Une période sombre en politique américaine
La période 2022-2026 est assurément l’une des plus sombres de l’histoire politique américaine. La fin du mandat de Joe Biden se résume par une détérioration physique, de la maladresse politique et une gestion des affaires navrante. Depuis sa réélection, Donald Trump bouleverse chaque jour la démocratie américaine et l’ordre mondial. L’équipe d’En retrait, formée de journalistes vétérans comme Antoine Char et Jean-Pierre Bürger, professeurs associés à l’École des médias, a suivi à la trace les derniers mois pathétiques de la présidence de Joe Biden, la tentative ratée de Kamala Harris de reprendre le flambeau et l’élection d’un président obsédé par la vengeance. Le livre De Biden à Trump: de l’obstination à la destruction rassemble une quarantaine d’articles qui posent un regard incisif sur les États-Unis d’aujourd’hui. Antoine Char y publie trois textes, écrits entre janvier 2022 et novembre 2024, qui portent sur le déclin de l’empire américain, sur la hausse du nombre d’enfants employés illégalement par des entreprises américaines et sur les chrétiens évangéliques du Texas. Datant de décembre 2024, le texte de Jean-Pierre Bürger décrit les dérives démocratiques que l’on pouvait déjà entrevoir chez Donald Trump. Publié aux Éditions Somme toute/Le Devoir.
Vieillir au féminin
Depuis le documentaire de Véronique Cloutier, Loto méno, la question de la (péri)ménopause n’est plus aussi taboue. Sous la direction de la professeure du Département d’études littéraires Martine Delvaux et de la doctorante Esther Laforce (M.A. études littéraires, 2020), le colllectif Au bout de notre sang: malmenées, maltraitées, ménopausées fait résonner des voix situées tout au bord ou en plein cœur de la ménopause, des voix qui l’ont traversée ou qui ne la traverseront jamais. Si son nom désigne plus strictement l’arrêt (progressif ou accompli, prématuré ou tardif) des règles, la ménopause est, surtout, une période-clé des changements liés au corps féminin vieillissant et à sa place dans la société. «S’il y a des écrivaines, dans ce collectif, qui commencent leur texte en n’étant pas certaines de savoir quoi dire de la ménopause, c’est peut-être parce qu’on ne lui a pas encore donné assez d’histoires, que ses visages sont trop peu nombreux. Ça laisse tant à découvrir, à penser, à écrire, à vivre», écrivent-elles. Le livre mise sur la contribution, entre autres, de la professeure retraitée de l’École des arts visuels et médiatiques Monique Régimbald-Zeiber, de la chargée de cours du Département d’études littéraires Marie-Ève Sévigny et de la diplômée Claudia Larochelle (B.A. communication/journalisme, 2000; M.A. études littéraires, 2012). Publié chez Hamac.
Plaidoyer pour la culture scientifique
Dans Les sciences sous ma loupe, le professeur du Département d’histoire Yves Gingras propose 70 textes critiques publiés au cours des dernières années dans diverses publications et mis à jour. Convaincu qu’une culture scientifique minimale est essentielle pour porter un regard avisé sur les décisions que doivent prendre les gouvernements et les entreprises, l’historien et sociologue des sciences aborde la science contemporaine sous différentes facettes. La production du savoir étant une pratique sociale, il croit nécessaire d’ouvrir la boîte noire de la science et de décrire la manière dont les découvertes sont confirmées ou infirmées. Qu’est-ce que la science? Comment les savoirs scientifiques sont-ils produits? Que faut-il penser des rhétoriques de l’excellence et de l’innovation? Quels dangers guettent la recherche à une époque où moralisme, relativisme et dogmatisme religieux prennent de plus en plus d’ampleur? Yves Gingras explore ces questions et bien d’autres afin d’aider le public à mieux comprendre le fonctionnement des communautés scientifiques. En conclusion, il en appelle à un sain scepticisme envers les scientifiques et à une culture scientifique de base pour exercer un jugement éclairé face à la recherche et à la technologie à l’heure où leur impact sur nos vies ne fait qu’augmenter. Paru chez Boréal.
