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Le mégot de cigarette: un petit déchet très polluant

En libérant quantité de substances chimiques, les mégots peuvent causer du tort aux sols et aux milieux aquatiques.

Par Sarah Lavoie

13 avril 2026 à 10 h 47

Le nombre de fumeurs diminue lentement mais sûrement au Québec, où une personne sur neuf fume. Cette tendance est réjouissante du point de vue de la santé publique, mais elle ne doit pas masquer le fait que la cigarette est omniprésente à l’échelle mondiale. Une personne sur cinq s’allume régulièrement une cigarette et environ 70 % des fumeurs jettent parfois ou régulièrement leur mégot au sol. Résultat? Chaque année, quelque 4 500 milliards de mégots de cigarettes sont abandonnés sur les sols de notre planète.

On s’imagine que les éléments naturels, la pluie en particulier, feront un travail de décomposition, mais la réalité est tout autre et la contamination causée par les mégots constitue un problème majeur au niveau environnemental.

Pollution chimique et plastique

Les cigarettes et leurs filtres contiennent ou accumulent plus de 4000 substances chimiques telles que la nicotine, des métaux lourds (arsenic, plomb, cadmium), des hydrocarbures et même des pesticides utilisés dans la culture du tabac. Une fois au sol, le filtre usagé libère ses résidus, la cendre et le lixiviat (liquide résiduel hautement pollué issu du passage de l’eau à travers le déchet), ce qui affecte le sol, l’eau ainsi que la faune et la flore environnantes. Les différents composés relâchés ont le potentiel de modifier la chimie du sol et du même coup d’affecter la croissance des plantes et de leurs racines.

À la pollution chimique s’ajoute la pollution plastique, puisque les filtres conventionnels sont constitués d’acétate de cellulose, un plastique qui n’est pas biodégradable. On estime ainsi que les filtres peuvent prendre jusqu’à 14 ans à se décomposer dans l’environnement. Une exposition au soleil peut en favoriser la dégradation, mais les composés chimiques à l’intérieur se retrouvent tout de même dilués dans l’eau ou dans le sol. En outre, leur dégradation produit des fragments persistants appelés microplastiques, lesquels peuvent être ingérés par la faune et endommager les organes, bloquer le système digestif et même causer la mort.

Effets sur les milieux aquatiques

Bien que la plupart des mégots ne soient pas jetés directement dans des rivières et des lacs, ils trouvent souvent leur chemin vers les milieux aquatiques où leurs impacts sont particulièrement préoccupants.

En milieu urbain, ils sont transportés par les eaux de pluie qui s’écoulent dans les systèmes d’égouts et pluviaux. Certains mégots sont capturés par les systèmes de traitement des eaux, mais pas tous. Ceux qui se retrouvent dans les cours d’eau libèrent des substances hautement toxiques pour les organismes aquatiques.

La toxicité des mégots dans l’eau est généralement plus rapide et marquée que celle dans le sol, possiblement parce que la libération des composés chimiques s’y effectue plus vite. Une étude publiée en 2023 a démontré que les mégots de cigarettes libèrent plus de 40 substances chimiques différentes lorsqu’ils se retrouvent au contact de l’eau. On estime qu’un seul mégot peut contaminer jusqu’à 500 litres d’eau, soit l’équivalent d’environ trois baignoires remplies. Les effets sont souvent mortels sur les invertébrés, les poissons, les amphibiens et les microorganismes. Quand ils ne sont pas létaux, ils peuvent entrainer la réduction de la croissance, une baisse de la reproduction et même une modification du comportement.

Dans une étude réalisée en 2010, des mégots ont été trempés dans l’eau pendant 24 heures, puis des poissons marins et d’eau douce y ont été exposés pendant 96 heures. Les résultats ont démontré qu’une concentration d’environ un mégot par litre d’eau suffisait à provoquer la mortalité de 50 % des poissons exposés. Cela indique qu’une très faible concentration peut rendre l’eau extrêmement toxique pour certains organismes aquatiques.

D’autres études montrent des effets graves sur les poissons sous forme de dégâts cellulaires ainsi que de dommages au foie et aux reins. Certaines substances, dont la nicotine et des métaux, peuvent être absorbées par les poissons. Chez la truite arc-en-ciel, par exemple, on a observé une accumulation dans les tissus après une exposition prolongée à l’eau contaminée par les mégots de cigarettes. Ce phénomène, appelé bioaccumulation, ne concerne pas seulement l’individu exposé, mais aussi ses prédateurs (autres poissons, oiseaux piscivores, mammifères aquatiques). Lorsque ces derniers ingèrent leur proie, ils absorbent à leur tour les contaminants qui se transmettent ainsi tout au long de la chaîne alimentaire.

Poursuivre la sensibilisation

Face à une problématique d’une telle ampleur, des solutions durables sont difficiles à mettre en place. L’une d’elles demeure la sensibilisation des consommateurs à la disposition adéquate de leurs mégots de cigarettes, soit dans les poubelles et cendriers prévus à cet effet. Les mégots jetés aux endroits indiqués sont généralement enfouis et engendrent donc une contamination plus contrôlée, n’étant pas directement exposés à la pluie.

Il est important de rappeler que les mégots ne disparaissent pas facilement et qu’un petit geste qui nous semble banal engendre de lourdes conséquences pour l’environnement.

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Cet article a été rédigé dans le cadre du cours Éléments d’écotoxicologie donné au trimestre d’hiver 2026 par la chargée de cours Ève Perron-Labonté et les professeurs Maikel Rosabal et Jonathan Verreault, du Département des sciences biologiques. Les étudiantes et étudiants, inscrits au baccalauréat en sciences naturelles appliquées à l’environnement ou au certificat en écologie, devaient produire un article de vulgarisation scientifique qui a été évalué dans le cadre du cours. Il s’agissait d’un premier contact, dans leur cursus, avec la toxicologie et la santé environnementale. Parmi les meilleurs articles choisis par les professeurs, Actualités UQAM a sélectionné celui de Sarah Lavoie pour publication.