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Des trésors datant des débuts de l’imprimerie

Brenda Dunn-Lardeau présente une exposition d’ouvrages anciens décorés et enluminés.

Par Marie-Claude Bourdon

6 février 2026 à 14 h 21

La professeure associée au Département d’études littéraires Brenda Dunn-Lardeau présente une exposition de livres anciens décorés et enluminés à la Bibliothèque Osler d’histoire de la médecine de l’Université McGill. Ces incunables, des trésors datant des débuts de l’imprimerie, soit de la période allant des premiers livres imprimés depuis la Bible de Gutenberg, en 1454, jusqu’à l’année 1501, proviennent principalement des collections de la Bibliothèque Osler, mais aussi de la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales de McGill.

«Dans l’histoire du livre, la deuxième moitié du 15e siècle, qui voit la transition entre le manuscrit et le livre imprimé, est une période d’innovation intense dans les domaines de la typographie, de la mise en page et de l’ornementation», souligne Brenda Dunn-Lardeau.

La professeure est une spécialiste des livres de cette période. Récipiendaire pour l’ensemble de sa carrière, en 2013, du Prix de la Société canadienne d’études de la Renaissance, elle a agi comme commissaire de nombreuses expositions visant à faire connaître ce patrimoine ancien. Ainsi, elle était co-commissaire, en 2018, de l’exposition Resplendissantes enluminures tenue au Musée des beaux-arts de Montréal et organisée en collaboration avec l’UQAM et l’Université McGill. En 2012, toujours en collaboration avec l’UQAM et McGill, elle avait également commissarié l’exposition Le livre de la Renaissance à Montréal, présentée à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Intitulée Comment transformer des incunables en noir et blanc en objets de luxe, l’exposition actuelle présentée à la Bibliothèque Osler est la première d’une série d’expositions prévues dans le cadre d’un projet de recherche mené par la professeure. Financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, ce projet porte sur les incunables d’origine européenne conservés dans les institutions publiques du Québec.

Présentée depuis le 21 octobre dernier, la sélection d’ouvrages mise en valeur à la Bibliothèque Osler peut encore être admirée jusqu’au 13 mars prochain. «Il s’agit de livres d’une grande beauté et d’une importante valeur patrimoniale, dont plusieurs ont été peints par des enlumineurs de la Vénitie», affirme Brenda Dunn-Lardeau.

L’exposition permet de découvrir les différentes formes d’ornementation utilisées à l’époque. Bien qu’imprimés, plusieurs livres de l’époque étaient décorés à la main, explique la professeure dans The Osler Library Newsletter. Différentes techniques étaient utilisées: l’introduction de lettrines à l’encre rouge (ou parfois bleue ou verte), les enluminures, les ornements à la plume (moins chers que l’enluminure puisqu’ils se font à l’encre, sans recours à la feuille d’or ou d’argent)et la gravure sur bois coloriée. Ce sont ces techniques qui permettaient de passer, comme le titre de l’exposition le suggère, d’un livre en noir et blanc à un objet de luxe.

Certains incunables, destinés à de riches clients, étaient enluminés et décorés individuellement – ce qui en faisait des objets aussi uniques que des manuscrits. Dans d’autres cas, les livres imprimés étaient décorés en série dans des ateliers où des assistants pouvaient reproduire les lettrines, dessins et autres ornements créés par le maître.

La plupart des livres présentés dans l’exposition proviennent de la collection de William Osler. Lors de son décès, en 1919, ce célèbre médecin canadien, devenu professeur à l’Université Oxford au tournant du 20e siècle, a légué sa collection d’ouvrages sur l’histoire de la médecine à l’Université McGill, dont il était diplômé.

On peut se demander ce que font des ouvrages enluminés du 15e siècle dans une bibliothèque de médecine. «Il faut savoir qu à l’époque, on ne décore pas que des Bibles et ouvrages religieux, mais aussi des livres de médecine et de science comme l’Histoire naturelle de Pline», répond Brenda Dunn-Lardeau. Trois éditions de cette célèbre publication, l’une datant de 1481, l’autre de 1497 et la troisième de 1491, font partie des trésors à découvrir dans cette exposition.