Voir plus
Voir moins

Démonter les rouages des frontières

Deux doctorantes en histoire de l’art sont co-commissaires d’une exposition sur les restrictions à la mobilité des personnes.

13 avril 2026 à 13 h 57

Les doctorantes en histoire de l’art Hend Ben Salah et Valeria Téllez Niemeyer ainsi que l’anthropologue et cinéaste Myriam Amri sont les co-commissaires de l’exposition Une frontière est faite de papiers, présentée à la SBC Galerie d’art contemporain, à Montréal. L’exposition met en lumière les documents – passeports, visas, permis de séjour, preuves et justificatifs – qui définissent et contrôlent la mobilité des personnes dans différents espaces géographiques. Elle dévoile les systèmes administratifs régissant les déplacements à travers les œuvres de quatre artistes, eux-mêmes pris dans les rouages bureaucratiques des frontières.

Avant de se tourner vers l’histoire de l’art, la doctorante Hend Ben Salah a suivi une formation en arts visuels à l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis ainsi qu’en psychologie à l’Université Paris 8. Elle a collaboré avec des institutions telles que le Festival du film de Carthage (JCC), le Festival international du film ethnographique de Québec (FIFEQ) et le Théâtre national de Tunisie.

Diplômée en design industriel (Universidad Diego Portales, Chili) et en médiation culturelle (Université Paris 8), Valeria Téllez Niemeyer travaille à la croisée de la recherche et de la création. Elle développe des projets interdisciplinaires combinant pratiques culturelles et enjeux sociopolitiques actuels, notamment à travers le collectif PHaE, qu’elle a cofondé en 2023 avec Hend Ben Salah.


Subvertir les logiques frontalières

Dans l’exposition, la traversée physique de la frontière est abordée par l’artiste gazaoui Taysir Batniji, dont le diaporama silencieux Transit témoigne de l’expérience des civils palestiniens tentant de franchir le poste-frontière de Rafah. Le défilé d’images photographiques, rythmé par des cadres noirs suivant la cadence du projecteur, traduit l’incertitude et l’attente sans fin qui structurent leur quotidien.

La vidéo FDTD de l’artiste péruvienne Daniela Ortiz se focalise sur les vagues d’expulsions forcées par les escouades ICE aux États-Unis depuis 2003. L’artiste soumet son propre corps à la violence des frontières en s’injectant les sédatifs administrés aux personnes expulsées.

Avec l’installation multimédia Looking for a Husband with EU Passport (2000–2005), l’artiste d’origine serbe Tanja Ostojić retrace les années qu’elle a passées à tenter d’obtenir un permis de séjour dans l’Union européenne. De manière provocatrice, elle y révèle sa stratégie de promotion sur internet, son mariage légal avec un citoyen allemand et son éventuel divorce.

Dans Droit de passage (2026), une installation-performance, Eliza Olkinitskaya interpelle directement le public en créant une frontière physique pour accéder à l’espace d’exposition. Cette barrière, qui reprend les rituels institutionnalisés des frontières, est régie selon des règles aléatoires et capricieuses imposées par un agent imaginaire qu’elle incarne elle-même.

L’exposition se poursuit jusqu’au 23 mai prochain. La SBC Galerie d’art contemporain est située au 372, rue Ste-Catherine Ouest, espace 507.