Voir plus
Voir moins

Cohabitation estivale

La brigade saisonnière qui patrouille l’extérieur du campus pendant l’été dresse son bilan.

30 novembre 2015 à 16 h 11

Mis à jour le 2 décembre 2015 à 8 h 12

Jonathan Aubin et Steeve Roch font partie de la brigade saisonnière.Photo: Nathalie St-Pierre

Depuis 18 ans, la brigade saisonnière du Service de la prévention et de la sécurité se met en branle avec la belle saison et arpente les sites extérieurs de l’UQAM. Son objectif: augmenter le sentiment de sécurité de la communauté universitaire par une présence rassurante autour des pavillons du campus central et veiller à l’application de la réglementation.  Au cours du dernier été, la brigade a commencé ses opérations le 12 mai et les a poursuivies jusqu’au 19 octobre, sept jours sur sept, du matin au soir. La saison s’est soldée par un total de 6786 interventions, allant des avertissements aux personnes qui fument à moins de 9 mètres des accès aux pavillons, jusqu’aux expulsions de vendeurs de drogues.

Le quartier latin, où se situe le campus central de l’UQAM, n’est pas peuplé uniquement par des étudiants. On y retrouve des personnes marginalisées et en situation d’itinérances qui dorment près des accès de pavillons, des travailleuses du sexe, des consommateurs de drogue qui laissent parfois des seringues à la traîne et leurs vendeurs. D’où, pour le Service de la prévention et de la sécurité, l’obligation d’assurer une présence continue sur le territoire du campus.

«Notre but n’est pas d’intervenir de manière répressive, affirme Noutépé Tagodoé, conseiller en sécurité publique et coordonnateur de la brigade. Au contraire, nos agents sont formés pour recourir à l’expulsion en dernier recours. Avant d’en arriver là, tout un continuum d’interventions est prévu, pour assurer un maximum de protection, de sécurité et de bien-être, aussi bien pour les personnes contrevenantes que pour les agents de sécurité.»

Espaces de dialogue

Les agents de sécurité sont embauchés par la firme Garda, un sous-traitant de l’UQAM, mais sont formés et encadrés par le Service de la prévention et de la sécurité. Ceux qui participent à la brigade saisonnière sont volontaires et bénéficient d’une formation additionnelle. De nombreux organismes de quartier – dont Cactus et Spectre de rue, qui interviennent auprès des utilisateurs de drogues injectables (UDI), la Maison du Père et  Présence compassion –, ainsi que le poste de quartier 21 du Service de la police de la Ville de Montréal collaborent à leur formation. Les agents ne se substituent pas aux policiers et ne sont munis d’aucun équipement spécial. «Cela est lié à la philosophie d’intervention de la brigade, qui vise à créer des espaces de dialogue avec les usagers», explique le directeur du Service, Alain Gingras.

«Même si ce n’est pas tout à fait dans notre mandat, nous sommes quasiment dans la relation d’aide», ajoute Noutépé Tagodoé. La technicienne de la sécurité publique Julie Allard, qui encadre le travail des agents de sécurité participant à la brigade saisonnière, raconte qu’il n’est pas rare que des personnes expulsées soient escortées jusqu’à des ressources partenaires du quartier. «On va dire à une personne qu’on doit l’expulser du périmètre du campus, mais qu’on peut l’accompagner à la Maison du père ou chez Cactus. Cela ne sert à rien d’amener une personne jusqu’au trottoir si on sait qu’elle sera revenue au bout de cinq minutes!»

L’été dernier, en raison de l’animation organisée à la place Émilie-Gamelin – une place publique traditionnellement occupée par des vendeurs de drogue –, une partie de l’activité qui s’y tient habituellement, à deux pas du campus, s’est déplacée sur le territoire de l’UQAM. Cela a fait augmenter le nombre d’interventions pour vente de drogue. «Il y a quand même eu moins d’expulsions et plus d’avis verbaux cette année, précise le conseiller en sécurité publique Noutépé Tagodoé. Cela vient du fait que les agents de sécurité étaient pour la plupart plus expérimentés et qu’en début d’année, nous leur avions donné la consigne de faire le tour des vendeurs et de leur expliquer notre règlement, à savoir que la vente de drogue n’est pas tolérée sur le campus.»

Des relations humaines

Comme les agents de sécurité de la brigade saisonnière reviennent souvent d’une année à l’autre, ils finissent par bien connaître les usagers auxquels ils ont affaire et une relation de respect mutuel s’établit, facilitant grandement les interventions. Depuis quatre ans, précise Julie Allard, aucun incident violent n’a entaché les interventions  de la brigade. «Il n’est pas rare qu’on croise dans la rue une personne qu’on a interpellée à plusieurs reprises et qu’elle nous envoie la main!» raconte la jeune femme. 

