À l’occasion de la rentrée, la Galerie de l’UQAM s’associe à MOMENTA Biennale d’art contemporain pour présenter les expositions solos des artistes Raphaël Barontini, Gabrielle Goliath et Caroline Mauxion. Réunies par la commissaire invitée Marie-Ann Yemsi sous le thème «Éloges de l’image manquante», les œuvres de ces artistes proposent des perspectives d’expérimentation et de spéculation autour de la nature, des usages et de la production d’images (photo, vidéo, film) faisant singulièrement défaut dans un monde saturé d’images.
En se focalisant sur les silences et les brèches dans les mémoires individuelles et collectives, les artistes interrogent aussi bien les enjeux contemporains de l’image que les dynamiques de construction des récits. Quelles histoires sont racontées, comment le sont-elles et par qui?
Depuis plus de 30 ans, l’événement MOMENTA Biennale d’art contemporain convie ses publics dans les musées, les galeries et les centres d’artistes de Montréal. Ses activités comprennent des expositions, des événements publics et des ateliers éducatifs qui permettent de découvrir des artistes d’ici et d’ailleurs dont les œuvres stimulent la curiosité et la réflexion. Le calendrier complet des activités de la Biennale 2025 est disponible sur le site web de l’événement.
Raphaël Barontini (France et Guadeloupe)
Mémoire et onirisme se rencontrent dans l’exposition Twòn Kreyol de Raphaël Barontini. Par le collage et le montage, l’artiste mêle iconographie de l’histoire de l’art, photographies ethnographiques coloniales et objets sculpturaux, comme autant de masques et artefacts sacrés de l’Afrique de l’Ouest. Il crée ainsi des portraits, des costumes et des fresques inspirés de parades carnavalesques et de rites de résistance. Raphaël Barontini s’intéresse à plusieurs figures emblématiques de la lutte contre l’esclavage, qu’il met en tension avec les mécanismes de leur effacement dans l’histoire officielle pour mieux interroger les enjeux de pouvoir à l’œuvre dans la représentation.
Gabrielle Goliath (Afrique du Sud)
L’installation vidéo et sonore de Gabrielle Goliath, Élégie – pour deux ancêtres, s’inscrit dans une série performative qui engage un travail de deuil collectif pour se souvenir des femmes et des personnes LGBTQIA+ victimes de violences patriarcales. Elle commémore deux femmes namas déplacées et tuées lors du génocide des Ovahereros et des Namas (1904-1908), perpétré par le régime colonial allemand en Namibie. Tour à tour, sept chanteuses d’opéra soutiennent une même note pendant une heure, créant un espace de partage du chagrin et de refus radical. Cette vigile sonore devient un acte politique de commémoration et d’amour auquel le public est invité à prendre part.
Caroline Mauxion (Canada et France)
L’exposition de la doctorante en études et pratiques des arts Caroline Mauxion, Chaque pas doit-il toucher le sol?, explore les manières dont le corps est contraint, soutenu ou transformé. S’appuyant sur une approche «auto-théorique, crip et queer», l’artiste interroge les normes qui façonnent nos expériences corporelles. À partir de sa propre expérience, elle réfléchit à ce qui dévie, à ce qui n’est pas droit, et propose un regard ancré dans l’expérience du handicap. Ses œuvres, inspirées par le langage orthopédique, articulent image, matière et mémoire pour exposer les mécanismes de normalisation qui structurent les corps et les désirs.
Les expositions sont présentées jusqu’au 25 octobre prochain.
En lien avec les expositions, une série d’activités éducatives, d’ateliers créatifs et de visites guidées sont organisées à la Galerie de l’UQAM. Des informations détaillées sont disponibles dans la section Calendrier du site web de MOMENTA.
Exposition de l’étudiant Jules Mayrand
Dans la petite salle, la Galerie accueille, jusqu’au 25 octobre, GLHF – GG no RE (Good Luck Have Fun – Good Game/Get Good No Rematch), j’espère que tu vas bien, une exposition de Jules Mayrand, finissant de la maîtrise en arts visuels et médiatiques. Par l’entremise de recherches ethnographiques, il interroge les systèmes de socialisation dans les jeux vidéo multi-joueurs en ligne et les communautés qui s’y forment.
L’exposition comprend trois installations multimédia explorant les relations humaines telles qu’elles se construisent au sein de la culture du jeu vidéo. Jules Mayrand étant lui-même joueur, l’exposition devient dès lors un moyen de comprendre sa propre place au sein de cette culture. Pour ce faire, l’étudiant est allé à la rencontre de personnes dont le jeu vidéo constitue le passe-temps principal.
La première installation invite le public à rencontrer cinq utilisateurs du jeu social VRChat par le biais d’entretiens virtuels, de portraits numériques et de modélisation 3D de leur espace dédié au jeu. Les visiteurs sont ensuite invités à participer à un jeu vidéo artistique explorant les représentations médiatiques de mondes postapocalyptiques. Enfin, des structures soutenant des impressions numériques et des écrans d’ordinateur donnent à voir l’étudiant capté par sa webcaméra dans une esthétique inspirée de la culture de diffusion en continue (streaming).
Les œuvres de Jules Mayrand ont été exposées à Québec (Le Lieu) et en ligne (Galerie Galerie). En 2020, il a cofondé le collectif Post-Place Publique, avec lequel il expose des artistes émergents dans un hangar de ruelle à Montréal. Ses installations – alliant jeux vidéo artistiques, impressions numériques et vidéos d’animation 3D – explorent les possibilités et les responsabilités qu’engendrent les espaces virtuels pour leurs usagers. Sensible aux dynamiques communautaires en ligne, son travail met en lumière le potentiel d’empathie et de refuge qu’offre la socialisation virtuelle.
Dans le cadre de la série L’art observe, la Galerie invite le public à une rencontre avec Jules Mayrand, le 15 octobre prochain, de 17 h 30 à 18 h 30.