La professeure Kim Lavoie (psychologie) et les professeurs Nicolas Pilon (sciences biologiques), David Lafortune (sexologie) et Gilles Gouspillou (sciences de l’activité physique) ont reçu des subventions des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). La professeure Kim Lavoie bénéficie d’une somme de 3 M$ octroyée par le Centre pour la recherche sur la préparation en cas de pandémie et d’urgence sanitaire des IRSC. L’annonce en a été faite par la ministre de la Santé, Marjorie Michel, le 23 septembre. Les trois autres professeurs ont obtenu des subventions totalisant plus de 1,5 M$ à la suite du concours du printemps 2025 des IRSC. Ces recherches s’inscrivent dans le cadre des efforts de l’UQAM pour contribuer aux avancées de la société dans une approche globale de la santé.
Optimiser la préparation aux pandémies
Le financement obtenu par Kim Lavoie vise à prolonger l’étude iCare actuellement financée par les IRSC. Intitulé Optimiser la préparation aux pandémies et aux situations d’urgence grâce à une meilleure coordination et à une meilleure utilisation des données et des outils issus des sciences du comportement: Extension de la plateforme iCARE, le projet a pour objectif de continuer à surveiller les attitudes, les intentions et les comportements de la population en matière de prévention de la COVID-19, en vue de la réintroduction éventuelle de mesures préventives si cela s’avère nécessaire.
Même si les Canadiens et les populations du monde entier en ont «assez» de la COVID-19, l’Organisation mondiale de la santé, le Centre américain de contrôle des maladies et Santé Canada prévoient tous que de nouveaux variants préoccupants sont très susceptibles d’apparaître, et que certains pourraient être plus contagieux et/ou plus graves que les variants précédents.
Il est donc très probable que des mesures préventives comportementales, notamment des doses supplémentaires de vaccin, le port du masque et la distanciation physique, devront être réintroduites. En fait, de nombreux gouvernement, dont celui du Canada, se préparent déjà à gérer la prochaine vague de la pandémie.
Le projet permettra d’évaluer les facteurs qui inciteraient les gens à adopter à nouveau ces comportements, en tenant compte de la manière dont la pandémie et les mesures de prévention ont eu un impact négatif sur les gens (par exemple, sur le plan psychologique, social, interpersonnel, financier et médical), en général et parmi les groupes vulnérables (par exemple, les minorités raciales et ethniques, les femmes, les personnes souffrant de troubles mentaux ou physiques).
Une thérapie médicamenteuse pour la maladie de Hirschsprung et d’autres infections gastro-intestinales
Le projet de Nicolas Pilon, «Développement préclinique et pharmacovigilance de NEU-001: un médicament potentiellement universel pour plusieurs affections gastro-intestinales», est financé à hauteur de 1 101 600 $.
Nicolas Pilon s’intéresse depuis plusieurs années à la maladie de Hirschsprung (HSCR), une malformation congénitale mortelle caractérisée par l’absence du système nerveux entérique (SNE) dans le côlon. Le SNE contrôlant la motilité gastro-intestinale, le segment dépourvu de SNE reste contracté, ce qui entraîne une obstruction par les matières fécales. Sans traitement, les enfants atteints de HSCR courent un risque élevé de développer des infections systémiques mortelles dues aux bactéries intestinales qui traversent la paroi du côlon. Le traitement actuel de la HSCR consiste en une ablation chirurgicale douloureuse du segment du côlon dépourvu de SNE, suivie d’une reconnexion du côlon innervé à l’anus. Malheureusement, de nombreux enfants souffrent de complications postopératoires potentiellement mortelles, qui entraînent souvent une réadmission à l’hôpital et une intervention chirurgicale supplémentaire.
En collaboration avec la firme Neurenati Therapeutics, l’équipe de Nicolas Pilon développe un nouveau composé thérapeutique pour le HSCR, appelé NEU-001. Des études menées sur des souris montrent que le NEU-001 cible les précurseurs neuronaux dans le segment malade et induit leur différenciation en neurones, régénérant ainsi le SNE et restaurant la fonction intestinale. L’objectif est de mettre cette thérapie à la disposition des enfants atteints de HSCR.
Afin d’attirer des investisseurs potentiels et d’atteindre cet objectif, le projet vise à évaluer la valeur thérapeutique du NEU-001 pour d’autres maladies gastro-intestinales (maladie inflammatoire de l’intestin et maladie de Parkinson intestinale) pour ainsi augmenter la taille du marché du NEU-001. On veut aussi lancer les études de toxicité nécessaires pour soutenir les essais cliniques du NEU-001 chez l’humain.
