Le professeur retraité du Département d’études littéraires André Vanasse, une figure incontournable du monde des lettres au Québec, est décédé à l’âge de 83 ans le 26 février dernier. Auteur, mais surtout éditeur, il a contribué à faire entrer la création littéraire à l’université. Plusieurs des jeunes autrices et auteurs qu’il a découverts sont devenus des plumes célèbres, de Louis Hamelin (M.A. études littéraires) à Christian Mistral, en passant par Lise Tremblay (M.A. études littéraires), Jocelyne Saucier et Yann Martel.
Si XYZ, la maison d’édition dirigée par André Vanasse de 1990 jusqu’à sa retraite, en 2012, a publié la version française de L’histoire de Pi (2001), un succès mondial, c’est grâce à la relation qu’il avait établie avec Yann Martel lors de la parution de Self, son livre précédent.
Enthousiaste, l’éditeur nouait des liens profonds avec ses auteurs. Que ce soit dans son bureau à l’UQAM ou dans les bars et cafés de la rue Saint-Denis, on pouvait souvent le voir en grande conversation avec ces écrivaines et écrivains en devenir qu’il savait guider et encourager.
Louis Hamelin, qui a publié cinq romans avec lui, dont son premier succès, La rage, prix du Gouverneur général en 1989, a confié au Devoir qu’il se souvient d’André Vanasse comme d’une figure «quasi paternelle». Selon lui, André Vanasse a été «parmi les premiers au Québec à faire valoir “qu’on pouvait encadrer le talent littéraire, et le développer à l’université”, comme cela se faisait depuis longtemps aux États-Unis».
«Jamais cet homme n’était désagréable. Il était massif, jovial, sonore, toujours amusant et amusé. Et il avait l’œil vif», écrit Jean-François Nadeau (Ph.D. histoire) dans un hommage sur les réseaux sociaux. Le journaliste rappelle la position privilégiée qu’a tenue André Vanasse pendant plusieurs années, à cheval entre l’université et l’édition, et souligne la générosité de cet homme qui a écrit que «le plus grand plaisir d’un éditeur est d’assister à la réussite de ses auteurs.»
André Vanasse, qui a d’abord enseigné au Collège Sainte-Marie, a été professeur à l’UQAM pendant presque 30 ans, des débuts de l’Université, en 1969, jusqu’en 1998. En parallèle, il a été directeur de la revue universitaire Voix et images, de 1981 à 1985, puis de Lettres Québécoises, un périodique qu’il avait contribué à faire naître en 1976.
Son ancien collègue Jacques Allard, qui a été un des fondateurs du Département d’études littéraires avec lui, témoigne: «Il a été un des bâtisseurs de l’UQAM en y étant un professeur très inspirant de notre littérature et un directeur pareillement dévoué du module Études littéraires, tout en apportant une contribution décisive à l’édition nationale par la revue Lettres québécoises et la maison XYZ. Une bourse en études littéraires de la Fondation UQAM perpétue son nom de bienfaiteur.»
La professeure Lucie Robert, récemment retraitée, l’a, elle aussi, bien connu. «André Vanasse a été un des plus jeunes professeurs du Département à 23 ans, souligne-t-elle. Il a été un directeur préoccupé de conserver l’unité des forces, avec humour et insistance. Je me rappellerai surtout le directeur de Voix et Images, puis de Lettres québécoises, préoccupé d’assurer l’édition, puis la diffusion et la réception des œuvres des auteurs et autrices du Québec.»
Toute sa vie, André Vanasse a travaillé à promouvoir et à faire rayonner la littérature québécoise. Il a notamment participé à la fondation de l’Association des littératures canadiennes et québécoises (ALCQ), de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP) et du Programme de droits de prêts publics.
En plus d’enseigner la création littéraire et de publier lui-même romans, essais et œuvres de littérature jeunesse – La saga des Lagacé (Libre Expression, 1981), Des millions pour une chanson (Québec Amérique, 1988), Avenue De Lorimier (XYZ, 1992) – il a surtout fait sa marque comme éditeur, d’abord chez Hurtubise HMH, où il a été directeur littéraire de 1971 à 1986, puis chez Québec Amérique, de 1986 à 1990, et enfin chez XYZ, où il s’est joint à Gaëtan Lévesque à titre de copropriétaire. Sous sa gouverne, la maison d’édition qui publiait surtout des nouvelles s’est réorientée vers le roman et est devenue, avec la collection «Romanichels», l’une des plus prestigieuses du Québec. «Par son exigence éditoriale, son flair et sa confiance envers les écrivain·e·s, André Vanasse a contribué à façonner un catalogue d’une richesse et d’une audace remarquables», écrit la maison XYZ dans le message annonçant le décès de son ex-directeur littéraire.
Élu membre de l’Académie des lettres en 2013, André Vanasse a obtenu, la même année, le Prix d’excellence, Prix spécial du jury de la Société de développement des revues culturelles québécoises (SODEP) et, lors du Salon du livre 2014, le prix Fleury-Mesplet, qui récompense la carrière exceptionnelle d’une personne œuvrant dans le milieu du livre. En 2017, il a accédé à l’Ordre du Canada.