Une nouvelle forme de mémoire
Que deviennent nos souvenirs quand ils passent par les écrans? Qu’est-ce qui façonne notre mémoire quand ce sont les algorithmes qui nous rappellent le passé ? Et que reste-t-il de nous dans un monde où tout semble pouvoir être sauvegardé? Ces questions sont abordées dans l’ouvrage collectif Technomémoires, publié sous la direction des professeures Katharina Niemeyer, de l’École des médias, et Emmanuelle Caccamo, de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Les technomémoires désignent ces formes hybrides que nous construisons à travers les plateformes numériques et les objets connectés. Des albums photos enrichis par l’intelligence artificielle aux assistants qui mémorisent nos habitudes, des médias socionumériques qui stockent nos interactions aux objets connectés qui documentent nos comportements quotidiens, un nouvel écosystème mémoriel se dessine. Ce livre en explore les contours à travers trois axes: la mémoire collective ancrée dans les territoires et les objets; les pratiques personnelles façonnées par nos interactions numériques; et les perspectives ouvertes par l’intelligence artificielle dans la fabrication et la gestion de nos souvenirs. Il s’adresse tant aux chercheuses et chercheurs en sciences sociales qu’au grand public curieux de comprendre ce que signifie se souvenir au 21e siècle, à l’ère des machines qui, soi-disant, se remémorent mieux que nous. Paru aux Presses de l’Université du Québec.
L’imaginaire policier
Conditions policières est le fruit d’une démarche de terrain: l’équipe menée par la professeure du Département d’études littéraires Cassie Bérard s’est entretenue avec des enquêtrices, des enquêteurs, des agentes, des agents, des personnes retraitées du milieu, des formatrices et des formateurs, des recrues en formation, des criminologues, des gardiennes et des gardiens de sécurité, en portant attention à leurs manières de se raconter. «Il s’agit d’une création littéraire qui espère réfléchir à la perception du rôle de la police, explique-t-elle. À sa perception, mais aussi à ses représentations, et qui plus est, à la place de la narration et de la fiction dans le travail policier, étant entendu que les policières et policiers interprètent, analysent, rédigent et racontent, elles et eux aussi.» Le récit des policières et policiers, transfiguré par l’examen critique des littéraires que sont les doctorants Pierre-Marc Asselin et Alexandre Côté-Perras et la candidate à la maîtrise Dédé Chen, permet d’aborder des sujets qui touchent le social et le politique, comme l’intégration des femmes dans des milieux fortement masculins, les enjeux de santé mentale, les conduites répressives, la méfiance des communautés et la bureaucratie dans le système de justice pénale. L’ouvrage contribue ainsi à l’examen d’un imaginaire de la police au Québec par l’expérience d’une écriture polyphonique. Paru aux Éditions Somme toute.
Étude critique de la fiscalité internationale
En France, le droit fiscal est construit sur des «images», comme la transparence, la semi-transparence, la translucidité et la personnalité fiscale. Par ce recours aux images, la conception française de la fiscalité internationale distingue les sociétés de personnes de droit français de celles de droit étranger. Cette conception est difficilement compréhensible, non seulement au regard de celle pratiquée par les droits étrangers, mais également au regard du droit interne. Le professeur du Département des sciences comptables Benoit Jarige renouvelle cette conception dans son ouvrage La fiscalité internationale des sociétés de personnes, un résumé de sa thèse doctorale qui a, entre autres, remporté le Prix de thèse Sorbonne fiscalité 2023, le Prix de thèse 2021-2022 de l’Institut international des sciences fiscales et le Prix de thèse Sciences humaines et sociales 2023 de l’Université de Bordeaux. Dans cette étude critique, Benoit Jarige compare le système français avec les droits britannique et américain en vue d’en comprendre la cohérence et les évolutions possibles. Son analyse audacieuse remet en cause l’état actuel de la jurisprudence et offre un chemin balisé pour repenser la fiscalité des sociétés de personnes. Publié aux Éditions Société de législation comparée.