Depuis quelques années, la violence liée au terrorisme et au radicalisme s’étend sur un arc de crises qui s’étire du Moyen-Orient à l’Afrique de l’Ouest. Pour analyser les causes et les conséquences de ces phénomènes, une vingtaine d’experts canadiens et étrangers se réuniront, le 13 novembre prochain, dans le cadre du colloque Terrorisme international et radicalisme au Moyen-Orient et en Afrique. Organisé par la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, l’événement se déroulera au pavillon Sherbrooke (SH-2800). Il sera précédé d’une table ronde sur le rôle du Canada dans la lutte contre le terrorisme, qui se tiendra le 12 novembre à l’hôtel Hyatt Regency. «Dans un contexte où la crainte du terrorisme et le sentiment d’insécurité sont en hausse, le colloque et la table ronde tombent à point, souligne Hanieh Ziaei, doctorante en sociologie et coordonnatrice de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand. En jetant un éclairage sur des réalités complexes, les experts tenteront de contrecarrer certains mythes et préjugés.»
Le colloque se penchera sur des questions générales – les origines de l’extrémisme violent et ses impacts sur la sécurité des États, la dimension religieuse de la radicalisation – et sur d’autres plus pointues – le phénomène des «loups solitaires» et le cyberterrorisme. Il abordera aussi des problématiques régionales au Moyen-Orient (lutte contre le Groupe État islamique en Syrie et en Irak, violences au Yémen) et en Afrique (gestion des conflits en Afrique de l’ouest, radicalisme au Mali et lutte contre le terrorisme dans l’espace sahélo-saharien). Enfin, il traitera de la légitimité et de l’efficacité de la réponse militaire de l’Occident et des politiques sécuritaires des démocraties libérales.
Des dynamiques complexes
Après Al Quaïda, mouvement terroriste déterritorialisé, un nouvel acteur a émergé sur la scène internationale: le Groupe État islamique. Selon certains observateurs, l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 constitue l’acte de naissance de cette nouvelle organisation qui, tout en conservant une dimension internationaliste, cherche à re-territorialiser le djihad en tentant d’établir un califat islamique en Syrie et en Irak.
Selon Hanieh Ziaei, trois dynamiques jumelées ont favorisé l’émergence du Groupe État islamique. «Il y a d’abord l’affaiblissement et la perte de légitimité du pouvoir étatique, notamment en Irak, en Syrie et en Libye, qui ont été facilités tantôt par des facteurs externes, tantôt par des dynamiques locales. On doit aussi noter le développement de conflits inter-confessionnels et interethniques ainsi que l’extension de violences tribales, qui affaiblissent l’identité nationale de plusieurs pays. Les organisations terroristes essaient justement de profiter de l’instabilité politique et d’exploiter la question identitaire afin d’étendre leur influence.»
L’un des conflits majeurs, source de tensions et de violences au Moyen-Orient, est celui qui oppose les deux branches, majoritaire et minoritaire de l’islam, soit l’axe sunnite – des Frères musulmans, en Égypte, aux Saoudiens, en passant par la Turquie – et l’axe chiite autour de l’Iran et de ses alliés (le Hezbollah au Liban et le régime syrien de Bachar al-Assad). «On ne peut rien comprendre au Moyen-Orient si on ne tient pas compte des réalités du terrain, extrêmement variables d’un pays à l’autre, souligne la doctorante. Les sunnites sont majoritaires dans la plupart des pays arabo-musulmans, tandis que les chiites sont majoritaires en Iran, qui n’est pas un pays arabe, tout en ayant une présence importante au Liban et au Yémen. Le dictateur irakien Saddam Hussein tenait d’une main de fer un pays dirigé depuis sa création par une élite arabe et sunnite, alors que ses habitants sont en majorité chiites.»
Intervenir militairement ?
Les pays occidentaux ont-ils raison d’intervenir militairement dans la région, comme c’est le cas en Syrie, pour frapper les positions occupées par les djihadistes ? Ne devraient-ils pas plutôt appuyer les forces locales opposées aux groupes terroristes ? «Une intervention militaire étrangère rend toujours plus difficile la légitimation du pouvoir qui se mettra en place par la suite, observe Hanieh Ziaei. Il faut penser à une alternative avant de faire tomber un dictateur ou un régime autoritaire. Ce n’est pas parce que Sadam Hussein et Khadafi ont été chassés du pouvoir en Irak et en Libye que ces pays ont trouvé le chemin de la démocratie et que les populations ont vu leurs conditions de vie s’améliorer.»
Celle qui est aussi chargée de cours au Département de sociologie présidera un panel consacré à la situation au Moyen-Orient, ainsi qu’une conférence-midi (local A-2860), le 12 novembre, intitulée «Violence, implosion d’États et réfugiés: quelle stratégie contre Daech ?»
À l’occasion du colloque, on procédera au lancement du Réseau international d’étude sur la radicalisation et le risque religieux (RIER), un projet piloté par François Mabille, professeur de science politique à la Fédération universitaire et polytechnique de Lille, en France. La Chaire Raoul-Dandurand sera l’antenne canadienne de ce nouveau réseau qui, note Hanieh Ziaei, aura pour objectifs de favoriser les collaborations entre différentes universités et centres de recherche ainsi que les liens avec des responsables politiques.