Parmi les anecdotes de la dernière saison, Noutépé Tagodoé relate qu’un agent a retrouvé le sac à main volé d’une itinérante et le lui a rapporté. L’attitude de cette dernière, qui n’avait jamais manifesté la moindre chaleur à l’endroit des agents de la brigade, a entièrement changé. Dans un autre cas, c’est un consommateur de drogue régulièrement expulsé du campus qui a trouvé la carte d’identité d’un agent et la lui a rapportée. La collaboration est aussi étroite avec les organismes du quartier. «Ils nous appellent parfois quand ils cherchent un usager et nous demandent si nous l’avons vu», raconte Julie Allard. Quatre personnes en situation d’itinérance sont sorties de la rue, cette année, à la suite d’interventions des agents de la brigade saisonnière qui les ont mises en contact avec des ressources partenaires du quartier.

Motifs d’intervention

Parmi les principales causes d’intervention recensées au cours de l’été dernier, la consommation de drogue compte pour 28% du total et la consommation d’alcool pour 16%. Suit la consommation de cigarette à moins de 9 mètres des accès à l’université avec 13% des interventions, les personnes qui dorment sur la voie publique (10%), la vente de drogue (6%), le flânage (6%) et les seringues à la traîne (5%). Les principaux lieux d’intervention sont les alentours du pavillon Judith-Jasmin, ceux du pavillon Hubert-Aquin et la place Pasteur. Si les interventions pour vente de drogue ont augmenté à cause du déplacement des activités de la place Émilie-Gamelin, il y a eu moins d’interventions pour consommation de drogue et pour seringues à la traîne.

«Cela est peut-être lié au type de consommation», dit Alain Gingras, expliquant que l’usage des drogues injectables, dans le quartier, semble avoir diminué au profit de la consommation de crack. Or, le crack est plus vite consommé et son usager passera plus facilement inaperçu. Cela expliquerait aussi la diminution du nombre de seringues à la traîne.

Si plusieurs habitués du quartier parmi les plus récalcitrants se sont déplacés, on a observé, au cours de la dernière année, une augmentation de la prostitution. Par ailleurs, une nouvelle problématique émerge sur le campus, soit celle du nombre important de personnes interpellées au Complexe des sciences,  et ce, pour des motifs reliés à l’intoxication à l’alcool. Le Service de la prévention et de la sécurité compte ajouter un volet à la formation des agents de la brigade saisonnière pour mieux répondre aux situations impliquant cette clientèle particulière.

Projets sur la table

Parmi les projets sur la table, le Service de la prévention et de la sécurité souhaite implanter le programme de brigade saisonnière dans l’ouest du campus et travailler en collaboration avec le Partenariat du Quartier des spectacles. On veut aussi développer un partenariat avec la brigade de l’espace public du Service de police de la Ville de Montréal et avec un organisme qui intervient auprès des autochtones, Makivik. Finalement, on songe à une façon de mieux identifier les membres de la brigade saisonnière.

Le contrat de gardiennage  sur le campus, assumé actuellement par la firme Garda, arrive à échéance après huit ans. En raison de sa localisation, l’UQAM requiert un programme de prévention, de sécurité et de gardiennage particulier, établi en fonction des réalités d’une université urbaine. L’Université conçoit ce plan avec ses professionnels internes, mais elle a besoin de ressources pour le mettre en œuvre. C’est l’objectif de ce contrat pour lequel un appel d’offres sera bientôt lancé.

Advenant que l’appel d’offres mène à une entente avec une agence différente, faudra-t-il former un contingent entier de nouveaux agents? Pas forcément. «Par le passé, nous avons observé que la majorité des agents passent à la nouvelle compagnie pour pouvoir continuer à travailler au même endroit quand ce genre de contrat change de main», assure Alain Gingras. La formation – chaque agent est formé pendant quelque 80 heures à l’UQAM – compte d’ailleurs pour une part importante du contrat qui sera en appel d’offres, précise le directeur du Service de la prévention et de la sécurité.

L’UQAM, qui propose à ses agents de travailler à la fois à la protection des personnes et des biens, constitue un environnement de travail attrayant pour les agents de sécurité. Quant à la brigade saisonnière, elle ne manque jamais de recrues. Quelque 80% de ses membres reviennent d’année en année travailler avec les gens du quartier et profiter de l’air extérieur!