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Apprendre à rédiger un article scientifique

Un cours du doctorat en administration est consacré aux différentes étapes menant à une publication.

Par Pierre-Etienne Caza

1 septembre 2026 à 13 h 25

Le parcours des doctorantes et doctorants est jalonné d’apprentissages pour en faire des chercheuses et chercheurs aguerris, capables de cerner une problématique donnée, formuler des questions de recherche, déterminer un cadre théorique, recueillir des données, les analyser et présenter leurs résultats. Ceux et celles qui deviennent chargées de cours en parallèle peuvent acquérir de l’expérience en enseignement. «L’angle mort de la formation est souvent l’écriture elle-même, notamment la rédaction d’articles scientifiques. Or, le fonctionnement des revues savantes est une boîte noire inconnue des étudiantes et étudiants», observe la professeure du Département de marketing Amélie Guèvremont.

Malgré de nombreuses critiques et remises en question de l’impératif académique Publish or perish (publier ou périr) depuis quelques années, la réalité universitaire est tenace. «Pour obtenir un poste de prof et le conserver, il faut publier dans des revues scientifiques», souligne la professeure, qui donnait au trimestre d’été le cours Les écrits académiques: de la lecture à la publication.

Créé en 2021 par sa collègue du Département d’organisation et ressources humaines Valérie Michaud, ce cours optionnel offert au doctorat en administration permet d’apprivoiser l’écriture académique, de comprendre ses mécanismes et ses codes, en vue de parvenir à la publication d’un article scientifique dans une revue révisée par les pairs.

«Tout au long du trimestre, les étudiantes et les étudiants travaillent à la rédaction d’un article qu’ils doivent être prêts à soumettre à la fin du processus», précise Amélie Guèvremont, qui donne le cours depuis 2024.

Comment s’inscrire dans une conversation scientifique? Comment choisir la revue dans laquelle on souhaite être publié? Comment soumettre un article? Comment fonctionne le processus de révision? Voilà quelques-unes des questions abordées par la professeure dans son cours. «À ma connaissance, l’École des sciences de la gestion est la seule université à offrir ce cours parmi les partenaires du doctorat en administration». Ce doctorat est, en effet, le fruit d’une collaboration entre l’ESG UQAM, HEC Montréal, l’Université Concordia et l’Université McGill.

Définir son écriture

«Ce cours devrait être obligatoire, soutient la doctorante et chargée de cours Gaëlle Ollagnon-Chopard, qui faisait partie de la cohorte estivale 2026. On arrive avec un projet, on le fait évoluer, on le confronte aux exigences de la publication, on écrit, on coupe, on déplace, on réécrit. Il y a quelque chose de presque artisanal dans cette démarche: on apprend l’écriture en écrivant et en comprenant progressivement pourquoi un texte fonctionne ou ne fonctionne pas.»

La doctorante a appris à accepter que l’écriture académique est un processus de renoncement autant que de construction. «Il faut parfois couper des choses auxquelles on tient, reformuler, déplacer, recommencer. Mais j’y ai aussi appris que respecter les codes académiques ne signifie pas nécessairement sacrifier sa propre voix. Trouver cet équilibre entre rigueur scientifique et voix personnelle est probablement l’un des apprentissages les plus précieux que je retiendrai de ce séminaire», ajoute-t-elle.

La doctorante Roxanne Poulin (M.Sc. Sciences de la gestion), qui a suivi le cours d’Amélie Guèvremont à l’été 2024, abonde dans ce sens. «La possibilité de donner ma couleur narrative à un article scientifique, tenter de trouver ma voix et de définir ma manière d’écrire comme autrice m’a beaucoup plu dans ce cours», se souvient-elle. Et les résultats ont été au rendez-vous, puisqu’elle a publié l’article produit dans le Journal of Social Work à l’automne 2025.

Apprendre à lire autrement

Gaëlle Ollagnon-Chopard affirme que le cours a non seulement changé sa manière d’écrire, mais aussi sa manière de lire. «Je ne lis plus les articles scientifiques de la même façon et je gagne ainsi beaucoup de temps, explique-t-elle. J’ai appris à prioriser ce que je lis et à analyser comment l’auteur construit son argumentation, étaye sa contribution scientifique et fait avancer son texte.»

Se préparer au processus de révision

Dans son cours, Amélie Guèvremont aborde également le processus de révision qui se met en branle lorsqu’une chercheuse ou un chercheur reçoit une notice portant la mention «revise and resubmit» (réviser et soumettre de nouveau), l’invitant à améliorer son texte en fonction des commentaires des pairs qui l’ont lu. «Les premières fois, ça peut être difficile émotionnellement. Certains commentaires sont durs ou même parfois carrément incompréhensibles. Je dis aux étudiantes et aux étudiants de s’y préparer. C’est un processus exigeant, qui pousse parfois à la remise en question, mais ce n’est pas un refus. C’est plutôt une occasion d’améliorer leur article.»

Comme il n’y a rien de mieux que des exemples, la professeure fournit au groupe quelques-uns de ses propres articles, avec toutes les révisions et les différentes versions qui ont jalonné leur publication. «Lorsque l’on reçoit des commentaires, il faut savoir quoi en faire, leur explique-t-elle. Il y a des stratégies pour répondre aux évaluateurs et transformer son article de manière efficace. Il ne s’agit pas de tout accepter à tout prix. Il faut faire des compromis et demeurer ferme sur ce que l’on juge essentiel.»

L’un des exercices à la fin de son cours permet de mettre tout cela en pratique, puisque chacune, chacun doit évaluer et réviser l’article d’une ou d’un collègue.

«Je leur apprends à critiquer un article, à prioriser leurs commentaires, à formuler des recommandations constructives et bienveillantes, avec des solutions», souligne la professeure.

«J’ai trouvé cela difficile d’évaluer les écrits de quelqu’un d’autre, parce qu’on se demande si on a la légitimité pour le faire quand on n’est pas tout à fait dans le même domaine, se rappelle Roxanne Poulin. Je m’étais concentrée sur des éléments qui avaient du sens pour moi et mon collègue m’a dit que je lui avais apporté des idées et un angle auxquels il n’avait pas pensé.»

«C’est difficile comme exercice, estime également Gaëlle Ollagnon-Chopard. Il faut arriver à porter un regard critique sans se placer dans une posture de jugement. Ce cours m’a appris que commenter un texte, ce n’est pas formuler ce que j’aurais écrit à la place de l’autre, mais plutôt essayer de comprendre ce qu’elle ou il cherche à faire, et l’aider à améliorer son texte.»

Le processus est formateur pour soi, ajoute la doctorante. «En cherchant les forces, les failles et les zones moins claires dans le texte de quelqu’un d’autre, on développe forcément un regard plus aiguisé sur sa propre écriture.»

Améliorer sa manière d’écrire est un bon investissement, puisqu’après la rédaction de leur thèse et l’écriture d’un ou de plusieurs articles scientifiques, les futurs diplômées et diplômés du doctorat en administration devront aussi rédiger des communications pour des colloques ainsi que des demandes de subvention. «L’écriture n’est pas une compétence périphérique du métier de chercheur, elle en est une composante centrale», conclut Gaëlle Ollagnon-Chopard.