Des brevets ont été déposés pour protéger l’administration du NEU-001 dans le traitement du HSCR. D’autres brevets seront déposés dès que l’efficacité du NEU-001 pour d’autres indications aura été démontrée.
La thérapie d’exposition en réalité virtuelle pour le trouble de l’aversion sexuelle est-elle efficace?
David Lafortune a obtenu un financement de 325 124 $ pour son projet, «Évaluation de l’efficacité de la thérapie d’exposition en réalité virtuelle pour le trouble de l’aversion sexuelle: un essai contrôlé randomisé multisite».
Cet essai contrôlé randomisé (ECR) évalue une intervention de thérapie d’exposition en réalité virtuelle (TERV) en une seule séance pour le trouble de l’aversion sexuelle (TAS). L’objectif est d’améliorer la santé sexuelle et de réduire les obstacles au traitement.
Le TAS est une condition chronique qui touche environ 1 adulte sur 10. Il se caractérise par la peur, le dégoût et l’évitement des contextes sexuels. Ce trouble est associé à une diminution de la satisfaction relationnelle et présente fréquemment des comorbidités avec des troubles de santé mentale et sexuels. La thérapie sexuelle basée sur l’exposition à des situations réelles demeure le traitement le plus efficace: elle repose sur une exposition graduelle et répétée à des situations sexuelles suscitant peur et dégoût. Toutefois, en pratique clinique, il est difficile pour les thérapeutes de mettre en œuvre cette approche. Les interactions sexuelles réelles ne peuvent être recréées en séance pour des raisons éthiques, et les exercices à domicile avec un ou une partenaire sont difficiles à superviser. La TERV permet aux patientes et patients d’être immergés dans des scénarios numériques qui simulent des expériences de la vie réelle et qui offrent un contexte sécuritaire pour confronter et traiter les situations sexuelles redoutées. L’équipe a déjà mené une étude pilote qui a mis en évidence le potentiel d’efficacité et d’acceptabilité de cette approche.
L’objectif principal de cet essai est d’évaluer les effets d’une TERV en une seule séance sur les symptômes du TAS — peur, dégoût, évitement sexuels. Ses objectifs secondaires visent à examiner l’impact de la TERV sur la détresse sexuelle, le confort face aux comportements sexuels ainsi que les différences éventuelles liées au sexe et au genre dans les résultats du traitement.
L’intervention comprendra une exposition guidée à 15 scénarios sexuels virtuels de plus en plus explicites. La peur et le dégoût seront mesurés à l’aide d’outils standardisés afin de suivre leur réduction. Le groupes soumis à la TERV et le groupe contrôle compléteront des questionnaires portant sur les symptômes du TAS, la détresse sexuelle et le confort dans les comportements sexuels à quatre reprises: avant le traitement et lors de suivis après une semaine, trois mois et six mois.
Si elle s’avère efficace, la TERV en une seule séance constituera un traitement novateur et efficient pour le TAS. Son implantation clinique pourra être soutenue grâce à des activités de mobilisation des connaissances diversifiées, des partenariats cliniques et un accès libre aux outils et protocoles.
Contrer les effets délétères de l’alitement chez les personnes âgées
Le projet de Gilles Gouspillou, «Évaluer le potentiel thérapeutique de l’urolithine A pour contrer les effets délétères de l’alitement chez les personnes âgées», a obtenu une subvention de 100 000 $.
Lors du vieillissement, la masse musculaire, la force, la condition physique et la capacité à réguler la glycémie diminuent progressivement, ce qui entraîne souvent des problèmes de mobilité, un risque accru de chutes et une fragilité générale. Ces changements peuvent considérablement réduire la qualité de vie des personnes âgées. L’hospitalisation due à une maladie, une blessure ou une chirurgie nécessite souvent un alitement, ce qui peut aggraver l’état de santé des personnes âgées en accélérant la perte musculaire et en réduisant la forme physique et la santé métabolique. Malheureusement, les stratégies efficaces pour contrer les effets néfastes de l’alitement sont actuellement limitées.
Une cause majeure des troubles musculaires et métaboliques liés au vieillissement et à l’inactivité est l’accumulation de dysfonctionnements dans les mitochondries, ces petites «centrales énergétiques» à l’intérieur de nos cellules. L’urolithine A, un composé naturel produit par les bactéries intestinales à partir de certains aliments, a montré un potentiel prometteur pour soutenir la santé musculaire et mitochondriale.
L’étude vise à tester si l’urolithine A peut atténuer les effets néfastes de l’alitement sur la force musculaire, la masse musculaire, la condition physique, le contrôle de la glycémie et la santé mitochondriale chez les personnes âgées. Les résultats pourraient appuyer l’utilisation de l’urolithine A comme moyen efficace de protection contre les impacts négatifs de l’inactivité physique chez ces patients.