En décembre dernier, le professeur du Département de sociologie Éric Pineault a eu la surprise de voir une étude qu’il a publiée avec son collègue Henri Chevalier, de l’Université de Waterloo, retenue dans la section Research Digest de la revue britannique The Lancet Planetary Health. Parue dans Ecological Economics, l’étude intitulée «Fixed capital and growth imperatives: Is commercial aviation trapped in a treadmill?» s’intéresse aux impératifs de croissance de l’aviation commerciale alors que celle-ci subit des pressions croissantes pour se décarboner.
Appartenant au célèbre groupe britannique The Lancet, The Lancet Planetary Health est une publication dédiée aux interactions entre les changements environnementaux, le développement durable, la santé et la justice sociale. Sa section Research Digest présente tous les mois des résumés d’études parues dans différentes revues scientifiques. À côté de sujets liés à l’intelligence artificielle, aux conflits entre les humains et la faune en contexte de changement climatique et à l’exploitation minière en eaux profondes, l’article d’Éric Pineault et de son collègue est recensé sous le titre «Growth imperatives».
Basée sur la théorie du verrouillage du capital, leur étude montre que les entreprises du secteur de l’aviation sont incitées à moderniser et étendre en permanence leurs actifs fixes: avions, aéroports, dépôts de carburant et pistes. Cette dynamique entraîne une hausse des coûts et exige des niveaux de production toujours plus élevés pour maintenir la rentabilité.
À l’aide de méthodes à la fois analytiques et empiriques, Henri Chevalier (premier auteur) et Éric Pineault démontrent que la croissance de la consommation du transport aérien devient ainsi un impératif existentiel. Dans ce contexte, les mesures visant à réduire la demande ou à trouver des alternatives durables aux énergies fossiles demeurent insuffisantes pour décarboner le secteur. Comme des dynamiques similaires sont à l’œuvre dans d’autres secteurs énergivores – du transport maritime à la production de ciment –, leur recherche met en lumière une tension systémique entre l’accumulation du capital et la stabilisation du climat, qui dépasse largement le cadre d’une seule industrie.
C’est la première fois qu’une étude d’Éric Pineault est retenue dans The Lancet Planetary Health. Comme les autres revues du groupe, la publication bénéficie d’un rayonnement mondial important, se classant au quatrième rang sur 419 revues de santé publique, environnementale et du travail, et au sixième rang sur 374 revues de sciences de l’environnement.