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Portrait de la téléréalité québécoise

Le public est invité à participer à un sondage en ligne dans le cadre du projet de recherche «L’univers télévisuel en mutation».

Par Pierre-Etienne Caza

7 novembre 2025 à 16 h 17

Mis à jour le 10 novembre 2025 à 10 h 24

Vous êtes amatrice ou amateur de téléréalité? Dans le cadre du projet de recherche «L’univers télévisuel en mutation», financé par le CRSH, les professeurs de l’École des médias Pierre Barrette et Stéfany Boisvert veulent connaître les habitudes de consommation et les perceptions du public québécois à l’égard de la téléréalité. Toute personne âgée de 18 ans et plus, résidant au Québec et ayant visionné au moins une émission de téléréalité québécoise est invitée à répondre à un questionnaire en ligne anonyme d’une durée de 10 à 15 minutes.

L’étude, précise Pierre Barrette, vise à mieux comprendre les rapports qu’entretient le public québécois avec la téléréalité à l’ère des plateformes numériques.

Cartographie des téléréalités québécoises

Plusieurs travaux portant sur le phénomène de la téléréalité ont été réalisés en France et dans les pays anglo-saxons, mais très peu au Québec. Amorcé en 2020, le projet de recherche que Pierre Barrette mène avec sa collègue, et auquel collaborent également Anouk Bélanger et Katharina Niemeyer, entre dans sa troisième phase. Le premier volet consistait à identifier les différents types de téléréalité au Québec depuis le tournant des années 2000, tandis que le deuxième volet portait sur les procédés utilisés par les téléréalités, indique le professeur.

«À ce jour, nous avons recensé autour de 115 émissions ou concepts d’émission différents.» 

Pierre Barrette

Professeur à l’École des médias

Pour les besoins de la recherche, l’équipe a défini la téléréalité comme étant un «format non fictionnel événementiel à l’ère numérique». «Ce sont des émissions qui ne relèvent pas de la fiction, de l’information ou des variétés, qui se déploient dans le temps, généralement sur 10 à 13 semaines, et qui occupent plus d’un créneau horaire dans la semaine», explique Pierre Barrette. On pense notamment à Occupation Double, Star Académie, Big Brother, La Voix, Révolution, Survivor Québec et Si on s’aimait.

Un format qui attire les jeunes adultes

Depuis quelques années, les diffuseurs et les producteurs peinent à attirer et à retenir les jeunes adultes devant les écrans pour regarder une émission à heure fixe. «Le modèle numérique a fragmenté l’écoute entre plusieurs dispositifs – télévision, mais aussi téléphone, tablette et ordinateur – sur plusieurs plateformes et à des temporalités différentes, observe Pierre Barrette. Or, le modèle économique de la production télé n’a pas suivi. Pour qu’il soit rentable, il faut que les spectateurs regardent la même chose à la même heure pour voir les publicités.»

Selon le professeur, la téléréalité est au cœur de ces bouleversements numériques, puisqu’elle est sans doute l’un des seuls formats susceptibles d’attirer ce public tant convoité par les publicitaires, un peu à la manière dont le sport tire encore son épingle du jeu en direct, sur toutes sortes de plateformes.

Quelques hypothèses à vérifier

Dans le cadre du deuxième volet de l’étude, Pierre Barrette et son équipe, qui se compose également des doctorantes en communication Valérie Palombo, Juliette Lavallée et Caroline Bouteille, de la doctorante en sémiologie Audrey Bélanger, du doctorant en communication Théo Courty et du candidat à la maîtrise en communication Xavier Paradis, ont tenté de mieux comprendre les dispositifs communicationnels à l’œuvre dans les différents types de téléréalité.

«La téléréalité est un laboratoire fascinant puisqu’elle utilise des procédés de mise en scène, de montage et de “fictionnalisation” pour poser un regard “documentarisant” sur de véritables personnes qui interagissent entre elles sous l’œil des caméras.»

Après avoir analysé ces différents dispositifs, l’équipe a formulé des hypothèses qu’elle souhaite vérifier avec les réponses du public. «Par exemple, nous aimerions valider s’il existe un lien entre le niveau de scolarité et la fréquence de consommation de téléréalité. Nous aimerions aussi explorer si les personnes qui suivent des anciens candidats sur Instagram, TikTok ou YouTube déclarent une plus grande fidélité à un même programme de téléréalité que les autres. Ou si les jeunes adultes, de 18 à 29 ans, qui se sentent davantage en insécurité face à leur avenir professionnel, amoureux ou financier déclarent se reconnaître davantage dans les parcours des candidats que ceux qui expriment un sentiment de sécurité ou de stabilité.»

Un panel de discussion…

À partir des réponses obtenues, on identifiera une dizaine de personnes qui auront manifesté leur désir de participer à un panel de discussion. «Ce panel nous permettra d’approfondir leur rapport à la téléréalité, notamment les raisons pour lesquelles elles s’y intéressent et la manière dont elles consomment ces émissions, souligne Pierre Barrette. Nous aimerions également explorer avec elles leur utilisation des réseaux sociaux en lien avec la consommation de téléréalité et leur positionnement par rapport aux valeurs véhiculées dans ces émissions.»

Ces travaux ont été réalisés ailleurs dans le monde, mais pas au Québec, insiste le chercheur.

«Il existe une spécificité québécoise en matière de téléréalité. Je donne souvent l’exemple de La Voix, car le Québec est le seul endroit sur la planète où l’on a adapté le titre.»

Partout ailleurs, dans plus d’une centaine de pays, l’émission s’intitule The Voice ou un dérivé avec le titre original en anglais. «Cela en dit beaucoup sur notre univers télévisuel: les gens s’approprient les formats internationaux comme si c’était un contenu local, et cela tient à cette impression de proximité avec les animatrices et les animateurs, les juges et les artistes ou les participantes et participants qui s’y produisent.»

… et un entretien avec une personne choisie

Enfin, dans le cadre d’un quatrième et dernier volet, Pierre Barrette et son équipe espère identifier la personne parmi les répondantes et répondants qui a l’expérience la plus fascinante de consommation de téléréalité afin de réaliser un entretien avec elle. «Nous aimerions observer la façon dont la téléréalité s’inscrit dans son quotidien, si ses relations amicales, amoureuses et/ou familiales influencent sa façon de consommer de la téléréalité, et si celle-ci revêt une signification particulière dans son cheminement personnel et professionnel.»

Le panel de discussion sera constitué au début du mois de décembre à partir des autorisations octroyées par les répondantes et répondants. À qui la chance de devenir la «meilleure» ou le «meilleur» fan de téléréalité?