Le bien-être associé aux voyages est-il surfait? Alors que l’été est à nos portes et que plusieurs sont dans les derniers préparatifs en vue des vacances, la question est légitime, souligne Marc-Antoine Vachon, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’ESG UQAM. Dans le cadre de l’enquête annuelle de la Chaire auprès d’un panel de plus d’un millier de voyageurs québécois, le professeur du Département de marketing et sa collègue Pascale Marceau ont souhaité mieux comprendre les liens entre le fait de voyager et le bien-être ressenti. Ils viennent de publier les résultats de leur étude dans le World Leisure Journal.
Malgré le discours environnemental et les contraintes financières, les voyages demeurent très populaires, observe Marc-Antoine Vachon. «Notre étude révèle que ce n’est pas le type de voyage qui a une incidence sur le bien-être, mais plutôt l’intégration du voyage dans un mode de vie.» Anticiper positivement un voyage, se remémorer les anciens voyages et surmonter les obstacles à la réalisation des séjours envisagés contribuent au bonheur. «Les voyages sont l’un des rares biens de consommation qui peuvent procurer du bien-être des années plus tard, simplement en évoquant tel ou tel souvenir», ajoute le chercheur. Cela expliquerait pourquoi certains voyages où tout est allé de travers peuvent tout de même devenir une source de bien-être rétroactivement, la mémoire étant une faculté qui oublie très sélective!
Si l’anticipation d’un voyage à venir peut également procurer du bien-être, il faut toutefois avoir la liberté de voyager. Or, plusieurs obstacles peuvent contrecarrer de tels projets, à commencer par les contraintes financières. «L’effort que cela demande de planifier un voyage peut également constituer un frein», ajoute le chercheur, qui note du même souffle que les outils d’intelligence artificielle, de plus en plus populaires pour organiser des itinéraires, pourraient éliminer ce type d’obstacle pour certains voyageurs.
Des études antérieures ont révélé qu’environ 60 % des voyageurs québécois considèrent les voyages importants pour leur santé mentale. «J’aurais tendance à penser que ce chiffre est sous-estimé, note Marc-Antoine Vachon. Dans notre monde où tout s’accélère, je pense que l’impact des voyages sur la santé mentale est encore plus grand.»
L’enjeu de la déconnexion surgit inévitablement lorsqu’il est question de vacances et de voyages, observe le spécialiste. «Nous sommes hyperconnectés à tout moment et notre étude démontre que le bien-être ressenti est maximisé lorsque nous nous déconnectons souvent. Nous ne sommes pas obligés de faire de grands voyages à l’autre bout du monde. Les micro-déconnexions de quelques jours sont suffisantes. C’est ce qui a le plus d’effet sur le bien-être en lien avec le voyage, cette capacité à décrocher le plus souvent possible.»
Ces courts séjours qui soutiennent le sentiment de bien-être, ajoute-t-il, sont associés au tourisme local et de proximité. Voilà de quoi réjouir et galvaniser les organisations touristiques québécoises. «Le tourisme local est également, de manière générale, moins nuisible pour l’environnement», souligne le titulaire de la Chaire Transat.
Bref, que vous voyagiez à l’international ou localement durant les prochaines vacances, sachez que votre état d’esprit et votre capacité à vous déconnecter du travail seront garants du bien-être que vous en tirerez, et ce, au moins jusqu’aux vacances de l’année prochaine!