Depuis les années 1970, la région de Rouyn-Noranda a fait l’objet de nombreuses études en lien avec les contaminants rejetés par la fonderie Horne, l’une des principales productrices mondiales de cuivre et de métaux précieux. Mais, à ce jour, la majorité des études sur la santé de la population se sont principalement intéressées à quantifier le niveau d’exposition aux contaminants.
Une équipe de recherche menée par le professeur du Département de psychologie Dave Saint-Amour a reçu près de 500 000 dollars du Fonds de recherche du Québec (FRQ) pour le projet intitulé «Stress et anxiété: quand la pollution industrielle s’en mêle. Étude longitudinale de la santé mentale à Rouyn-Noranda et implantation d’une intervention par l’art-thérapie sociale». Les autres membres de l’équipe sont la professeure du Département de psychologie Marie-France Marin ainsi que les professeurs Hugo Asselin et Lise Pelletier de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.
Le financement a été octroyé dans le cadre du Programme de recherche sur l’évaluation des contaminants et des incidences sur la santé et l’environnement (PRÉCISE), piloté par le FRQ en partenariat avec le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE), et en collaboration avec l’Observatoire national sur les incidences des émissions de contaminants sur la santé et l’environnement (ONICSE).
Une exposition chronique
La population de Rouyn-Noranda est exposée de façon chronique à une pollution industrielle liée aux activités de la fonderie Horne. Les émissions de métaux dans l’air, notamment l’arsenic, sont associées à un risque accru de problèmes de santé physique, tels que le cancer et les maladies cardiovasculaires. Par ailleurs, ces contaminants peuvent également affecter le fonctionnement cérébral et la régulation du stress.
«À ces effets s’ajoutent des facteurs psychosociaux, notamment le manque de cohérence et de concertation dans les communications publiques, qui peuvent engendrer des inquiétudes, un sentiment d’impuissance, une perte de confiance envers les institutions et un effritement du tissu social, souligne Dave Saint-Amour. Ensemble, ces facteurs contribuent à l’augmentation du stress chronique, lequel compromet à la fois la santé psychologique et physique.»
D’une durée de trois ans, le projet vise à caractériser les liens entre la pollution industrielle associée à la fonderie Horne et la santé mentale des citoyennes et citoyens de Rouyn-Noranda, en portant une attention particulière au stress et à l’anxiété. L’équipe de recherche examinera les déterminants directs, soit les concentrations de polluants dans l’air ambiant, tout en considérant les déterminants indirects, tels que les contextes familial, social et médiatique.
Un échantillon de 400 participantes et participants, composé de personnes adultes et adolescentes, sera suivi régulièrement sur une période d’un an. À l’aide de questionnaires et d’outils numériques, des mesures répétées du stress chronique seront réalisées à domicile. Ces évaluations incluront des indicateurs psychologiques et des marqueurs biologiques, tels que le cortisol capillaire et l’activité cardiaque.
En complément de ce volet d’évaluation, le projet intègrera une composante d’intervention communautaire fondée sur l’art-thérapie sociale. «Cette approche vise à valoriser l’expression artistique comme langage commun, afin de refléter la diversité des expériences vécues et de favoriser un processus de rétablissement social, note le professeur. Cet espace de dialogue contribuera à renforcer la résilience collective et le bien-être tant individuel que communautaire.»
L’étude produira des données inédites sur les effets de la pollution industrielle sur la santé psychologique et biologique, tout en tenant compte du rôle des communications publiques dans un contexte de crise environnementale. «Les résultats permettront de mieux comprendre les mécanismes du stress chronique lié à la pollution et de formuler des recommandations pour améliorer les stratégies de communication et promouvoir le vivre-ensemble, estime Dave Saint-Amour. À terme, le projet vise à soutenir les autorités de santé publique et à orienter la mise en place d’un système intégré de surveillance santé-environnement.»