Le Laboratoire Handicap, Sourditude et Innovations (HSI) a été officiellement inauguré le 26 mai dernier. «C’est le fruit d’un processus qui a duré quatre ans», souligne Véro Leduc (M.A. travail social), devenue en 2017 la première personne sourde à occuper un poste de professeure dans une université au Québec. Actuellement rattachée au Département de communication sociale et publique, elle deviendra, le 1er juillet, professeure à l’École de travail social. Le laboratoire est codirigé par Véro Leduc et Mouloud Boukala, professeur à l’École des médias.
Les huit salles du laboratoire, situé au quatrième étage du pavillon Hubert-Aquin, sont munies de matériel dernier cri. Lieu de convergence entre la recherche, la création et l’innovation sociale, elles visent à renforcer la citoyenneté culturelle des personnes en situation de handicap et des personnes sourdes et à promouvoir leurs expressions culturelles et artistiques. Le labo HSI a obtenu, en 2022, un financement de 1,3 M$ de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), du ministère de l’Enseignement supérieur et de divers partenaires. À l’UQAM, il s’agit du projet qui a reçu le plus important financement dans le cadre du Fonds des leaders John-R.-Evans de la FCI. «Notre laboratoire est l’un des seuls lieux au Québec qui soit entièrement accessible aux personnes de la diversité capacitaire», se réjouit la professeure à l’origine de ce concept.
«Le laboratoire nous permet de réunir dans un même espace la recherche, la création médiatique et l’expérimentation technologique, souligne Mouloud Boukala. L’un des objectifs est de favoriser la production de contenus inclusifs tout en favorisant l’autoreprésentation des personnes premièrement concernées.»
Le laboratoire accueille les activités de la Chaire de recherche du Canada sur la citoyenneté culturelle des personnes sourdes et les pratiques d’équité culturelle, dirigée par Véro Leduc, et de la Chaire de recherche du Canada sur les médias, les handicaps et les (auto)représentations, dirigée par Mouloud Boukala, professeur à l’École des médias. Il permettra le développement de réalisations sonores (balados, documentaires), visuelles (vidéo, réalité virtuelle) et tactiles (braille, impression 3D). Les infrastructures permettront également d’analyser les perceptions et les représentations médiatiques du handicap afin d’implanter des politiques médiatiques et culturelles inclusives.
À terme, des résidences de recherche-création exploreront de nouvelles manières de concevoir et de produire des œuvres dans une perspective éthique et inclusive.
Honorer des personnes de la diversité capacitaire
Les responsables du laboratoire ont entamé une démarche pour nommer les huit salles en l’honneur de différentes personnes de la diversité capacitaire. «Une courte biographie sera produite pour chacune d’elles, précise Véro Leduc. Nous espérons ainsi faire connaître des gens exceptionnels, qui ont contribué à nos sociétés.»
En ce vendredi de juin, notre visite débute au local A-4410, qui fait office de point de rassemblement, de local d’idéation et de salle à manger. Nous sommes en compagnie de Véro Leduc, de son interprète assignée Sara Houle et de la coordonnatrice du Labo HSI Sarah Heussaff (Ph.D. communication). Dotée de grandes fenêtres, la pièce est éclairée par de la lumière indirecte, idéale pour les personnes neurodivergentes car elle réduit la fatigue visuelle et le stress. Les murs sont gris, ce qui offre un contraste optimal pour la communication en langue des signes québécoises (LSQ). Sur les murs sont accrochés des tableaux peints par des personnes de la diversité capacitaire. Et lorsque que quelqu’un sonne à la porte, un dispositif s’illumine au centre de la pièce, afin que les personnes sourdes puissent être informées de son arrivée!
Les postes de travail du A-4430 sont munis de logiciels accessibles et de claviers en braille. Lors de notre visite, une représentation miniature de la Vénus de Milo, célèbre statue de la Grèce antique, sortait de l’imprimante 3D. «Imprimer des œuvres en trois dimensions permet aux personnes aveugles, par exemple, de se faire une meilleure idée de ce à quoi elles ressemblent matériellement», mentionne Sarah Heussaff. Les projets réalisés dans cette salle émaneront des personnes qui l’utiliseront. «On peut toutefois imaginer que l’on pourrait créer des prothèses pour des personnes handicapées ou encore un support pour téléphone dont l’angle serait adapté aux personnes qui font des appels vidéos en LSQ», suggèrent Sarah Heussaff et Véro Leduc.
La régie de son et de signes (A-4421) est équipée d’un système Dolby Atmos permettant de travailler des captations réalisées avec des microphones ambisoniques. Afin de garantir l’accessibilité de l’espace, la majorité des enceintes ont été fixées au plafond, libérant ainsi les zones de circulation.
La salle de montage (A-4415) comprend tout le matériel pour faire du montage vidéo. Le local est muni de tables ajustables afin que les personnes en fauteuil roulant soient confortables.
Le local A-4420 accueille des séminaires, notamment le cours Handicap et sourditude : stratégies de communication, de recherche et d’action, suivi chaque année par une douzaine d’étudiantes et d’étudiants de l’Université. La salle de doublage (A-4422) permet de réaliser des balados ou des émissions de radio avec une qualité sonore exceptionnelle.
Enfin, la salle de tournage (A-4424) est munie d’un écran vert et d’un téléprompteur. «Nous y filmerons, entre autres, des entrevues sur la citoyenneté culturelle sourde et des appels à participation en LSQ», note Sarah Heussaff.
Les toilettes du A-4425 sont accessibles à toutes les personnes. Sur chacune des plaques d’identification des locaux se trouvent le nom de la salle en braille ainsi que le logo du Labo HSI, qui représente une ampoule et des gens qui réfléchissent ensemble.
Bien que les quatre dernières années aient été parsemées d’embûches, les responsables du laboratoire ressentent beaucoup de fierté en voyant le résultat final. «Nous souhaitons que ce lieu devienne un espace de rencontre entre les savoirs scientifiques, artistiques et expérientiels, et qu’il contribue à transformer durablement les pratiques de création, de recherche et de formation», affirme Mouloud Boukala. «C’est un grand carré de sable avec tout le matériel pour laisser libre cours à la créativité des artistes, conclut Véro Leduc. Nous avons hâte de voir nos rêves se concrétiser.»