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Comment comprendre l’acceptabilité sociale des grands projets?

Corinne Gendron et Charles Duprez collaborent à un mémoire sur la question.

Par Jean-François Ducharme

14 septembre 2026 à 13 h 11

Mis à jour le 15 septembre 2026 à 16 h 55

Pourquoi certains grands projets – qu’ils soient politiques, technologiques ou d’infrastructures – suscitent des controverses au sein de la population, alors que d’autres sont bien acceptés? Quels sont les facteurs qui conditionnent l’adhésion ou le rejet de projets stratégiques? Un rapport de l’Académie des technologies – un établissement rattaché au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de France qui vise à éclairer débat public sur les enjeux technologiques –, auquel ont collaboré la professeure du Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale Corinne Gendron et le doctorant en administration Charles Duprez, tente de répondre à ces questions. Pierre-Benoit Joly, de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, et Joëlle Toledano, professeure émérite de l’Université Paris-Dauphine-PSL, ont aussi participé à la rédaction du rapport.

L’équipe de recherche a analysé 11 cas représentant une diversité de projets, de l’enfouissement des déchets nucléaires à l’introduction de nouvelles technologies en agriculture en passant par le déploiement de la 5G. «Nous souhaitions comprendre s’il y avait des traits communs dans les éléments controversés liés à chacun de ces projets», précise Charles Duprez. Le rapport a identifié plusieurs éléments pour comprendre les réactions sociales, comme le rôle des acteurs, la temporalité, la mobilisation de l’expertise, les processus participatifs et les enjeux économiques.

Dans la plupart des cas controversés, un large fossé sépare les promoteurs des projets de leurs opposants. «Les promoteurs vont souvent arguer que l’opposition est irrationnelle, qu’elle est contre la science et le progrès, et que cette opposition vient d’un problème de compréhension ou de communication, affirme le doctorant. Or, dans presque tous les cas étudiés, les opposants comprennent parfaitement les enjeux. Ils s’y opposent soit parce qu’un processus participatif n’est pas respecté, soit parce que les valeurs du projet sont antinomiques aux leurs.»

Cet écart se manifeste aussi dans les processus de consultation, qui deviennent souvent des dialogues de sourds. «Dans ces processus, les promoteurs vont mobiliser des expertises sur les aspects techniques du projet, alors que les opposants argumenteront sur les questions de valeurs et de visions sociales, souligne Charles Duprez. Cela crée souvent une crise de confiance entre les deux parties.»

Certains projets parviennent à être réalisés lorsqu’une solution alternative est proposée. «Prenons l’exemple du projet d’aéroport du Grand Ouest à Notre-Dame-Des-Landes, au nord-ouest de la France, qui a suscité d’énormes controverses durant plus de 50 ans, illustre le chercheur. Une commission de médiation a fait valoir une alternative au projet de construction, qui consistait à moderniser l’aéroport de Nantes-Atlantique. Toutes les parties se sont entendues sur ce projet, qui était d’ailleurs moins coûteux et plus intelligent d’un point de vue environnemental que la proposition initiale.»

Pour favoriser l’acceptabilité sociale des projets d’envergure, le rapport appelle à adopter une gestion plus transparente et inclusive des projets en impliquant davantage les autorités et les acteurs concernés, à répondre aux préoccupations des citoyens, à développer une expertise indépendante et interdisciplinaire capable de fournir un diagnostic partagé des enjeux et à prévoir des dispositifs de compensation pour les acteurs lésés par les transformations engendrées par les projets.