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Décès de l’écrivaine et ancienne professeure Madeleine Gagnon

Membre fondatrice du Département d’études littéraires, la poète et essayiste laisse derrière elle une œuvre foisonnante.

Par Claude Gauvreau

5 mai 2026 à 8 h 11

La poète et essayiste Madeleine Gagnon est décédée la semaine dernière à l’âge de 87 ans. Autrice d’une quarantaine d’ouvrages et de plus de 150 articles publiés dans différentes revues – LibertéLa Barre du jour, La Nouvelle Barre du jourPossiblesEstuaire –, elle était considérée comme l’une des figures majeures de la littérature québécoise contemporaine. Membre de la première cohorte de professeures et professeurs lors de la création de l’UQAM, en 1969, l’écrivaine a cofondé le Département d’études littéraires, où elle a enseigné durant 12 ans avant de se consacrer entièrement à l’écriture.

«Madeleine Gagnon a joué un rôle crucial dans les premières années du Département d’études littéraires, rappelle son directeur, Michel Lacroix. Elle a participé, avec d’autres, à un vaste processus de réflexion qui a jeté les bases intellectuelles et défini les grandes orientations tant du Département que du baccalauréat en études littéraires, lesquelles demeurent les nôtres aujourd’hui.»

«Elle croyait au savoir de la fiction et tenait à faire tomber la frontière entre recherche et création, souligne le professeur du Département d’études littéraires Louis-Daniel Godin, un spécialiste de son œuvre. À l’UQAM, elle a contribué à légitimer l’enseignement de la création littéraire et a enseigné la littérature des femmes et la littérature québécoise avant l’heure.»

De 1982 à 1996, Madeleine Gagnon est professeure invitée, chargée de cours et écrivaine en résidence à l’UQAM, à l’Université de Montréal, à l’Université de Sherbrooke et à l’Université du Québec à Rimouski. De nombreux écrivains québécois reconnus ont bénéficié de son enseignement, notamment François Charron, Rachel Leclerc, Madeleine Monette, Gaétan Soucy, Élise Turcotte (M.A. études littéraires) et Louise Warren.


Une intellectuelle engagée

Titulaire d’une maîtrise en philosophie de l’Université de Montréal et d’un doctorat en lettres de l’Université d’Aix-en-Provence, obtenu en 1968, Madeleine Gagnon était l’une des écrivaines québécoises les plus engagées. Féminisme, marxisme et psychanalyse sont trois mots clés autour desquels son œuvre s’est élaborée.

Elle publie son premier recueil de nouvelles, Les morts-vivants (HMH), en 1969. Poèmes, essais, romans, récits, théâtre, textes radiophoniques et littérature jeunesse ont suivi. Ses écrits, étudiés dans les milieux universitaires, ont été cités dans des anthologies canadiennes, américaines, françaises et italiennes.

L’importance de l’œuvre de Madeleine Gagnon est indéniable, affirme Louis-Daniel Godin. «On dit souvent qu’elle a publié le premier recueil de poésie explicitement féministe au Québec, Pour les femmes et tous les autres, en 1974. Elle s’intéressait à différentes oppressions subies par les femmes, qu’elles soient sociales ou inconscientes. La littérature lui a permis de construire un savoir au croisement de considérations psychiques et politiques, comme on en a peu vu au Québec. Elle a ainsi publié un essai, Les femmes et la guerre (2000), et un roman, Je m’appelle Bosnia (2005), après avoir rencontré des femmes au sein de pays déchirés par des conflits armés.»

L’écrivaine s’est aussi fait connaître pour son engagement, dans les années 1970, au sein du syndicat des professeures et professeurs (SPUQ) de l’UQAM, sa collaboration à la création de la revue d’orientation marxiste Chroniques (1975), aux côtés, notamment, du regretté professeur du Département de science politique Jean-Marc Piotte, sa correspondance poétique avec Denise Boucher (Retailles, 1977) et sa participation, avec les écrivaines françaises Hélène Cixous et Annie Leclerc, au collectif La venue à l’écriture, en 1977.

Membre de l’Ordre du Canada et officière de l’Ordre national du Québec, Madeleine Gagnon a obtenu, en 1991, le Prix du Gouverneur général du Canada, catégorie poésie, pour son recueil Chant pour un Québec lointain (VLB). Puis, en 2002, au moment où paraît la première anthologie de ses poèmes, Le chant de la terre (éditions TYPO), elle reçoit le prix du Québec Athanase-David, la plus haute distinction attribuée par le gouvernement du Québec à une personne pour sa contribution remarquable à la littérature québécoise.


Redécouvrir sa pensée

Ces dernières années, différentes initiatives ont favorisé la redécouverte de la pensée de l’écrivaine. En 2023, un numéro de la revue Voix et Images, codirigé par Louis-Daniel Godin et auquel ont collaboré ses collègues Denise Brassard, Louise Dupré et Laurence Pelletier, a été consacré à l’œuvre de Madeleine Gagnon. Il y a eu aussi, en 2025, la réédition de son recueil d’essais Toute écriture est amour (Presses de l’Université de Montréal).

«Il faut lire son émouvante autobiographie, Depuis toujours (2013), pour prendre la mesure de la trajectoire unique et fulgurante de cette femme savante et inspirante», conclut Louis-Daniel Godin.