Isabelle Cloutier côtoie les étudiantes et les étudiants des baccalauréats en chimie, en biochimie et en enseignement secondaire, concentration science et technologie depuis près de 35 ans. «Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est de les voir évoluer pendant leurs études et recevoir leur diplôme en bout de piste», confie la technicienne de laboratoire du Département de chimie.
Le travail d’Isabelle Cloutier consiste à préparer le matériel pour les laboratoires: produits chimiques, verrerie scientifique et autres appareils, comme le chromatographe à gaz (qui permet de séparer des molécules d’un mélange gazeux) ou le spectromètre infrarouge à transformée de Fourier (pour obtenir le spectre d’absorption ou d’émission infrarouge de solides, de liquides ou de gaz). «Je dois m’assurer que tous les appareils fonctionnent, que le matériel est en bon état et qu’il ne manque rien pour réaliser les expériences ce jour-là», précise-t-elle.
Les laboratoires commencent à 9 h le matin et se terminent à 16 h. «Dans la classe, il y a la professeure ou le professeur, qui donne les directives et répond aux questions des étudiantes et étudiants, deux démonstrateurs – des étudiantes ou des étudiants à la maîtrise ou au doctorat – et moi-même. Mon rôle est de veiller à la partie technique afin que tout se déroule sans anicroche.»
Parfois, il s’agit de créer et d’assembler des molécules pour reproduire un produit de la vie courante, comme de l’anti-moustique, d’autres fois d’analyser la composition exacte d’un produit, comme des huiles essentielles. «En 35 ans, la façon de faire et d’apprendre la chimie a très peu changé, mais les technologies oui, observe Isabelle Cloutier. Avant on devait calibrer les instruments manuellement, alors qu’aujourd’hui tout est automatisé. Il suffit d’indiquer au logiciel ce qu’on souhaite et d’appuyer sur un bouton.»
De la rue Saint-Alexandre au Complexe des sciences
À son arrivée à l’UQAM, en mai 1991, Isabelle Cloutier travaillait au pavillon des Sciences, rue Saint-Alexandre. «C’était un vieil édifice et les laboratoires, situés au milieu du bâtiment, n’avaient pas de fenêtre, se rappelle-t-elle. Disons que le contraste a été saisissant lorsque nous avons déménagé dans le pavillon de Chimie et de Biochimie à la fin des années 1990, un bâtiment moderne baigné par la lumière naturelle», raconte-t-elle.
Désireuse de relever de nouveaux défis, Isabelle Cloutier s’est impliquée au SEUQAM pendant une dizaine d’années, de 2007 à 2017, à titre de directrice du groupe technique. «Ce qui m’a amenée au syndicat, c’est le dossier de la santé et de la sécurité au travail, mais je me suis intéressée à plusieurs autres aspects de la vie syndicale, notamment les relations de travail et la négociation d’une convention collective.»
De retour dans les laboratoires, elle n’a pas eu trop de rattrapage à faire sur le plan technique, mais sur le plan humain, oui! «Pendant mon passage au syndicat, il y a eu un changement de garde parmi le corps professoral du Département de chimie. Je devais faire connaissance avec plusieurs nouveaux visages», se rappelle-t-elle.
Chaque professeure, chaque professeur a ses exigences, poursuit Isabelle Cloutier. «Certaines personnes préfèrent que les produits soient placés à tel endroit dans tel ordre. C’est mon travail de me rappeler leurs préférences pour faciliter le leur.»
D’une cohorte à l’autre
Les cohortes en chimie et en biochimie comptent environ une vingtaine d’étudiantes et étudiants chaque année. La technicienne de laboratoire se fait un devoir d’appendre les noms de tous ceux et celles qu’elle côtoie de la première à la troisième année. «Certaines personnes ont un parcours académique remarquable et il arrive que je les recroise quelques années plus tard. Elles sont représentantes pour des entreprises pharmaceutiques, des entreprises à caractère scientifique ou enseignantes au cégep», note-t-elle.
Isabelle Cloutier prend également soin des démonstrateurs qui travaillent avec elle dans le laboratoire. «Souvent, ce sont des personnes immigrantes qui n’ont pas de famille au Québec. Je leur donne de petits cadeaux à Noël et j’assiste à leur soutenance de thèse lorsque je peux. L’été dernier, une mère qui n’avait jamais pris l’avion s’est déplacée à Montréal pour assister à la soutenance de son fils. Lorsque je lui ai dit qu’il était l’un des plus brillants étudiants que j’avais croisés en quelque 30 ans de carrière, elle m’a prise dans ses bras. C’était vraiment émouvant!»
La sécurité avant tout!
Le plus grand défi de la carrière d’Isabelle Cloutier aura été d’assurer la sécurité dans son laboratoire. «On ne travaille pas avec de l’eau, mais avec des produits chimiques qui peuvent être inflammables, oxydants, poisons ou corrosifs. Le risque d’accident existe et mon rôle est aussi de m’assurer que toutes les consignes de santé-sécurité soient respectées», observe-t-elle.
Même si elle avait quitté le SEUQAM depuis quelques années, Isabelle Cloutier a accepté de reprendre du service lors de la dernière négociation de convention collective, pour un remplacement de dernière minute. «Je suis fière d’avoir fait partie du comité de négociation qui a mené à la signature de la convention SEUQAM 2024-2031», ajoute-t-elle.
Ironie du sort, alors que la retraite se profile à l’horizon, le quotidien de cette résidente de Saint-Eustache, adepte des transports collectifs, vient de se transformer. «Depuis quelques semaines, je prends le REM et c’est merveilleux!», dit-elle.
Au travail, Isabelle Cloutier est désormais entourée de collègues plus jeunes. «Je les encourage à profiter de mes connaissances s’ils le souhaitent, dit-elle. J’ai tellement eu de plaisir à travailler à l’UQAM et au Département de chimie. Nous sommes une petite famille. Et je souhaite à tous mes collègues de vivre la même chose.»
La laborantine ne craint pas de s’ennuyer à la retraite. «Depuis plusieurs années, je fais du tricot, de la couture et de la broderie et j’ai développé des contacts avec une communauté qui partage ces passions, dit-elle. Et si jamais je trouve le temps trop long, je pourrai aller compter des pilules dans une pharmacie près de chez moi!»