La chercheuse postdoctorale en écotoxicologie Pauline Bellot figure parmi les trois personnes lauréates du mois de janvier 2026 du concours Relève étoile du Fonds de recherche du Québec (FRQ). Ce concours fait la promotion des carrières en recherche et vise à reconnaître l’excellence des travaux réalisés par les étudiantes et étudiants de niveau universitaire, et ce, dans toutes les disciplines des trois secteurs couverts par le FRQ: Nature et technologies, Société et culture et Santé.
Pauline Bellot a obtenu le prix Louis-Berlinguet, assorti d’une bourse de 1 500 dollars, pour l’article intitulé «Chronic exposure to tebuconazole impairs offspring growth and survival in farmland birds: An experiment in captive house sparrows» publié dans Environmental Research. La postdoctorante est la première autrice de l’article, cosigné avec des chercheuses et chercheurs du CNRS-La Rochelle Université et de l’Université de Franche-Comté.
Cette étude porte sur l’impact des pesticides sur les populations d’oiseaux vivant dans les milieux agricoles européens, lesquelles ont chuté de plus de 60 % au cours des 40 dernières années. Parmi ces substances, les triazoles sont une famille de fongicides largement répandus, utilisés pour protéger de nombreuses cultures contre les champignons, notamment la vigne et les céréales. Ces produits restent pourtant largement sous-étudiés, car ils sont souvent considérés comme moins toxiques que d’autres catégories de pesticides, comme les insecticides. Ils pourraient cependant avoir des effets négatifs sur les oiseaux, en perturbant leurs mécanismes physiologiques et leur reproduction.
Pour mieux comprendre ces impacts, Pauline Bellot et ses collègues ont mené une expérience en captivité sur le moineau domestique, une espèce représentative des zones agricoles. On a reproduit des conditions réalistes en administrant du tébuconazole, l’un des fongicides les plus utilisés en agriculture, à des concentrations similaires à celles mesurées dans le sang d’oiseaux sauvages vivant près des vignobles. La concentration choisie était 36 fois inférieure aux seuils de toxicité officiellement établis pour les oiseaux, afin d’évaluer des effets potentiels à faibles doses. Le fongicide était distribué dans l’eau de boisson pendant neuf mois, incluant la période de reproduction, pour tester les effets chroniques à long terme.
L’étude a comparé deux groupes hébergés dans de grandes volières extérieures soumises aux conditions météorologiques naturelles: un groupe exposé, dans trois volières recevant de l’eau contenant du tébuconazole, et un groupe témoin, placé dans trois volières identiques recevant une eau dépourvue de ce fongicide.
On a ensuite évalué plusieurs indicateurs de performance reproductive, tels que le nombre d’œufs pondus, le taux d’éclosion, la croissance et la survie des poussins. Les résultats montrent que si le nombre d’œufs et le taux d’éclosion n’ont pas été affectés, la croissance des poussins exposés était plus faible (10 % plus petits en moyenne) et leur mortalité nettement augmentée. Ces effets étaient encore plus marqués chez les femelles: 65 % des poussins femelles exposés sont morts avant l’envol, contre seulement 7 % dans le groupe témoin. Cette différence selon le sexe est particulièrement importante, car elle suggère que les femelles sont plus sensibles à la contamination et que l’exposition pourrait affecter durablement la structure des populations.
Cette étude démontre que le tébuconazole peut nuire à la reproduction des oiseaux des milieux agricoles, même à des doses considérées comme faibles et réalistes. Elle souligne l’urgence de mieux évaluer les risques associés à ces fongicides et de comprendre plus précisément leurs effets directs (toxicité sur l’embryon et le poussin) et indirects (qualité des œufs et soins parentaux).