Trente ans après avoir vu le jour, la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques continue de rayonner et d’éclairer les grands enjeux géopolitiques de son époque. «Nous avons su faire preuve de la flexibilité nécessaire pour demeurer pertinents dans des environnements changeants», se réjouit son titulaire, le professeur du Département de science politique Frédérick Gagnon (Ph.D. science politique).
En compagnie de son prédécesseur, Charles-Philippe David, fondateur de la Chaire, Frédérick Gagnon et son équipe – membres, partenaires, collègues et amis issus de divers milieux – étaient réunis au Musée des beaux-arts de Montréal, le 9 avril dernier, afin de célébrer ce 30e anniversaire.
À cette occasion, le recteur de l’UQAM, Stéphane Pallage, le ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christopher Skeete (M.B.A.), le président du conseil de direction de la Chaire, Martin Imbleau (LL.B.), ainsi que Charles-Philippe David et Frédérick Gagnon ont prononcé des allocutions, sous la houlette de la maître de cérémonie, Martine St-Victor. Les interventions ont permis de retracer les grandes étapes de l’histoire de la Chaire et de mettre en lumière ses principaux accomplissements au cours des trois dernières décennies, tout en soulignant l’importance de sa mission dans le contexte international actuel.
«Il n’est pas un jour depuis que je connais la Chaire Raoul-Dandurand où je n’ai pas entendu son nom mentionné dans les médias, a souligné Stéphane Pallage. Bravo à Charles-Philippe, à son successeur Frédérick Gagnon ainsi qu’à leurs équipes pour le succès remarquable de cette chaire en études stratégiques et diplomatiques qui, chaque jour, nous permet notamment de mieux comprendre les enjeux de la politique américaine et leurs effets sur le Canada et le reste du monde.»
Pionnière, avant-gardiste et leader
La Chaire Raoul-Dandurand fait partie du paysage universitaire et médiatique à un point tel qu’on en oublie le contexte de sa création. «Lorsque je l’ai fondée en 1995-1996, il n’existait pas de chaire en sciences humaines et sociales dans les universités québécoises, raconte Charles-Philippe David. Il s’agissait véritablement d’une innovation pour l’époque et je salue le flair et l’audace de l’UQAM d’avoir cru en ce projet. Une chaire autofinancée en sciences humaines et sociales, c’était aux antipodes de la culture et de la structure de la recherche. Le chemin parcouru depuis est prodigieux.»
La multiplication des chaires en sciences humaines et sociales a donné raison au fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand, qui a fait des émules, y compris dans son propre créneau.
«C’est vrai qu’il y a eu plusieurs “compétiteurs” depuis, mais l’originale est dure à battre.»
Charles-Philippe David
Fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et titulaire de 1996 à 2016
Le premier grand colloque de la Chaire, en avril 1996, portait sur les Casques blancs et l’intervention civile internationale. «Malgré son nom, je ne souhaitais pas que cette chaire en études stratégiques et diplomatiques soit perçue comme une chaire sur la guerre, dit son fondateur. Je voulais que l’on fasse notre marque sur les questions de paix.»
Assez rapidement, l’équipe de la Chaire a perçu que les actualités américaines du début des années 2000 (l’élection contestée de George W. Bush, les attentats du 11 septembre 2001) justifiaient la création d’un Observatoire sur les États-Unis, né en 2002. «Quand on sait que cet Observatoire est devenu une référence incontournable lors de chaque rendez-vous électoral aux États-Unis, c’est fou de penser qu’il y a 30 ans, on pouvait compter les spécialistes des États-Unis sur les doigts d’une main, rappelle Charles-Philippe David. Il n’y avait pas d’étudiants, pas de doctorants, pas de chercheurs spécialisés sur la question comme c’est le cas aujourd’hui!»
Les professeurs qui analysaient les enjeux de l’actualité internationale dans les médias n’étaient pas nombreux non plus. «C’est une autre contribution novatrice qui a émané de la chaire: la vulgarisation de la connaissance auprès du grand public via des chercheuses et des chercheurs reconnus, sérieux, qui savent de quoi ils parlent et qui ont une capacité de communication hors du commun», note Charles-Philippe David.
À l’Observatoire sur les États-Unis se sont ajoutés, sous la direction de son fondateur, l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires (créé en 2005, il a été renommé le Centre FrancoPaix en 2016), puis l’Observatoire de géopolitique (2006) et l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (2011).
Analyser, former, diffuser
Frédérick Gagnon, qui a pris le relais comme titulaire en 2016, salue l’innovation dont son prédécesseur a fait preuve. «Il faut aussi souligner l’importance de la continuité dans les missions de la Chaire, qui ont toujours consisté à analyser les enjeux géopolitiques, à former des chercheuses et chercheurs, et à diffuser ses expertises», dit-il.
