dit le chercheur. Le lac Mistassini, situé dans la région des monts Otish, a d’ailleurs la forme d’un arc de cercle et pourrait constituer une partie de la frange du cratère. Le reste aurait été détruit par la formation de montagnes survenue après la chute de la météorite.

Les chercheurs ont trouvé, par ailleurs, des cônes de choc ou de percussion. «Il s’agit de structures rocheuses striées en forme de cônes qui renferment des minéraux spéciaux, souligne Normand Goulet. Elles ont des caractéristiques qui peuvent être spécifiquement liées aux impacts météoritiques. On en a découvert à Chibougamau et au lac Mistassini,  mais nous devons en trouver davantage.»

Les géologues poursuivront leurs travaux d’exploration sur le terrain au cours de l’été et préparent un article pour une publication scientifique. «Nous voulons étendre nos recherches, dit le professeur, notamment en ce qui concerne les déformations planaires sur différents minéraux, comme les quartz. Ces déformations, révélées par l’examen de certains échantillons prélevés dans la région, ne se forment que sous la pression d’un choc très violent et subit, comme celui d’une météorite.»

Objet de controverses

Les annonces de découverte de cratères d’impact majeur font souvent l’objet de longs débats au sein de la communauté scientifique. «L’hypothèse qu’une météorite venue du fond des âges et de l’espace ait sculpté les régions de Sudbury et de Charlevoix a été discutée pendant de nombreuses années avant d’être acceptée. Et il y a encore des experts qui doutent», observe Normand Goulet. Il existe aussi une course parmi les scientifiques pour déterminer quels chercheurs seront les premiers à découvrir le plus grand impact météoritique. «En mars dernier, en Australie, à la suite de forages de 2 km de profondeur, des géologues ont prétendu avoir trouvé le plus gros cratère au monde», rappelle le professeur. Une découverte qui risque de soulever un nouveau débat, avouaient les géologues australiens dans une entrevue publiée sur le site de la revue Nature.

Peu de chercheurs se consacrent entièrement à l’étude des impacts météoritiques sur la Terre et peu de cours sont donnés dans les universités sur ce sujet, déplore Normand Goulet. «Les recherches dans ce domaine sont ardues et complexes. Il reste très peu de cratères complets. Les plus anciens sont déformés, érodés et couverts de végétation. Personne, par exemple, n’a encore réussi à démontrer que la formation de la Baie d’Hudson au Québec est le fruit d’un impact météoritique.»

La géologie fait appel à plusieurs sciences, comme la physique, la chimie et les mathématiques. «On ne peut pas être un spécialiste dans tous ces domaines, dit le professeur. C’est pourquoi les chercheurs en sciences de la Terre travaillent souvent au sein d’équipes multidisciplinaires.»

En plus de ses activités de recherche, Normand Goulet fait partie du conseil d’administration de l’Observatoire de la géosphère de Charlevoix. «Nous avons pour projet de construire un pavillon, qui portera le nom de l’astrophysicien Hubert Reeves, afin d’initier les jeunes à l’étude des impacts météoritiques. Nous envisageons aussi de créer un musée de la Terre à la Malbaie qui proposerait des expositions sur ce type d’impacts.»