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Des toiles d’araignée pour identifier les sources de pollution

En collaboration avec des collègues colombiens, David Widory utilise les fils de soie pour cartographier la concentration de métaux lourds dans l’air des grandes villes du pays.

Par Jean-François Ducharme

26 février 2026 à 16 h 09

Mis à jour le 2 mars 2026 à 9 h 57

Les fils d’araignée ont de plus en plus d’applications. Ils sont utilisés dans le secteur médical (points de suture, pansements, prothèses), militaire (gilets pare-balles) et des loisirs (filets de pêche). La recherche environnementale commence elle aussi à s’intéresser aux toiles d’araignée. Avec ses collègues Alba Avila, de l’Université des Andes à Bogotá, et Carme Huguet, de l’Université IE, le professeur du Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère David Widory a récemment mis au point une méthode novatrice de détection et d’identification des sources de pollution de l’air par les métaux.

Les chercheurs prélèvent des toiles d’araignée dans différents secteurs de Bogotá, la capitale, et Medellin, la deuxième ville du pays avec plus de 2,5 millions d’habitants. Ils analysent ensuite les toiles en laboratoire. «Les toiles nous permettent de caractériser la pollution portée par les aérosols dans l’atmosphère», souligne le professeur, qui collabore avec ses collègues colombiennes depuis 2018. Ces collectes permettent de connaître avec précision les quartiers de la ville où l’on trouve les plus grandes concentrations de métaux lourds, dont le plomb, très toxique.

L’étudiante à la maîtrise en sciences de la Terre Sophie Potvin, dont le mémoire dirigé par David Widory porte sur l’utilisation des toiles d’araignées pour documenter la contamination de l’air dans les grandes villes colombiennes, travaille en collaboration avec l’équipe de recherche. En 2025, le projet a obtenu une subvention du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec. En novembre dernier, l’équipe a présenté leur recherche en présence du recteur Stéphane Pallage lors de la mission de ce dernier à Bogotá.

Gratuits et ubiquistes

L’intérêt d’utiliser les toiles d’araignée comme bioindicateurs est qu’elles ne coûtent rien. «C’est un gros avantage par rapport à un prélèvement classique sur filtre, comme on le fait à Montréal et dans d’autres grandes villes, souligne David Widory. Les préleveurs traditionnels coûtent au bas mot 10 000 dollars chacun, alors que les toiles d’araignée, on en trouve gratuitement partout.»

En raison de la grande résistance des fils de soie, les toiles d’araignée peuvent durer très longtemps. Une étude menée à l’Université d’Akron, en Ohio, a démontré que les toiles d’araignée pouvaient conserver leur forme et leur élasticité pour une période pouvant aller jusqu’à quatre ans! «Cette longévité est très intéressante pour notre analyse, explique le chercheur. Les préleveurs classiques ne peuvent collecter les aérosols que sur une période de 24 à 48 heures, alors que nous pouvons obtenir une estimation historique de la pollution avec les toiles d’araignée.»

Si le procédé est pour l’instant limité aux deux grandes villes colombiennes, David Widory mentionne que cette méthode pourrait être facilement reproduite ailleurs dans le monde. «Théoriquement, quelqu’un qui souhaite cartographier la pollution atmosphérique dans sa ville n’aurait qu’à prélever des échantillons de toiles d’araignée à divers endroits stratégiques et à nous les envoyer pour fins d’analyse, conclut le chercheur. Ces bioindicateurs ont un grand potentiel.»