Voir plus
Voir moins

Détecter les commotions cérébrales

Christian Duval a mis au point une nouvelle approche simple, rapide et efficace.

Par Claude Gauvreau

14 décembre 2015 à 14 h 12

Mis à jour le 14 décembre 2015 à 15 h 12

Le cerveau et la musculature du cou de jeunes âgés de 14, 15 ou 16 ans sont encore en développement et sont plus fragiles que ceux des adultes, souligne le professeur Christian Duval. Photo: Istock

Aux États-Unis, une entente d’une valeur d’un milliard de dollars a été conclue récemment entre la puissante Ligue nationale de football (NFL) et d’ex-joueurs souffrant de maladies découlant de blessures à la tête. Celle-ci prévoit de dédommager plus de 20 000 anciens footballeurs au cours des 65 prochaines années. Des avocats d’ex-joueurs la jugent toutefois insuffisante parce qu’elle exclut toute compensation pour l’encéphalopathie traumatique chronique, une maladie dégénérative du cerveau dont les traces ont été retrouvées chez des dizaines d’anciens athlètes après leur décès. 

Christian Duval, professeur au Département des sciences de l’activité physique, s’intéresse au phénomène des commotions cérébrales chez les jeunes joueurs de football. Avec ses collaborateurs, il a développé une nouvelle approche, simple et efficace, qui permet de détecter de façon précise et rapide les signes d’une commotion cérébrale en créant un profil biomécanique et cognitif. Le chercheur a présenté les résultats de ses recherches à l’International Congress on Sport Sciences Research and Technology Support, tenu à Lisbonne en novembre dernier.

«Nous nous sommes basés sur les travaux d’un ancien professeur du Département de kinanthropologie de l’UQAM, Bradford McFadyen, maintenant à l’Université Laval, qui ont démontré que les personnes ayant subi une commotion cérébrale éprouvent rapidement des difficultés à effectuer simultanément une double tâche, physique et cognitive», explique Christian Duval.

Des résultats rapides

Dans son laboratoire des troubles du mouvement, situé au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, le professeur a mis au point un système de capture du mouvement qui ne requiert pas l’installation de marqueurs sur le corps des participants. «Une fois par semaine, nous invitons des jeunes de quatrième ou cinquième secondaire, qui évoluent dans une équipe de football, à marcher tout en évitant différents obstacles. En même temps, ils doivent retenir une séquence de chiffres ou de couleurs et la répéter verbalement, précise Christian Duval. Le test reproduit aussi des situations de jeu, car au football les joueurs sont autant stimulés physiquement qu’intellectuellement.»

Ce sont les résultats combinés de l’interaction entre les aspects moteurs et cognitifs qui permettent d’établir le profil du jeune athlète. «Nos mesures nous permettent de déceler très rapidement, au bout de 7 minutes environ, des atteintes que des professionnels de la santé ou les athlètes eux-mêmes pourraient ne pas percevoir, note le chercheur. Ces atteintes, qui sont associées à des symptômes de commotion cérébrale, se manifestent sur le plan de la biomécanique du mouvement: façon de marcher, cadence et rapidité des gestes.»

Après avoir suivi les performances de quatre joueurs au cours d’une saison dans le cadre d’une étude pilote, Christian Duval  vient de terminer une deuxième étude auprès de 17 joueurs dans une école secondaire située tout près du centre de recherche où il travaille.

Un cerveau fragile

Le cerveau et la musculature du cou de jeunes âgés de 14, 15 ou 16 ans sont encore en développement et sont plus fragiles que ceux des adultes. «Les jeunes prennent aussi plus de temps à récupérer après avoir reçu un coup violent à la tête, observe le professeur. Une deuxième commotion cérébrale cause encore plus de dommages et entraine des effets à long terme sur le jeune cerveau et sur le développement cognitif. Enfin, des impacts répétés  peuvent laisser au fil du temps des marques qui s’apparentent à celles que l’on retrouve chez les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou de formes de démence.»

C’est d’ailleurs ce que décrit le film américain Concussion, qui prendra bientôt l’affiche sur nos écrans. «Ce film raconte l’histoire vraie du médecin qui a découvert des traces d’encéphalopathie traumatique chronique dans le cerveau de joueurs de football de la NFL, décédés prématurément après avoir pris leur retraite», explique Christian Duval.  

L’objectif à long terme du chercheur est d’automatiser le processus d’analyse.

«Notre système doit, bien sûr, être accompagné d’autres types d’évaluations cliniques, telles que les prises de sang et l’imagerie cérébrale, souligne Christian Duval. Dès l’an prochain, nous envisageons de l’implanter de façon permanente dans une école pour assurer un suivi auprès des jeunes qui pratiquent des sports de contact comme le football, le hockey et le soccer.»