Comme dans plusieurs pays occidentaux, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus augmentera significativement au cours de la prochaine décennie au Canada. Le vieillissement global de la population se traduira également par un plus grand nombre de personnes atteintes de maladies affectant leur qualité de vie. En 2030, par exemple, le nombre de cas de trouble neurocognitif majeur chez les personnes aînées augmentera de 65 % par rapport à 2020, rapporte la Société Alzheimer du Canada. «Les personnes aînées vivant avec ce diagnostic risquent l’érosion de leurs liens familiaux et de leur participation communautaire, observe Maude Lévesque. C’est un enjeu social qui mérite des solutions.»
La professeure de l’École de travail social a obtenu au cours des derniers mois une subvention du CRSH pour un projet de développement partenarial avec Intergénérations Québec, un organisme à but non lucratif qui favorise le rapprochement entre les générations. «Les initiatives intergénérationnelles apparaissent comme étant la solution par excellence pour assurer l’inclusion des personnes aînées atteintes d’un trouble neurocognitif majeur», souligne la spécialiste en gérontologie sociale.
Un fossé au CHSLD
L’idée de ce sujet de recherche découle de sa thèse, qui portait sur l’expérience en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). «J’ai constaté le fossé qui existe entre l’expérience des personnes résidentes cognitivement aptes et celles atteintes d’un trouble neurocognitif majeur, révèle Maude Lévesque. Ces dernières sont exclues à la fois sur les plans pratique et symbolique, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas considérées pour le comité des résidents ou dans les activités.»
Les personnes aînées atteintes d’un trouble neurocognitif majeur, ce sont surtout des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, précise Maude Lévesque, mais on retrouve aussi des cas de maladie de Parkinson, de maladie à corps de Lewy, de Creutzfeldt-Jakob et d’autres troubles d’origine vasculaire. «Le dénominateur commun, c’est une dégénérescence graduelle et des atteintes cognitives affectant à divers degrés la mémoire, la parole et les activités motrices», explique-t-elle.
Une rencontre entre les jeunes et leurs aînés
L’objectif des initiatives intergénérationnelles est l’enrichissement entre les générations dans la réciprocité des rapports, note Maude Lévesque. «On peut penser, par exemple, à une activité de type bibliothèque vivante au cours de laquelle les personnes âgées transmettent leurs expériences de vie à des plus jeunes, illustre-t-elle. On tente ensuite de trouver des terrains communs pour alimenter la discussion.»
L’art est également une avenue à considérer lorsqu’il est question d’activités intergénérationnelles. La confection de banderoles, de bannières, de murales ou simplement de dessins permet de nouer un contact entre les générations.
Souvent, ce type d’activités est réalisé avec des groupes scolaires ou communautaires du quartier. «C’est plus facile de mobiliser les enfants et les adolescents à travers les écoles ou les Maisons de jeunes, mais ce n’est pas impossible pour autant de réaliser des activités intergénérationnelles avec de jeunes adultes, notamment avec les personnes œuvrant dans la communauté artistique. La littérature sur le sujet offre des exemples comme du théâtre intergénérationnel ou la création de musique, de vidéos, de films ou de reportages.»
Dans certains centres de soins de longue durée américains, on encourage la venue de jeunes parents avec leurs enfants pour discuter avec des personnes aînées. «On leur offre gratuitement les couches et la formule pour bébé au besoin. Ce type d’activités aide les parents précarisés tout en permettant aux personnes aînées de socialiser.»
Des entretiens avec des spécialistes
Pour mieux comprendre ce qui fonctionne bien en matière d’initiatives intergénérationnelles, Maude Lévesque et le candidat à la maîtrise Félix Lafleur, qui agit comme coordonnateur du projet, mèneront des entretiens avec des récréologues et des intervenantes et intervenants sociaux en CHSLD du CIUSSS Centre-Sud. «Le CIUSSS Centre-Sud est un leader à Montréal, et même au Québec, souligne la professeure. Ses spécialistes organisent des ateliers intergénérationnels depuis des années, ils ont à cœur le plan d’action québécois “La fierté de vieillir” (2024) pour favoriser le dialogue avec les personnes aînées. C’est pour cela qu’on a cogné à leur porte dans le cadre de cette recherche.»
L’objectif de ces entretiens est de cerner les facilitateurs et les obstacles dans la mise en œuvre d’activités intergénérationnelles.
Une trousse d’outils standardisés
Le partenaire du projet, Intergénérations Québec, possède également une grande communauté de pratique sur les initiatives intergénérationnelles. «L’objectif est de coconstruire une trousse d’outils standardisés accessibles pour toutes les personnes voulant mettre en place des activités intergénérationnelles inclusives pour les personnes aînées atteintes d’un trouble neurocognitif majeur, car cela n’existe pas à l’heure actuelle. Les activités sont organisées ponctuellement et les savoirs – ce qui a bien fonctionné ou pas, par exemple – ne sont pas nécessairement évalués, consignés et transmis.»
Maude Lévesque et Félix Lafleur espèrent aussi pouvoir tester la trousse dans le cadre d’une ou deux activités sur le terrain.
Johanne Filiatrault (Université de Montréal) et Samuel Turcotte (Université Laval) sont co-chercheuse et co-chercheur sur le projet, tandis que Patricia Belchior, professeure à McGill et directrice du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, est collaboratrice. Valence Rondeau, agente de formation et de liaison, agit à titre de représentante pour Intergénérations Québec.