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Comment s’aime-t-on aujourd’hui?

Un colloque international explorera les transformations et la diversité des relations intimes contemporaines.

Par Claude Gauvreau

23 octobre 2026 à 17 h 09

La Chaire de recherche pour l’étude des relations intimes, conjugales et amoureuses (ERICA), dirigée par la professeure du Département de sociologie Chiara Piazzesi, organise le colloque international «Penser les intimités: idéaux, pratiques et représentations», qui aura lieu à l’UQAM du 28 au 30 octobre prochains. Le colloque plongera au cœur des relations intimes et amoureuses, et des questions liées à la sexualité et aux représentations culturelles qui nourrissent nos imaginaires.

Le premier objectif du colloque est de contribuer à l’institutionnalisation de l’étude des relations intimes dans une perspective tant sociologique qu’interdisciplinaire, explique Chiara Piazzesi. «Il s’agit de consolider un champ de recherches relativement jeune, mais suscitant beaucoup d’intérêt dans la population générale, auprès des médias ainsi que des jeunes chercheuses et chercheurs.» Le colloque vise également à réunir des spécialistes de différents pays pour offrir un éventail des recherches menées sur l’évolution des rapports intimes dans différents contextes. Le troisième objectif est de donner une visibilité aux résultats du projet «Cartographier les idéaux amoureux et intimes au Canada» (MACLIC) mené depuis cinq ans par la Chaire ERICA. Ce projet a permis de sonder des milliers de personnes de 18 ans et plus sur leurs idées, valeurs et attentes au sujet des relations intimes.

Le colloque propose une vingtaine de conférences regroupées en cinq blocs thématiques. Les transformations de la sphère intime constituent le fil conducteur traversant l’ensemble des conférences. «Il sera question, notamment, de la diversification des relations intimes, de l’évolution des normes encadrant la sexualité, de la pratique du consentement, des transformations des rapports de genre et de l’impact sur les imaginaires des représentations de l’intimité dans les productions médiatiques et audiovisuelles», indique la professeure.


Recul du mariage chez les jeunes

Parmi les conférencières et conférenciers invités, Maude Pugliese, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), fera un exposé sur le recul du mariage chez les jeunes de 20 à 30 ans au Canada. Elle examinera et nuancera la portée de la thèse répandue selon laquelle la précarité économique croissante pousserait les jeunes vers des formes d’union moins engageantes, comme l’union de fait. Selon elle, la précarité contribue plutôt à expliquer la montée du célibat et de la cohabitation avec les parents chez les moins de 30 ans.

«Le célibat est devenu une option viable pour ces jeunes, non seulement pour des raisons économiques et matérielles, mais aussi parce d’autres parcours de vie – s’engager dans une carrière, se réaliser sur le plan personnel – s’avèrent tout aussi légitimes que le couple, notamment pour les femmes», observe Chiara Piazzesi. Chose certaine, le fait d’être en couple et de fonder une famille dans la vingtaine ne représente plus un objectif immédiat, comme ce fut le cas pour les générations précédentes.


Conjugalités et sexualités plurielles

Le chargé de cours du Département de sexologie Félix Dusseau (Ph.D. sociologie) montrera que si l’exclusivité amoureuse et sexuelle demeure une norme structurante des relations affectives, des formes alternatives au modèle monogame ont gagné en visibilité ces dernières décennies. Il soulignera également les tiraillements des individus entre différentes formes de fidélité.

«On observe que les relations s’inscrivant dans la durée comportent des moments où les besoins et désirs des partenaires ne sont pas satisfaits par le projet à deux, amenant ceux-ci à chercher d’autres personnes susceptibles de les combler, note Chiara Piazzesi. Pour Félix Mathieu, l’exclusivité et la non-exclusivité dans le couple forment une sorte de spectre sur lequel les positions des partenaires bougent, se rapprochant plus ou moins des deux pôles sans que ces derniers ne soient perçus comme étant opposés.»


L’idéal de l’acceptation

Chiara Piazzesi présentera une conférence portant sur l’idéal de l’acceptation, un concept central qui, avec l’affaiblissement des relations traditionnelles et l’affirmation des différences individuelles depuis le début du 21e siècle, structure de plus en plus les normes intimes et amoureuses contemporaines.

Combinant les modèles romantiques et plus modernes du couple, cet idéal repose sur la compréhension et le respect de l’autre, précise la professeure. «Il comporte aussi une réciprocité en offrant à l’autre la même acceptation que l’on demande pour soi. En résumé, la question importante dans les relations intimes devient qu’est-ce que je peux, je dois et je veux accepter? Il y a donc un jeu de négociation pouvant mener, par exemple, à une séparation, mais aussi à une relation non exclusive.»

Dans la transition vers l’idéal de l’acceptation, Chiara Piazzesi constate les influences générées par la culture thérapeutique, la popularisation du langage psychologique et l’insistance mise sur la communication. «Il s’agit de laisser tomber le jugement, le blâme ou les accusations, pour privilégier une attitude d’accueil, plus ouverte et plus aimante. L’une des conclusions des recherches réalisées dans le cadre du programme MACLIC est que l’idéal de l’acceptation constitue un principe organisateur des imaginaires, des croyances et des critères de prise de décision dans les rapports intimes.»


Représentation des sexualités féminines adolescentes

À partir d’une analyse de la populaire série télévisée Euphoria, Lamia Djemaoui, doctorante et chargée de cours en sociologie ainsi que coordonnatrice de la Chaire ERICA, examinera les représentations des sexualités féminines adolescentes à l’ère de MeToo. Elle abordera l’adolescence comme période d’apprentissage genré propice à la remise en question de mécanismes patriarcaux et de l’objectification des corps des adolescentes, en plus de proposer une réflexion sur les imaginaires intimes des adolescentes et adolescents pris entre quête d’euphorie, recherche de contrôle et injonctions esthétiques contemporaines.

Lamia Djemaoui mène sa recherche doctorale sur les représentations des sexualités féminines dans les séries télévisées, notamment sur le thème de l’injonction à la honte comme outil de contrôle des corps des femmes. «Elle s’intéresse, entre autres, à l’impact du mouvement MeToo, à la question du consentement et au glissement de la frontière de ce qui est acceptable dans les rapports sexuels», dit la professeure.

Le colloque réunira des chercheuses et chercheurs issus d’universités au Québec, en France, en Italie, au Danemark et au Japon. Il se déroulera en présentiel et sur Zoom. Les inscriptions en ligne sont gratuites et obligatoires.

Outre Chiara Piazzesi, les responsables de l’organisation du colloque sont le professeur du Département de sexologie Martin Blais, membre de la Chaire ERICA et titulaire de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres, ainsi que Lamia Djemaoui.

Pour consulter le programme complet de l’événement, on clique ici.