L’ambiance est électrique au studio d’essai Claude-Gauvreau en ce 12 décembre. La cinquantaine de personnes réunies dans le studio réagissent fortement aux présentations scéniques: ils applaudissent le vainqueur d’un combat de boxe, tapent des mains au son de la musique des Trois accords, rigolent lorsque les comédiens portent la moustache et s’émeuvent lorsqu’ils se rassemblent autour d’un énorme foulard bleu. Pour les interprètes, qui foulent les planches pour la première fois, ce baptême de scène est une réussite.
La particularité du spectacle Tissé serré est que les interprètes n’étudient pas en théâtre. Ce sont plutôt des élèves de 12 à 18 ans des classes d’accueil de l’école secondaire Georges-Vanier, dans l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. «Ces élèves ne parlaient pas français il y a quelques mois, voire quelques semaines!», mentionne Elisabeth Senay, chargée de cours à l’École supérieure de théâtre.
Cette dernière donne depuis quatre ans le cours Production théâtrale en milieu scolaire, dans lequel les étudiantes et étudiants de la concentration enseignement du baccalauréat en art dramatique développent un projet de production théâtrale avec des élèves immigrants. «L’activité développe à la fois l’éducation artistique et la littératie auprès des apprenantes et apprenants du français», souligne Elisabeth Senay.
Construire la pièce avec les élèves
Tous les mardis, de septembre à décembre, 17 étudiantes et étudiants de l’UQAM ont donné des ateliers de théâtre dans les classes d’accueil de l’école Georges-Vanier. «Nous avons écrit la pièce avec les élèves, en partant de leurs intérêts, explique Zoé Lebrun, étudiante de quatrième année en enseignement de l’art dramatique. Nos ateliers durant la session étaient orientés sur le jeu. Nous voulions que les élèves vivent une expérience positive du théâtre en français.»
Pour l’étudiante, la barrière de la langue n’a pas été un enjeu. «Nous trouvions toujours une façon de se faire comprendre, que ce soit en parlant plus lentement, par des gestes ou en disant quelques mots dans leur langue, souligne Zoé Lebrun. Nous avons observé une nette amélioration en français entre le début et la fin de la session.»
Le projet final, Tissé serré, regroupe trois courtes propositions d’une dizaine de minutes chacune. Ce qui demeure met en scène deux grands-parents qui tentent de se débarrasser de mauvais souvenirs qui refont surface de manière étrange. Dans Vraiment beau, qui rend hommage à la chanson éponyme des Trois accords, des individus mystérieux posent des moustaches sur tout le monde. Et le fil conducteur d’Inestimable est un foulard bleu qui voyage dans différents univers. «Les trois propositions sont tantôt drôles, tantôt absurdes, tantôt réflexives, analyse Elisabeth Senay. Elles reflètent bien le travail de nos étudiantes et étudiants, des élèves et des enseignantes et enseignants de Georges-Vanier.»
Une deuxième représentation de Tissé serré se tiendra le jeudi 18 décembre, à 14 h, au Studio d’essai Claude-Gauvreau. L’événement est gratuit.