Pour Christophe Paré, les lunettes représentent d’abord et avant tout un objet d’art et d’innovation. «Je suis nostalgique des belles années de la marque Oakley, qui était un pilier de l’innovation technique et un symbole de style avant de modifier sa stratégie pour atteindre les masses», commente l’étudiant au baccalauréat en gestion et design de la mode. C’est dans cette perspective qu’il s’est questionné sur sa propre conception des lunettes. «Les tiges, les lentilles et l’aspect de protection m’ont instinctivement fait penser aux insectes.»
Sa collection, appelée Minsect, comprend cinq montures qui puisent leur inspiration autant dans l’univers du sport et de la vitesse que dans la morphologie minutieuse des insectes. Le projet a remporté un prix dans la catégorie étudiant lors de la 18e édition des Grands Prix du design, attribués le 3 septembre dernier. «Mon but n’était pas de reproduire des insectes, mais plutôt de me laisser guider par les caractéristiques contraires qui les définissent: aériens et robustes, flexibles et stables», souligne l’étudiant.
Deux des cinq montures sont dépourvues de tiges et sont portées comme un masque déposé sur le visage. «Je suis particulièrement fier de la monture qui se ferme par un système de retenue occipital, emprunté au langage du casque de vélo, qui réinvente le système conventionnel des lunettes, affirme Christophe Paré. J’ai aussi reçu beaucoup de commentaires positifs sur la pièce papillon à la lentille jaune.»
Les montures ont été fabriquées presque entièrement d’objets recyclés et d’invendus de lentilles. «J’ai une approche minimaliste, et l’empreinte environnementale de la mode me préoccupe», confie l’étudiant.
Dans les photos réalisées pour promouvoir la collection, les personnes qui portent les lunettes se transforment en un personnage qui croise insecte et humain. «J’ai créé Minsect dans un esprit performatif plutôt qu’un but commercial, raconte-t-il. Je les verrais très bien portées sur un plateau de tournage, dans un film de science-fiction comme Dune, par exemple.»
À court terme, Christophe Paré consacrera ses énergies à réaliser une micro-collection de sacs ainsi qu’à sa collection de fin d’études en mode. «Mais si une entreprise est intéressée à commercialiser l’un ou l’autre des modèles, je suis ouvert à échanger sur le sujet», conclut-il.