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Les effets pervers des correcteurs automatiques

Les élèves révisent moins bien à l’écran que sur papier, révèle une étude.

Par Jean-François Ducharme

10 novembre 2025 à 15 h 28

Alors que les correcteurs automatiques intégrés dans les logiciels de traitement de texte rendent l’aide à la révision plus accessible que jamais, la qualité du français écrit dans les écoles québécoises est en baisse. Le taux de réussite à l’épreuve ministérielle d’écriture de cinquième secondaire était de 70,7 % en 2024, une diminution de quatre points de pourcentage par rapport à l’année précédente. Comment expliquer ce paradoxe? Une piste de réponse pourrait se trouver dans les stratégies de révision grammaticale utilisées par les élèves.

Une étude sur ces stratégies a été réalisée auprès de 308 élèves du premier et du deuxième cycle du secondaire dans des classes plurilingues d’établissements privés. L’étude, qui comprenait un volet quantitatif et un volet qualitatif, a obtenu une subvention de 74 000 dollars du CRSH. «Dans le volet qualitatif, les élèves devaient rédiger et réviser une courte production écrite sur deux supports différents, soit sur papier et à l’écran, mentionne Rosianne Arseneau, professeure associée au Département de didactique des langues et chercheuse principale de l’étude. Même s’ils ont mentionné que la révision à l’écran était plus motivante, rapide et facile, ils avaient plus de difficulté à détecter les erreurs à l’écran que sur papier.»

La chercheuse a observé d’importantes différences dans les stratégies de révision employées sur chacun des supports. «Sur papier, les élèves utilisaient des flèches, des encadrements, des annotations ou des crochets pour réviser l’orthographe grammaticale, la syntaxe et la ponctuation, explique Rosianne Arseneau. À l’écran, presque toutes ces stratégies disparaissaient! Les élèves ne faisaient que cliquer sur les mots qui étaient indiqués erronés par le correcteur automatique, ce qui donnait une révision plus superficielle. Et paradoxalement, les élèves vont s’attarder davantage à l’écran sur des mots ou des passages qui ne contiennent pas d’erreurs grammaticales.»

Afin de diminuer ces écarts, certains enseignants demandent à leurs élèves d’imprimer les textes rédigés à l’ordinateur afin qu’ils puissent effectuer la révision sur papier. «De cette façon, les élèves sont plus à même de voir leurs erreurs, qu’ils peuvent ensuite retourner corriger à l’écran», note la professeure associée.

En plus de Rosianne Arseneau, les professeurs Marie-Hélène Giguère (éducation et formation spécialisées) et Catherine Maynard (didactique des langues), les étudiants en éducation Yannick Skelling-Desmeules, Marion Deslandes Martineau et Élizabeth Ricard, des professeures de l’Université de Sherbrooke et de la TÉLUQ, ainsi que des conseillères pédagogiques de la Fédération des établissements d’enseignement privés ont aussi collaboré à l’étude.

Prioriser les stratégies métalinguistiques

Dans le volet quantitatif de l’étude, l’équipe de recherche a découvert que les élèves se servaient fréquemment de stratégies de révision métalinguistiques (qui s’appuient sur des notions et outils de grammaire) en orthographe grammaticale. Par contre, les stratégies épilinguistiques – qui font appel au jugement et à l’intuition – étaient davantage utilisées pour réviser la syntaxe et la ponctuation. «Un exemple d’une stratégie épilinguistique est de mettre une virgule quand on prend une pause pour respirer, ou encore quand on trouve que la phrase n’est pas belle ou qu’elle ne s’écrit pas comme ça», illustre Rosianne Arseneau.

Sans surprise, les stratégies métalinguistiques ont engendré un taux d’efficacité supérieur aux stratégies épilinguistiques. «Cela démontre qu’il est important d’enseigner de façon explicite les règles grammaticales, les classes et les groupes de mots, les fonctions et les manipulations syntaxiques afin d’améliorer la performance en révision grammaticale», affirme la chercheuse.

La professeure associée est aussi experte technopédagogique chez Alloprof, un organisme qui offre des ressources visant à favoriser la réussite scolaire des élèves. Elle milite pour démocratiser l’utilisation d’outils numériques qui aident à détecter et à corriger les erreurs. «Il importe de développer des outils numériques qui font travailler les élèves dans un contexte réel, qui mélangent tous les types d’erreurs sans les cloisonner, dit-elle. Avec le numérique qui joue positivement sur la motivation, l’impact sur la compétence à écrire des élèves pourrait s’accroître.»