En novembre dernier, le gouvernement ontarien a adopté une loi exigeant le démantèlement des pistes cyclables sur trois axes routiers majeurs de Toronto. Son prétexte? Ces pistes augmenteraient la congestion routière. La loi est temporairement suspendue par une injonction de la cour, mais le gouvernement de Doug Ford n’entend pas baisser les bras. Le premier ministre veut faire annuler l’injonction et a même annoncé son intention de retirer deux autres pistes cyclables au centre-ville.
«Déplacer les pistes des artères principales vers des rues secondaires est une erreur, affirme l’urbaniste Gavin MacGregor (M.Sc. études urbaines, 2024), agent de recherche au Département d’études urbaines et touristiques. Plusieurs études à travers le monde démontrent que les pistes sur les artères principales sont nettement plus fréquentées, et que les cyclistes sont même prêts à faire un détour de plusieurs minutes pour bénéficier d’infrastructures sécuritaires et bien situées.»
L’agent de recherche a récemment publié, avec le professeur du Département d’études urbaines et touristiques Georges A. Tanguay et le professeur de l’INRS Mischa Young, un article sur le site de La Conversation qui démontre les bienfaits du Réseau express vélo (REV) de Montréal. «Le REV Saint-Denis, qui constitue la colonne vertébrale du réseau, contient tous les ingrédients d’une recette gagnante: des terre-pleins qui protègent les cyclistes, une rue commerciale animée, des feux de circulation prioritaires et une intégration harmonieuse de l’axe principal avec l’ensemble du réseau», estime Gavin MacGregor.
Des centaines de milliers de nouveaux passages
Les chercheurs ont analysé les données des capteurs des pistes cyclables de l’axe nord-sud de Montréal entre 2018 et 2023. S’ils ont fait face à quelques défis méthodologiques – dont la fiabilité de certains capteurs et l’impact de la pandémie de COVID-19 –, les chercheurs sont unanimes: le REV Saint-Denis est un succès. «On estime que le REV a généré entre 430 000 et 840 000 nouveaux déplacements cyclistes selon la localisation des capteurs, souligne Gavin MacGregor. Même si l’on tient compte des cyclistes qui ont délaissé les anciennes pistes au profit du REV, on note une importante hausse de fréquentation sur l’ensemble de l’axe de 8,7 kilomètres.»
Dans les secteurs du nord de la ville, comme les quartiers Ahuntsic et Villeray, par exemple, on observe une proportion plus grande de nouveaux cyclistes. «C’est tout à fait logique, puisqu’il est maintenant possible de se rendre au centre-ville de façon rapide et sécuritaire», explique l’urbaniste.
Si le projet du REV avait soulevé une levée de boucliers chez les commerçants lors de sa construction, plusieurs propriétaires croient désormais aux bénéfices de la voie cyclable. À preuve, le taux d’inoccupation des locaux commerciaux a baissé de 10 % entre 2019 et 2023.
Bien que certaines villes européennes comme Copenhague et Amsterdam aient encore une longueur d’avance en matière de voies cyclables, Montréal figure dorénavant comme un chef de file parmi les villes nordiques. «Il reste encore beaucoup de travail pour connecter l’ensemble du réseau, mais la colonne vertébrale est sans contredit une réussite, conclut Gavin MacGregor. Les autres villes d’Amérique du Nord ne peuvent plus se servir du climat comme excuse pour rejeter les projets de mobilité active.»