Le titulaire actuel se rappelle ses premiers contacts avec la Chaire à l’automne 2001. «Je suis arrivé à un moment où on souhaitait former de jeunes chercheuses et chercheurs et j’ai eu la chance d’expérimenter la collégialité qui fait partie de l’ADN de la chaire. Très tôt, comme étudiant, on constate que l’on peut être assis à la table et participer aux décisions avec des professeurs qui ont 10, 15 ou 20 ans d’expérience et qui souhaitent entendre nos idées. C’était vraiment stimulant de pouvoir contribuer intellectuellement aux différents projets de recherche et c’est encore le cas aujourd’hui pour la relève.»
Au fil des ans, les financements additionnels des partenaires privés et gouvernementaux ont permis d’agrandir l’équipe, qui compte désormais une vingtaine de chercheuses et chercheurs permanents et plus d’une centaine de chercheuses et chercheurs associés issus de différents pays et de diverses disciplines.
S’adapter sur le fond et sur la forme
La flexibilité dont a su faire preuve la chaire se manifeste tant sur le fond que sur la forme, estime Frédérick Gagnon. «Tous nos observatoires ont su s’ajuster en accordant de l’importance à de nouvelles thématiques. La question migratoire, portée notamment par les travaux d’Élisabeth Vallet, qui dirige l’Observatoire de géopolitique, est un bon exemple. À l’Observatoire sur les États-Unis, que je dirige avec Karine Prémont et Christophe Cloutier-Roy, nous nous sommes adaptés à la manière dont les campagnes politiques américaines sont menées. Et nous avons créé un Observatoire sur les conflits multidimensionnels, que je dirige avec Simon Hogue, pour faire état des nouveaux enjeux touchant la cybersécurité, la désinformation et les nouvelles conflictualités, comme les guerres commerciales.»
Sur la forme, les manières de rejoindre les différents publics ont évolué au fil des ans. «Nos spécialistes donnent des entrevues à la télé et à la radio, mais le public plus jeune est davantage sur les médias sociaux. Nous avons donc dû créer de nouveaux outils de communication pour les rejoindre sur les différentes plateformes, incluant en mode baladodiffusion», observe Frédérick Gagnon.
En interaction constante avec la société
Les membres de la Chaire Raoul-Dandurand sont également sollicités pour des conférences grand public, entre autres dans les cégeps, et ils sont invités sur toutes sortes de tribunes (ateliers et formations, notamment auprès des décideurs et des gestionnaires) pour dialoguer avec les gens intéressés par la politique internationale et les grands enjeux de l’heure.
«Ce qui m’a séduit à la Chaire, c’est cette volonté de sortir de l’Université pour établir des liens avec des publics diversifiés au sein de la société québécoise.»
Frédérick Gagnon
Titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques
Le titulaire actuel précise qu’il adore interagir avec ses collègues et avec les étudiantes et les étudiants, mais qu’il a aussi besoin d’être en contact avec les autres publics que sont les gestionnaires, les gens d’affaires et les médias. «Cela enrichit mon travail comme universitaire», observe-t-il.
Place à la relève
Frédérick Gagnon et Charles-Philippe David se réjouissent de constater que la relève a le goût de s’impliquer dans les projets de la Chaire Raoul-Dandurand, notamment à la direction scientifique des différents observatoires. «Pour qu’un projet soit pérenne, il faut qu’il y ait une succession et c’est le cas, note Frédérick Gagnon. Je me sens bien épaulé pour la suite des choses.»
«Une Chaire est toujours associée à son titulaire, mais ce qui est original avec la Chaire Raoul-Dandurand, c’est la greffe de plusieurs observatoires et leaders autour du titulaire, un fait assez unique dans la francophonie», souligne Charles-Philippe David.
Dans ce monde de plus en plus incertain, l’éclairage apporté par les expertes et les experts de la Chaire est inestimable, conviennent les deux professeurs. «Nous allons continuer le travail en mettant l’accent sur les impacts des événements géopolitiques sur le Québec et le Canada, insiste Frédérick Gagnon. C’est important pour nos différents publics, qui constatent que la politique internationale les affecte quotidiennement, comme on l’a vu en agriculture avec le conflit en Ukraine et comme on le voit présentement avec le prix de l’essence en raison du conflit en Iran.»
Cette préoccupation pour inclure un regard tourné vers le Québec et le Canada est l’une des contributions majeures de Frédérick Gagnon à la Chaire, indique Charles-Philippe David, à qui revient le mot de la fin. «En observant le chemin parcouru et la relève qui poursuit le travail, je dis tout simplement: mission accomplie.»