Discours extrémistes des élèves, pression des parents pour éviter certains sujets obligatoires dans le programme scolaire, questions sociales autour desquelles la discussion peut rapidement se désorganiser et tout simplement devenir ingérable: il n’est pas évident d’être enseignante ou enseignant de nos jours.
«Aborder des questions controversées en classe constitue un réel défi pour les personnes enseignantes», observe Kathleen Sénéchal. La professeure du Département de didactique des langues organise le colloque La salle de classe polarisée: les défis auxquels sont confrontées les personnes enseignantes (12 mai) en collaboration avec la chargée de cours Audrey G.-Héon (didactique), Bruce Maxwell (UdM) et David Waddington (Concordia).
«Ce colloque est l’occasion de réunir divers intervenantes et intervenants qui présenteront leurs conclusions sur les défis rencontrés par les personnes enseignantes au regard de la polarisation en classe et du traitement des thèmes sensibles, précise Kathleen Sénéchal. On peut penser, par exemple, à des propos masculinistes tenus par un élève ou à un refus d’étudier une œuvre en raison de convictions religieuses.»
Le phénomène de polarisation, marqué par un consensus social affaibli et des tensions persistantes liées à la pandémie de Covid-19, est davantage présent dans les classes du secondaire, mais touche aussi les classes du primaire, souligne la chercheuse, qui dirige le Centre d’études sur la performance et l’apprentissage (CEAP UQAM), une antenne du Centre for the Study of Learning and Performance de l’Université Concordia.
Lors de ce colloque, certaines présentations se concentreront sur des recherches empiriques, réalisées au Québec et en France, impliquant des personnes enseignantes et des élèves. D’autres examineront les orientations des prescriptions ministérielles, et d’autres encore proposeront des pistes de solution. «On se penchera sur les pratiques enseignantes en classe, certes, mais aussi sur les nécessaires collaborations au sein de l’équipe-école et sur le dialogue avec les parents», note la professeure.
En filigrane, il y aura le bruit constant des réseaux sociaux. «On pense spontanément à l’influence que peuvent avoir sur les élèves certaines personnalités clivantes, et au fait que les élèves relaient ensuite sur les réseaux leurs idées extrêmes, théories du complot ou propos offensants», illustre Kathleen Sénéchal.
En 1986, une controverse dans une salle de classe n’avait pas la même résonance qu’en 2026. Les réseaux sociaux et les nouvelles en continu ont changé la donne et les enseignantes et enseignants marchent sur un fil bien mince quand vient le temps de désamorcer une situation potentiellement explosive. «En général, les personnes enseignantes qui font face à des situations controversées ou à des discours extrémistes préfèrent miser sur le dialogue plutôt que sur l’affrontement, la punition ou l’évitement, souligne Kathleen Sénéchal. Et pour plusieurs d’entre elles, comme l’ont souligné des études récentes, ce type de situation survient chaque jour…»