Durant les premiers mois suivant la naissance d’un enfant, plusieurs parents se sentent seuls, démunis et sans ressources pour prendre en charge l’ensemble des soins à apporter au nouveau-né. Une recherche dirigée par la professeure du Département d’éducation et formation spécialisées Julie Poissant (Ph.D. psychologie communautaire, 2002) vise à analyser les besoins des mères et des pères durant la période de transition à la parentalité, soit entre le congé hospitalier après l’accouchement et le premier anniversaire de l’enfant.
Intitulé «Naître parents: besoins des mères et des pères durant la transition à la parentalité et pratiques prometteuses pour y répondre», le projet de recherche a bénéficié d’une aide financière de plus de 300 000 $ du Fonds de recherche du Québec (secteur santé) dans le cadre du programme Périnatalité et petite enfance: la recherche en appui à l’optimisation des transitions et de l’organisation des soins et services de santé, soutenu par le ministère de la Santé et des Services sociaux
Parmi les quatre récipiendaires de l’aide financière, Julie Poissant est la seule à être rattachée à une faculté en sciences de l’éducation, les autres relevant de facultés de médecine dans différentes universités québécoises. «Cela montre que les chercheuses et chercheurs œuvrant dans le domaine de la santé peuvent provenir de différentes disciplines, comme c’est le cas à l’UQAM», note la professeure.
Les champs d’expertise de Julie Poissant concernent l’éducation familiale et la santé développementale des enfants, physique et mentale, depuis la conception jusqu’à l’âge de cinq ans. «Si on veut que les enfants aient un bon départ dans la vie et connaissent du succès dans leur parcours scolaire, on doit se préoccuper de ces dimensions», souligne-t- elle.
Documenter les besoins des familles
Après la naissance d’un enfant, tous les établissements de santé du Québec offrent un programme universel de suivi (appel téléphonique et visite à domicile), mais celui-ci est de très courte durée – les premières 72 heures seulement – et de moins en moins accessible en raison de la pénurie de ressources. Des lignes directrices encadrent également les soins postnataux à déployer dans les six premières semaines pour assurer la santé du nouveau-né, de la mère, et plus largement de la famille.
Selon la professeure, le soutien aux familles devrait s’étendre au-delà des six premières semaines, alors que plusieurs parents continuent de se sentir épuisés et isolés et que d’autres rencontrent des problèmes de dépression. «De plus, différentes barrières – coûts, listes d’attente, distance géographique – limitent l’accès aux soins et services actuellement offerts. Enfin, un soutien prolongé contribuerait à renforcer la prévention en matière de maltraitance des enfants en bas âge.»
Pour répondre aux besoins des familles, il faut tenir compte de leurs caractéristiques socio-économiques, poursuit Julie Poissant. «Les besoins peuvent varier selon les revenus des parents, selon qu’ils vivent à Montréal ou en région, selon leur âge, si le nouveau-né est leur premier, deuxième ou troisième enfant, ou s’ils sont des nouveaux arrivants peu informés des ressources existantes.»
Les besoins des parents de même que leur perception de l’adéquation des soins et services offerts pour y répondre demeurent peu documentés. «Les deux premiers objectifs de la recherche consistent à identifier ces besoins, lesquels évoluent durant la première année de vie de l’enfant, et à documenter les préférences des parents en matière de services», indique la chercheuse.
Pour des services de proximité
La recherche a aussi pour objectif de recenser et de caractériser les pratiques intersectorielles de proximité, tant au Québec qu’au Canada et à l’international, susceptibles de répondre aux besoins des familles.
Comme le souligne le ministère de la Santé et des Services sociaux dans son Plan d’action en périnatalité et petite enfance 2023-2028 (PAPPE), des services de proximité sont offerts par des CLSC, le milieu communautaire et des municipalités dans différentes régions. «Il s’agit de les faire connaître et de les analyser, dit Julie Poissant. Cela alimentera la recherche de pistes concrètes pour améliorer les soins et services destinés aux parents.»
Des outils de connaissance
La recherche développera divers outils, dont un questionnaire électronique destiné à quelque 1 500 parents, afin de comprendre leurs expériences de vie et leurs besoins. Les questionnaires pourront être complétés à cinq reprises durant la transition à la parentalité. «Nous voulons bâtir un échantillon diversifié qui prendra en compte différentes variables, telles que l’âge, le sexe, le revenu, la provenance géographique», illustre la professeure.
En plus d’une recension des pratiques innovantes en matière de services postnataux offerts ici comme ailleurs, des rencontres virtuelles seront organisées dans 22 régions du Québec avec une centaine de personnes intervenantes provenant du milieu communautaire et de celui de la santé et des services sociaux. «L‘objectif est de connaître comment elles perçoivent les besoins des familles et quels services elles leur offrent.»
Les retombées potentielles de la recherche incluent une meilleure adaptation des services aux besoins des parents, l’optimisation de l’accessibilité et de la qualité des services, et le développement de pratiques intersectorielles novatrices pouvant inspirer d’autres provinces et même d’autres pays. «Une offre de services optimale en périnatalité est d’autant plus importante que l’on s’attend à une croissance des naissances au Québec au cours des prochaines années, observe Julie Poissant. Cela pourrait avoir un impact sur la planification des services et sur les besoins en matière de ressources humaines.»
La professeure estime que le projet contribuera non seulement à améliorer l’expérience parentale, mais aussi à renforcer le rôle du Québec comme référence dans le domaine des soins postnataux.
L’équipe de recherche est composée, notamment, des professeures Josée Charette, du Département d’éducation et formation spécialisées, Annie Bérubé, de l’Université du Québec en Outaouais, et Karine Gagné, de l’Université de Montréal. Des citoyennes et citoyens, un médecin, une infirmière ainsi que des membres d’organismes communautaires et du ministère de la Santé et des Services sociaux comptent parmi les collaborateurs.