Parmi les sept projets sélectionnés dans le cadre de la seconde édition de l’Action concertée – Programme de recherche sur l’itinérance du Fonds de recherche du Québec – Société et culture, deux proviennent de l’UQAM. La professeure de l’École de travail social Mélissa Roy et le professeur du Département de sexologie Philippe-Benoit Côté recevront ainsi des fonds totalisant 596 059 $ sur trois ans.
Trajectoires de réaffiliation des personnes en situation d’itinérance à l’ère des changements climatiques: analyse comparative des expériences et pratiques dans les continuums de services (Côte-Nord, Estrie, Lanaudière, Laurentides, Montérégie)
Chercheuse: Mélissa Roy
Montant: 299 827 $
Les enjeux climatiques (températures extrêmes, fluctuations météorologiques, pollution de l’air, précipitations abondantes) exacerbent les difficultés vécues par les personnes en situation d’itinérance et suscitent de nouveaux besoins. Ces réalités forcent les organisations à adapter leurs services, souvent de manière ponctuelle, informelle et peu coordonnée. Ces mécanismes d’adaptation écosociale, leurs effets, leurs limites et leur potentiel de transformation demeurent peu étudiés.
Cette recherche, menée avec le Réseau SOLIDARITÉ itinérance Québec et six organismes dans cinq régions québécoises (Lanaudière, Laurentides, Montérégie, Côte-Nord, Estrie) veut comprendre comment les nouvelles réalités climatiques influencent les trajectoires de réaffiliation des personnes en situation d’itinérance qui circulent dans le continuum de services. Trois objectifs guident l’étude: documenter les effets des changements climatiques sur la réaffiliation des personnes en situation d’itinérance; analyser le degré et l’efficacité des stratégies d’adaptation au sein du continuum de services; et identifier les obstacles et les possibilités pour une réaffiliation adaptée aux nouvelles réalités climatiques.
La recherche s’appuiera sur une perspective interactionniste du continuum de services, celui-ci étant compris comme l’amalgame de «mondes sociaux» et comme un espace sociopolitique où se rencontrent et se redéfinissent des contraintes et des marges de manœuvre, à différents niveaux d’actions professionnelles (mandats, compétences,
pratiques); institutionnelles (règles, gestion du risque, ressources); intersectorielles (coordination, continuité des services); politiques (responsabilités, cadres d’action, planification); et subjectives (créativité, résilience, stratégies individuelles, tant chez les praticiens que chez les personnes bénéficiaires des services).
Cette perspective permettra d’identifier les points de tension et les leviers d’une meilleure articulation entre différents niveaux gouvernementaux et communautaires. La méthodologie reposera sur l’étude comparative du continuum de services dans les cinq régions, en analysant, du point de vue des personnes en situation d’itinérance et des intervenants, les expériences dans quatre paliers de service: le travail de rue et de proximité dans les campements; l’accueil dans les haltes climatiques; l’intervention sociale dans les refuges; et le soutien social dans les logements de transition et sociaux.
La démarche combinera dans chaque palier des observations participantes pendant trois saisons ainsi que des entretiens semi-dirigés avec des personnes intervenantes et en situation d’itinérance qui reçoivent des services. Ces données seront analysées selon cinq axes thématiques: les effets des enjeux environnementaux sur les trajectoires; l’adaptation écosociale des services; les obstacles à l’adaptation; la perception du partage des responsabilités; et les possibilités d’innovation. Ensuite, un questionnaire distribué à 300 personnes intervenantes et gestionnaires généralisera les constats en mesurant les effets des changements climatiques observés, les adaptations instaurées, les collaborations interinstitutionnelles, l’efficacité perçue de l’action gouvernementale et les besoins d’ajustement structurel. En éclairant les mécanismes locaux d’ajustement des pratiques et les zones de fragilité du continuum de services, ce projet soutiendra l’élaboration et la mise en œuvre de politiques, de plans et d’initiatives favorisant une réponse à l’itinérance plus adaptée, concertée et résiliente au regard des nouvelles réalités climatiques.
Co-construction d’outils pour favoriser l’inclusion et l’affirmation des personnes LGBTQIA2S+ au sein des ressources d’hébergement: une recherche-action
Chercheur: Philippe-Benoit Côté
Montant: 296 232 $
Les enquêtes nord-américaines révèlent une surreprésentation des personnes LGBTQIA2S+ dans le contexte de l’itinérance. Cette surreprésentation alimente des réflexions sur les bonnes pratiques à adopter afin d’inclure ces personnes au sein des ressources d’hébergement. En effet, les personnes de la diversité sexuelle et de genre y rencontrent plusieurs défis, ce qui participe à leur invisibilisation et à leur exclusion sociale.
Ancré dans une perspective de défense des droits, ce projet de recherche-action veut contribuer à favoriser la mise en place de pratiques inclusives et affirmatives au sein des ressources d’hébergement afin d’assurer la sécurité et l’intégration des personnes LGBTQIA2S+ en situation d’itinérance dans ces milieux de vie. À partir d’une démarche de recherche-action, le projet s’articule autour de trois objectifs: développer de façon concertée une formation sur les pratiques inclusives et affirmatives au sein des ressources d’hébergement dans différentes régions au Québec; évaluer de façon négociée la démarche de co-construction et les effets perçus de la formation sur les pratiques inclusives et affirmatives; identifier des pistes de solutions pour soutenir plus largement l’inclusion des personnes LGBTQIA2S+ au sein des ressources d’hébergement.
En s’appuyant sur la théorie de la reconnaissance, ce projet de recherche-action propose de concevoir les ressources d’hébergement comme des institutions où il est possible d’agir pour contrer le déni de reconnaissance et de recadrer les codes et valeurs institutionnalisés afin de favoriser l’égalité et l’inclusion des personnes LGBTQIA2S+ en situation d’itinérance. La méthodologie s’articule en quatre phases itératives: la création d’une structure participative; la co-construction de la formation et des outils connexes; l’animation et le suivi de la formation; et une démarche d’évaluation négociée avec les différents partenaires.
Dans l’optique de tenir compte des enjeux territoriaux, l’équipe de recherche s’organisera en différents chantiers régionaux afin de co-construire les outils en partenariat avec différentes ressources d’hébergement: Montréal, Laurentides et Capitale-Nationale. En s’appuyant sur le croisement de l’expertise des membres de l’équipe de recherche, le projet permettra de créer des collaborations entre les milieux en itinérance et les milieux LGBTQIA2S+, un besoin formulé dans différents travaux de recherche. La démarche de ce projet permettra d’améliorer les interventions au sein des ressources d’hébergement en formant les personnes intervenantes et les gestionnaires aux pratiques inclusives et affirmatives. Ultimement, par la création d’outils pragmatiques dans les régions ciblées, le matériel développé pour la formation pourra être diffusé plus largement dans d’autres ressources d’hébergementet, ainsi, bonifier les pratiques d’autres services en itinérance au Québec.